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vendredi novembre 22, 2019
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Qu'est-ce qui préside au choix des médiateurs dans la guerre d'agression que notre pays connaît depuis plus d'une décennie? Cette question peut paraître anodine. Il est possible que plusieurs d'entre nous n'aient pas encore pris le temps d'y penser et assez sérieusement. Tout au long de la guerre d'agression que nous subissions depuis les années 90, la communauté dite internationale a eu recours à plusieurs médiateurs pour que la région des Grands Lacs retrouve la paix. Sans grand succès. Dans l'entre-temps, l'identité des criminels de guerre et contre l'humanité devient de plus en plus floue. « De tueurs tutsi » et de leurs complices du RCD et du CNDP, les rédacteurs de certains rapports sur cette guerre accusent de plus en plus les FARDC et les FDLR d'être les seuls auteurs des massacres , des viols et des pillages des populations civiles de l'est de notre pays.

1. L'apport des NTIC et le lobby étasunien

 

Si les NTIC nous ont permis de comprendre (à partir d'un site Internet comme celui de Benilubero et des SMS reçus de nos amis du Grand Kivu) que l'identité de nos agresseurs n'a pas beaucoup changé, la question du lien probable entre ces agresseurs, leurs commanditaires et la médiation pour la paix ne nous semble pas avoir fait l'objet d'une étude assez approfondie dans les médias Congolais.

Le dernier numéro spécial du Le Monde diplomatique, Bimestriel n° 108 de décembre 209-janvier 2010, intitulé Indispensable Afrique(que nous recommandons à la crème intellectuelle Congolaise), vient jeter un tant soit peu de lumière sur cette question.

Son premier article intitulé Le « black business » cynique des Etats-unis nous aide à comprendre le lien entre les entreprises multinationales, le Rwanda et la médiation d'Obasandjo.

C'est cet article que nous allons étudier. Son auteur, Jean-Christophe Servant nous informe que « le 19 décembre 2006, M. Olusegun Obasanjo, président sortant du Nigeria, était l'invité d'honneur d'un dîner organisé dans la grande salle du Waldorf-Astoria à New York ». (p.6) Les trois principaux investisseurs dans les hydrocarbures au Nigeria (Chevron, ExxonMobil et Sell Nigeria) étaient représentés à ce dîner. L'organisateur du dîner était M. Andrew Young, « figure emblématique du mouvement pour les droits civiques, et cofondateur de la société GoodWorks International (GWI), dont le siège se trouve à Atlanta ». (p.6-7)

Qu'est-ce que GWI? A quoi travaille-t-il?« GWI est un cabinet de conseil et de lobbying qui, nous précise Laoulu Akane, correspondant aux Etats-unis du quotidien nigérian The Guardian, « a tiré sa fortune de ses relations avec Obasanjo » (p.7) dont il facilite l'opacité des revenus. Notons bien: « le cabinet effectue des missions de « polissage d'image » pour le Nigeria, l'Angola, la Côte d' Ivoire, le Bénin, ou plus récemment pour le Rwanda et la Tanzanie, qui lui ramènent au minimum 220 000 euros par an. Il travaille aussi pour plusieurs grandes sociétés américaines telles que chevron-Texaco, mais aussi General Electric, Motorola, Mosanto ou Coca-Cola, qui cherchent à pénétrer les marchés africains (ou à y confirmer leur pénétration) ». (p.7. Nous soulignons)

De ces citations, il ressort qu' Olusegun Obasanjo travaille avec un réseau transnational (GWI) qui polit (améliore) son image, celle d'un pays impliqué dans la guerre d'agression au Congo et celle de certaines multinationales intéressées par les ressources du sol et du sous-sol africain. Que ce Monsieur puisse vanter l'amélioration des relations diplomatiques entre le Rwanda et la RD Congo pendant que plusieurs compatriotes ne savent rien des accords secrets conclus entre entre les deux pays avant le déclenchement de l'opération conjointe Umoja Wetu, cela nous semble participer de cette opération de polissage de l'image du Rwanda. Il en va de même de tous ces récents rapports gommant le rôle du Rwanda (à travers ses supplétifs du CNDP) dans les crimes de guerre et contre l'humanité qui se commettent au quotidien à l'est de notre pays.

 

2. L' Alliance Sud-Sud contre le capitalisme sauvage

 

Il est vrai que le travail de lobbying est reconnu officiellement aux Etats-Unis. Ce qui inquiète, c'est le cynisme avec lequel il est mené et la confusion qu'il entretient entre les intérêts platement capitalistes (sauvages) et les questions d'ordre politique. Les lobbyistes ou leurs amis deviennent des médiateurs dans la recherche de la paix des cimetières au cours des guerres de prédation provoquées par « les cosmocrates » qui financent les cabinets de lobbying chargés de polir l'image de leurs sous-traitants transnationaux. La politique est prise en otage par les oligarchies d'argent.

Il est important pour les journalistes Congolais et pour une certaine élite politique et intellectuelle alternative Congolaise d'approfondir ce genre de question. Cet approfondissement pourrait conduire à la remise en question permanente de multiples appartenances des médiateurs qui sont souvent imposés dans les conflits et la guerres que nous connaissons et sur les critères de leur choix. L'affairisme, le clientélisme et le cynisme marquent profondément l'expansion du capitalisme sauvage à travers notre continent. Il prospère là où il crée des désastres. Souvent (pour ne pas dire toujours), les sapeurs-pompiers participent de la pyromanie.

Si nous voulons inventer une autre Afrique et un autre Congo, notre rapport aux capitalistes du désastre doit être chambardé du tout au tout. L' Alliance Sud-Sud initiée par Hugo Chavez et Mouammar Kadhafi devrait devenir l'un des horizons incontournables de toutes nos luttes présentes et à venir. Pour cause. Le capitalisme sauvage peaufine au quotidien les stratégies d'ensorcellement de nos coeurs et de nos esprits. Et pourtant, il a atteint, comme dirait Amin Maalouf, un niveau d'irresponsabilité morale très très avancée. Faire de l' Alliance Sud-Sud l'un des horizons de nos luttes présentes et futures devrait dorénavant être compté parmi nos raisons de vivre et/ou de mourir.