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lundi novembre 18, 2019
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Dans deux ans, Joseph Kabila, élu président de la République Démocratique du Congo avec 58% en 2006, sera à la fin de son premier mandat. Il devra se représenter devant les populations congolaises s’il veut briguer un second mandat. Pour ce faire, Joseph Kabila multiplie des stratégies pour mettre la chance de son côté lors des élections de 2011.

Le contrôle des provinces de deux Kasaï fait partie de la stratégie montée par le camp de Joseph Kabila compte pour faire le plein de voix en 2011. La ville de Mbuji-Mayi, chef-lieu de la province du Kasaï-Oriental, est ainsi au centre d’une dispute latente entre le chef de l’Etat congolais et Adolphe Muzito, son Premier ministre, issu du Parti Lumumbiste Unifié (PALU).

Il y a quelques mois, le successeur d’Antoine Gizenga se rendait à Mbuji-Mayi à la tête d’une forte délégation gouvernementale pour aller tenter de relancer les activités de la Minière de Bakwanga (MIBA). Sur place, Adolphe Muzito avait vanté les efforts fournis par «son gouvernement » pour remettre sur les rails la société minière, ce qui lui avait  valu un accueil sans précédent de la part des habitants de la capitale mondiale du diamant industriel.

Selon des analystes, ce discours n’avait pas plu au camp kabiliste. «Comment le Premier ministre peut-il vanter les efforts de son cabinet alors que tout ce qui se fait actuellement l’est au nom du chef de l’Etat ? », murmurait-on dans les couloirs de la Présidence de la République après le voyage de Muzito au chef-lieu du Kasaï-Oriental.

Pour effacer les traces du Premier ministre, quelques jours après, Evariste Boshab, le président de l’Assemblée nationale, est descendu, lui aussi à la tête d’une forte délégation, à Mbuji-Mayi pour aller parler de la réhabilitation de la MIBA. Si Adolphe Muzito vantait les efforts du gouvernement en ce qui concerne la relance de la société minière, Evariste Boshab, lui, avait un discours propagandiste : «Je viens au nom du chef de l’Etat pour voir ce qu’il peut faire pour réhabiliter la MIBA».

Ceux qui suivent de très prêt la scène politique congolaise, avaient vite conclu que le président de l’Assemblée nationale avait expressément effectué le déplacement de Mbuji-Mayi pour aller effacer le nom du Premier ministre Adolphe Muzito dans la mémoire des Kasaïens.

 

Pluies diluviennes, un autre prétexte

A la mi-novembre, une pluie diluvienne s’abat sur la ville de Mbuji-Mayi. Bilan : plus d’une centaine de maisons sont emportées, laissant derrière elle des dégâts incommensurables. Alphonse Ngoy Kasandji, le gouverneur PPRD du Kasaï-Oriental, va multiplier les appels dans les médias pour solliciter l’aide du gouvernement central. Pendant que tout le monde attendait la visite d’un membre de l’Exécutif national, c’est encore Evariste Boshab qui va s’envoler pour Mbuji-Mayi.

Sur place, l’aide apportée aux sinistrés a été présentée comme étant un don personnel du chef de l’Etat. Comme toujours, le voyage du président de l’Assemblée nationale a été rangé dans la rubrique des Cinq chantiers de la République. En effet, Evariste Boshab était allé préparer la visite de Joseph Kabila qui est arrivé au chef-lieu du Kasaï-Oriental le mardi 24 novembre 2009.

Question : pourquoi Evariste Boshab ne s’est-il pas rendu à Dongo, dans la province de l’Equateur où, quelques jours auparavant, des villages entiers ont été incendiés, faisant des centaines de morts à la suite des bagarres entre deux ethnies rivales ? Pourquoi Joseph Kabila, garant de l’unité nationale, n’est pas allé à l’Equateur pour rétablir la paix qui est mise à mal dans cette partie du pays ?

Certes, Joseph Kabila a fait le déplacement de Gemena (Equateur) après son voyage dans le Kasaï-Oriental. Mais, pour plusieurs analystes politiques, le chef de l’Etat s’y est rendu plus pour apporter son soutien à Jean-Claude Baende, dont l’élection en qualité du gouverneur de l’Equateur est entachée de nombreuses irrégularités.

En plus, Joseph Kabila s’est rendu à Gemena, territoire dont est originaire le Sénateur Jean-Pierre Bemba, incarcéré depuis plusieurs mois à la Cour Pénale Internationale (CPI). Ce voyage est intervenu quelques jours avant que la CPI se prononce sur la mise en liberté ou non du leader du Mouvement de Libération du Congo (MLC). Le but poursuivi par Joseph Kabila est de montrer à la face du monde qu’il reste populaire à Gemena, le fief de Jean-Pierre Bemba, comme il l’avait fait auparavant à Mbuji-Mayi, le fief de Etienne Tshisekedi, le chef de file de l’UDPS où les Kasaïens ont été humiliés par Ngoyi Kasanji qui avait par cécité politique déclaré devant Kabila que l’accueil «  triomphal et spontané » qui lui était réservé était l’expression d’une amande honorable de la population. Heureusement que le ridicule ne tue pas !

Pourquoi Joseph Kabila ne s’est-il pas rendu à Dongo là où s’entretuent ses concitoyens ? Selon des sources onusiennes, les populations locales continuent à quitter leurs villages afin de trouver refuge au Congo-Brazzaville. Pour montrer que la situation sur terrain est très préoccupante, la Monuc vient de prendre la décision de mener une opération militaire, de concert avec les Forces Armées de République Démocratique du Congo et les éléments de la Police pour ramener la paix à Dongo.

Comme on peut le constater, le chef de l’Etat congolais s’est rendu dans la province de l’Equateur plus pour des raisons de marketing politique, que pour chercher à ramener la paix à Dongo, dans le Sud-Ubangi.