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lundi septembre 25, 2017
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Les rapports des experts se suivent et se ressemblent. Plusieurs auteurs directs et indirects du ''génocide congolais'' qu'ils dénoncent depuis le rapport Gersony de 1994 restent impunis. Et ''ce génocide'', une atteinte à la fierté, à la dignité et l'identité congolaises poursuit son petit bonhomme de chemin. L'interpréter en termes d' 'épuration ethnique'', c'est, en filigrane, allumer le feu de la division et de la balkanisation du pays en incitant les Congolais(es) à s'affronter. Le piège de ''l'épuration des Kasaïens'' par ''les Bana Mura'' (Katangais) est gros.

Un dernier rapport du Haut Commissariat aux Droits de l'Homme vient d'être publié. Il qualifie ''la Garde dite Républicaine'' d'alias Joseph Kabila de ''milice''(http://www.jeuneafrique.com/463828/politique/rdc-la-milice-bana-mura-plus-feroce-que-les-kamuina-nsapu-dans-le-kasai-selon-lonu/). Il parle de ''la milice de Bana Mura''. Ce n'est pas ''un lapsus linguae''. Ces ''Bana Mura'', par leur mode opératoire, sont une milice au service du ''Cheval de Troie'' du Rwanda, le mercenaire alias Joseph Kabila. Une preuve est donnée aux plus naïfs d'entre nous qui, souvent, parlent de l'armée congolaise et des forces de sécurité. Il n'y en a pas au Congo-Kinshasa. Il y a une association de plusieurs milices au service de la destruction de l'identité congolaise et de l'extermination des Congolais(es), toutes les tribus et ethnies confondues.

Il reste tout de même curieux que ce rapport fasse allusion à ''une épuration ethnique'' des Lulua et des Luba du côté de Kamonia au moment où, à Goma, l'incendie d'une prison a calciné certains de nos compatriotes. A Kinshasa, ''les indigents remplissent les morgues de l'hôpital Mama Yemo. A l'Equateur, des compatriotes sont coupés en morceaux.

Brandir la thèse de ''l'épuration ethnique des Lulua et des Luba'' par les ''Bana Mura'' semble tendancieux. Cela risque d'avaliser la thèse d'une guerre ethnique congolaise et d'effacer, petit à petit, les causes historiques et matérielles de l'extermination des populations entières au cœur de l'Afrique.

Rappelons-nous que le rapport Mapping de 2010 (des experts de l'ONU) faisait déjà allusion à ''un possible génocide congolais''. Il était plus explicite et plus documenté que celui du Haut Commissariat susmentionné. Rappelons-nous que Lambert Mende, dans un point de presse tenu au mois de mars 2016 (le 26 mars) soutenait, d'expérience, que les grandes puissances avaient coalisé avec des groupes criminels pour tuer des paisibles citoyens congolais à partir de 1994.

Lire les rapports des experts de l'ONU séparément ne permet pas d' en avoir une vue d'ensemble.

Lire ensemble les rapports Gersony, Kassem, Mapping, etc. facilite la compréhension de ce qui se passe au Congo-Kinshasa tout en indiquant les responsabilités ou les incapacités voulues de l'ONU.

A la lecture du rapport Kassem, par exemple, il ressort que beaucoup d'aventuriers se retrouvant autour d'alias Joseph Kabila ( et lui-même) étaient impliqués et dans la guerre et dans le pillage des ressources du Congo-Kinshasa au cours de ''la fausse guerre de libération'' et même après. Les révélations de Global Witness ou celles de Panama Papers par Bloomberg ont eu à confirmer une tendance déjà présente dans le chef de ces ''nouveaux prédateurs'' avant que le Congo-Kinshasa ne soit dans ''le faux processus de démocratisation''. Dès le début de cette guerre raciste et de basse intensité, le ver du vol, du viol, de la violence exterminatrice des Congolais(es) est déjà dans le fruit. Pourquoi ? A tort ou à raison, leur hymne national, ''la Zaïroise'' affirmait, comme un mantra, que ''les Zaïrois (vivaient) dans la paix retrouvée'', que ce ''peuple uni'' disait haut et fort qu'il est zaïrois et qu'il pouvait aller ''en avant, fier et plein de dignité'', comme ''un peuple grand'', ''un peuple libre à jamais'' soucieux de''la paix, de la justice et du travail''.

A tort ou à raison, ''les Zaïrois(es)'' ont, hier, étaient suffisamment fiers et dignes ; avant que les Programmes d' Ajustement Structurel et la gabegie du régime de Mobutu n'entraîne la descente du pays aux enfers vers les années 1980. Paradoxalement, l'instrumentalisation de Mobutu comme ''pion important'' de la guerre froide au cœur de l'Afrique a permis une certaine unité du pays et un minimum de fierté et de dignité pour ses habitants. Paradoxalement !

La guerre raciste de basse intensité et de prédation est venue combattre, dans le chef de plusieurs compatriotes, ce peu de fierté et de dignité. Elle tient à parachever l'unité du pays en cachant sa nature et en brandissant ''les épurations ethniques'' par les experts de l'ONU interposés. Dire cela n'est pas synonyme d'avaliser ''le sous-génocide kasaïen''. C'est le replace dans un contexte plus large du ''génocide congolais'' impuni.et inviter à la préparation d'une justice transitionnelle.

Il y a donc lieu de recommander une lecture et une relecture attentive de tous ces ''fameux rapports''.

Ils doivent être lus de manière critique et mettre à nu le rôle ambigu que l'ONU joue dans notre pays Le Mapping, par exemple, n'a pas mis à la disposition des Congolais(es) les noms des proxys des anglo-saxons impliqués dans ''le génocide congolais''. Dieu merci, les Congolais(es) en connaissent quelques-uns. C'est déjà ça. Au sujet de ''l'épuration ethnique au Kasaï'', Sonia Rolley (de la RFI) a mené une étude que plusieurs compatriotes ont archivée. Elle révèle comme certains membres de ''la milice rwandaise'' opérant aux côtés des ''Bana Mura'' ont tué au Kasaï. (En son temps, il a été indiqué que cette étude pèche par son manque d'insertion de ce qui s'est passé au Kasaï dans un contexte plus largue de ''la guerre par morceaux'' menée contre les Congolais(es) depuis la nuit des temps).

Le dernier rapport du HCDH qualifiant ''les Bana Mura'' de ''milice'' aurait pu sommer ''leur chef'' de rendre des comptes. Mais, il semble qu'il est ''couvert d'immunité'' ; d'une immunité liée à sa ''charge''. Laquelle ? Un ''Cheval de Troie'', un mercenaire peut-il être couvert de quelque immunité que ce soit ? Oui. Dans un monde où ''le Big Brother'' contrôle tout, corrompt les cœurs et les esprits et viole les imaginaires en faisant d'un jeune rwandais fragile psychologiquement (comme en témoignent ses yeux toujours gonflés) et manipulable, un metteur en scène à la Présidence du Congo-Kinshasa. Et même quand cela est dit à haute voix, le ''Big Brother'' veille et les imaginaires violés s'inclinent devant ''le raïs''. Ils réclament, à cor et à cri, ''une alternance au pouvoir-os'' en passant par les élections-pièges-à-cons supervisées par les corrompu(e)s de ''la kabilie''. Décervelage oblige !

Pour revenir aux rapports des experts de l'ONU, il y a lieu de dire qu'ils se suivent et se ressemblent. Plusieurs auteurs (majeurs ou apparents)directs et indirects du ''génocide congolais'' qu'ils dénoncent depuis le rapport Gersony de 1994 restent impunis. Et ''ce génocide'', une atteinte à la fierté, à la dignité et l'identité congolaise poursuit son petit bonhomme de chemin. L'interpréter en termes d' 'épuration ethnique'', c'est, en filigrane, allumer le feu de la division et de la balkanisation du pays en incitant les Congolais(es) à s'affronter. Le piège de ''l'épuration des Kasaïens'' par ''les Bana Mura'' (Katangais) est gros. Il rappelle la bêtise de Kyungu sous le régime Mobutu. Les Kasaïens qui seraient tentés de tomber dans ce piège seraient, à tort, les adeptes de la balkanisation du pays et de la politique du ''diviser pour régner''.

Les Bana Mura sont tout simplement ''une milice'' au service d'un ''Cheval de Troie''. Ils ne représentent pas le Katanga où tous les Balubas sont nés. Le Katanga est ''la mère des Baluba, de tous les Baluba (Lulua et Luba''). Revisiter notre histoire sur les questions de ce genre est important.

(P.S. Cet article était déjà prêt à être publié quand cette interview est venue confirmée ses hypothèses :http://m.rfi.fr/emission/20170805-rdc-scott-campbell-le-rapport-onu-reconnaissant-violences-le-kasai.)

 

 

Babanya Kabudi

Génération Lumumba 1961