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mercredi octobre 24, 2018
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La guerre raciste de prédation et de basse intensité éclate dans les grands lacs africains vers les années 1990. Le mur de Berlin vient de tomber et ''le capitalisme sauvage'' crie sa victoire. Un penseur néoconservateur écrit un texte sur ''la fin de l'histoire'' (Francis Fukuyama) et le triomphe du ''fondamentalisme du marché''. Les anglo-saxons envahissant les grands lacs africains par leurs sous-fifres ougando-rwandais interposés font (aussi) la guerre à la France et à la Belgique. Ils tiennent à chasser ''la francophonie'' du cœur de l'Afrique. Ils réussissent leur coup au Rwanda. Au Congo-Kinshasa, les tentatives francophobes échouent.

Cette guerre contre la France et la francophonie rappelle la confession de François Mitterrand sur son lit de mort : ''La France ne le sait pas, mais nous sommes en guerre avec l'Amérique. Oui, une guerre méconnue, vitale, une guerre économique, sans mort apparente. Les Américains veulent un pouvoir sans partage sur le monde.''

Chassée de l'Afrique centrale par une guerre de basse intensité, la France, déjà sous Sarkozy, tient à y revenir comme un caniche des USA en avalisant leur politique absurde d'abolition des frontières protectrices des peuples et en démolissant un à un les pouvoirs des Etats et des peuples. (Lire PH. DE VILLIERS, Le moment est venu de dire ce que j'ai vu, Paris, Albin Michel, 2015, p. 328).

Malgré leur rhétorique sur ''la négrophobie'' et la fin de la Françafrique, les Présidents français, de Sarkozy à Macron en passant par Hollande, sont profondément convaincus que ''l'Afrique est leur avenir'' économique. A n'importe quel prix ! A tout prix ! Les lecteurs du récent livre de Nicolas Vescovacci et de Jean-Pierre Canet intitulé ''Vincent tout-puissant. L'enquête que Vincent Bolloré a voulu empêcher'' (2018) en savent quelque chose.

Souvent, j'entends des compatriotes soutenir la thèse selon laquelle ''tous les pays défendent leurs intérêts''. Ils ont à moitié raison. Ils n'ont pas appris que pour l'Occident américanisé, la défense de ces intérêts est couvert d'un manteau de mensonge de ce qu'il estime être ''ses valeurs''.

''Certes, écrit Robert Charvin, toutes les Puissances s’efforcent de satisfaire en priorité leurs intérêts propres, mais l’Occident a une particularité : il falsifie, par tous les moyens, avec la plus parfaite mauvaise foi, sa pratique en la présentant comme une œuvre universaliste irremplaçable.''

Là où les historiens, les analystes politiques et les autres chercheurs n'aident pas à opérer un meilleur discernement intellectuel, là où le nivellement par le bas et ''la défaite de la pensée'' ont mangé les cœurs et les esprits, cette falsification de la pratique de l'Occident américanisé est lue comme ''une avancée démocratique'', ''un soutien aux forces au pouvoir(-os) et de l'opposition(-bidon) par des partenaires occidentaux''. ''Kozanga koyeba, ezali liwa ya solo !''

Quand Kagame est invité en France le 23 mai 2018, plusieurs compatriotes savent qu'il y a un contentieux entre cet ex-pays des droits de l'homme et le Rwanda depuis les années 1990. Certains parmi eux ont oublié que la guerre raciste de basse intensité menée dans cette partie de l'Afrique l'était aussi contre la France. D'autres ont, sur ce pays, une approche dépassée et déphasée. A force de répéter que ''la France est une vieille démocratie et un berceau des droits de l'homme'', leur imaginaire a été sérieusement violé. Bien que voyant la France de Sarkozy détruire la Libye et participer à la guerre menée contre la Syrie sans ''mandat international'' et au mépris du ''droit international'', ils ânonnent toujours et toujours que ce pays demeure ''le pays des droits de l'homme''. Certains français ont beau écrire eux-mêmes sur leur propre pays en le nommant ''la République des mallettes'' et ''la principauté de non-droit'' (Péan, 2011) ou ''le pire des mondes'' où ''triomphe le soft totalitarisme'' ( Polony & le comité Orwell, 2016), cela ne semble rien changer aux croyances fortement ancrées dans les cœurs et les esprits des compatriotes.

Dieu merci ! Il y a encore, parmi nous, des compatriotes de la trempe de Mufoncol Tshiyoyo. Ils savent encore tirer partie de leurs lectures et de leur matière grise (bongo). Lui, dans un texte d'une grande profondeur, réajuste le tir en trahissant le lien entre le mercenaire anglo-saxon du Rwanda et la France de Macron (https://legrandcongo.com/edito-quand-le-mercenaire-anglo-saxon-paul-kagame-parle-de-la-francophonie-et-visite-la-france/)

Ce lien permet de repenser le séjour de Kagame à Paris à nouveaux frais. Supposons qu'il soit parti défendre la candidature de Louise Mushikiwabo à la présidence de la Francophonie, qu'est-ce que cela signifie ? A quoi sert la Francophonie dans le contexte d'une France américanisée ?

Ces questions doivent préoccuper ceux et celles d'entre nous cherchant à aller au-delà des simples protestations liées à une approche faussée de l'ex-pays des droits de l'homme converti au ''fondamentalisme du marché'' et pris en otage par la ploutocratie.

La Francophonie est la vente de la langue française aux pays dont la France américanisée veut exploiter la matière grise, le sol et le sous-sol à moindre frais. Où est la preuve ?

En 2014, Jacques Attali fut chargé par François Hollande de mener une étude sur ''la reconversion marchande'' de l'usage du français. Ou plutôt sur la perpétuation de la Françafrique par le biais de la langue française. L'étude existe. Elle est là :file:///C:/Users/User/AppData/Local/Packages/Microsoft.MicrosoftEdge_8wekyb3d8bbwe/TempState/Downloads/Le%20Rapport%20Attali%20(1).pdf. Elle est intitulée : ''La francophilie et la francophonie. Moteurs de croissance durables''.

Lire les études de ce genre, les partager, les approfondir, cela aide à l'organisation des luttes averties allant au-delà des mobilisations émotionnelles et instantanées.

 

Babanya Kabudi

Génération Lumumba 1961