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mercredi octobre 18, 2017
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Après avoir pris pour cible les symboles de l’Etat, les miliciens Kamwuina Nsapu se sont attaqués depuis mars dernier aux institutions scolaires et religieuses. L’Eglise catholique en a payé un très lourd tribut.

La ville de Mwene-Ditu a été singulièrement ciblée en mars 2017 par des miliciens en provenance de Luiza. Dans leur conquête funeste, entre Tshimbulu et Mwene-Ditu, des prêtres ont été battus, ligotés, arrêtés, leurs biens ravis. Un abbé curé et une religieuse arrêtés et sur le point d’être exécutés n’ont eu la vie sauve que parce que la religieuse a pleuré dans un dialecte parlé par plusieurs miliciens ( Tshiketa).

 La mission Yangala St Jean et la paroisse de la mission catholique à Mubinza n’ont pas été épargnées. Le 21 janvier, les miliciens ont fait irruption dans l’église où l’abbé Clément Kalombo, prêtre visiteur, célébrait la messe du matin et l’ont passé à tabac. L’abbé François Nsanza, responsable des fermes à la mission catholique Mubinza a connu le même sort quand il s’est présenté à la place de son confrère visiteur.

Le prétexte pour justifier toutes ces agressions est que l’église catholique en menant, à la demande du président Kabila,  les négociations politiques qui ont abouti à l’Accord de la Saint Sylvestre, l’a aidé à aller au-delà de son mandat, le fameux glissement. On y est d’ailleurs.

La psychose régnait à Mwene-Ditu avant la panique générale dans la ville à la suite des affrontements entre les miliciens et les militaires des FARDC le 11 mars. Des personnes présumées miliciens de Kamwina Nsapu ont même circulé dans Mwene-Ditu exhibant des têtes des personnes exécutées comme des trophées !

Et pour faire face aux miliciens Kamwina Nsapu, une autre milice a été organisée par des chefs locaux  à Mwene-Ditu. Elle aussi, tout comme les militaires,  n’a pas manqué de se livrer à des exactions dont les victimes ont été des proches des supposés miliciens Kamwina Nsapu ou leurs « collaborateurs ». Des femmes ont été particulièrement visées et certaines ont payé le prix le plus fort à travers des viols en présence des membres de leurs familles.

Dans ces conditions, des prêtres des diocèses de  Luebo et de Luiza ont pris leurs jambes au cou, comme certains de leurs fidèles, pour se réfugier en Angola.

De leur côté, les militaires des FARDC dépêchées sur le théâtre des affrontements soi-disant pour protéger la population se sont illustrés par des exactions inqualifiables. Comme dans un territoire conquis, ils ont procédé à l‘arrestation des personnes ne disposant pas des pièces d’identité. Ils ne se sont pas arrêtés en si bon chemin, ils ont procédé à l’arrestation sans ménagement de toute personne portant une chemise rouge ou une robe rouge, considéré comme la preuve d’allégeance aux miliciens qui portaient des bandeaux rouges autour de la tête ! Selon des témoignages recoupés, certaines filles et femmes arrêtées à cause de leurs vêtements rouges, dont nous faisons mystère des identités par décence, ont été violentées et violées par des militaires pourtant censées les protéger et rétablir l’ordre. Comme quoi, le viol est encore et toujours utilisé comme une arme politique.

Fin avril, cinq inspecteurs de l’enseignement dépêchés au Kasaï Central pour organiser les épreuves préliminaires des examens d’Etat ont été égorgés par les Kamwina Nsapu dans le Territoire de Kazumba !

Avec le recul, on en arrive à considérer que l’église catholique au Kasaï a été dans le collimateur des miliciens et même de l’armée qui s’est aussi livrée aux pires exactions sur bases des considérations subjectives. Les églises des diocèses de Luebo et de Luiza ont été les plus touchées. A Luebo, l’évêché, la cathédrale Saint Jean, le couvent des religieuses, les écoles ont été vandalisés. La femme de l’administrateur du Territoire a été sauvagement assassinée et sa tête égorgée est restée devant la cathédrale pendant toute une journée !

Du côté de Bena Kanyoka, les hôpitaux, dispensaires, écoles, en partant de Kanyiki, Kabuela, bena Mpungu, tout était incendié. Pas même une chèvre en circulation. Des barrières étaient érigées tout au long de la route qui mène vers Mbujimayi par les militaires qui avaient la fâcheuse tendance à considérer la population locale comme complice des miliciens et à la traiter en tant que tel. D’où certainement des dizaines des fosses communes répertoriées et mises en exergue par l’ONU.

Dans le diocèse de Luiza, seules les paroisses de Mwene-Ditu célébraient la messe dans la psychose car quand commençait une messe on ne savait pas si elle arriverait à terme, témoigne un abbé témoin oculaire de toutes ces atrocités.

Les évêques contraints de rentrer dans leurs diocèses !

Dans ce contexte de violence organisée, l’évêque de Luebo, Mgr Célestin Tshitoko et celui de Luiza, Félicien Mwanana, s’étaient « refugiés »  à Kinshasa pendant que certains de leurs prêtres, dont 5 de Tshikapa,voire des fidèles avaient gagné l’Angola pour préserver leur intégrité physique. Les deux évêques se sont d’ailleurs rendus dans ce pays pour les rencontrer.

Alors que la situation demeure tendue au Kasaï, le Saint siège par le truchement de la Nonciature apostolique à Kinshasa a enjoint les deux évêques de rentrer dans leurs diocèses ou de démissionner pour abandon des prêtres et fidèles.

En dépit de l’obéissance promise par les évêques à leur hiérarchie, on ne peut ne pas s’interroger sur la pertinence de l’injonction faite aux évêques de regagner leurs diocèses dans un environnement où tout a été incendié (évêché, couvent, véhicules, motos…).

Dody Odia Mukadi