Brèves et dépêches
lundi août 19, 2019
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Des rebelles à proximité, des médiateurs loin d'être neutres: à Goma, ville clé de l'est de la République démocratique du Congo, le scepticisme domine après l'ouverture entre rebelles et gouvernement de négociations à Kampala qui, dès le deuxième jour, ont été boycottées lundi par la rébellion.

Depuis que les rebelles du M23 se sont retirés de la ville sous forte pression internationale le 1er décembre, après 12 jours d'occupation, la capitale de la riche province minière du Nord-Kivu tente de retrouver une vie normale à portée de tirs de la rébellion.

Les soldats mutins, des Tutsi congolais appuyés par le Rwanda et l'Ouganda selon Kinshasa et l'ONU, ont accepté de se retirer de Goma à la condition qu'un dialogue constructif s'engage avec le pouvoir de Joseph Kabila. Ils devaient reculer sur leurs positions antérieures, à au moins 20 km de Goma. Ils campent à 3 km.

Selon Me Omar Kavota, représentant officiel de la société civile du Nord-Kivu, le M23 s'infiltrerait au nord de la ville, notamment autour de l'aéroport, et envisagerait de couper la route de Sake, à l'ouest, qui mène au Sud-Kivu voisin. "Le M23 prépare la guerre et se passe (ne tient pas compte, ndlr) visiblement des pourparlers qui ont lieu a Kampala", affirme-t-il dans un communiqué.

C'est vrai que les rebelles "ne sont pas loin", a indiqué le porte-parole militaire de la Mission de l'ONU en RDC (Monusco), le colonel Prosper Basse, interrogé par l'AFP. Dimanche, d'après lui, des reconnaissances aériennes menées par les hélicoptères de la Monusco, dont plus de 6.000 des 19.000 hommes sont déployés au Nord-Kivu, ont confirmé que le M23 n'avait pas rejoint ses positions initiales.

Autre avantage des rebelles sur le terrain, la réouverture lundi par l'armée ougandaise du poste-frontière de Bunagana tenu par le M23 entre la RDC et l'Ouganda, qui avait été fermé mi-novembre par Kampala après des plaintes de Kinshasa.

Ce poste, par lequel transite un important flux de marchandises, était tombé entre les mains des rebelles début juillet et le M23 en avait tiré de substantiels revenus, percevant des taxes à chaque passage de marchandises.

Lundi, les rebelles du M23 ont décidé de boycotter le deuxième jour des négociations avec les autorités de RDC organisées à Kampala, reprochant à Kinshasa son agressivité au début des pourparlers.

La veille, le chef de la délégation congolaise, Raymond Tshibanda, le ministre des affaires étrangères avait repris la parole après une mise en cause du gouvernement. "Nous sommes ici pour négocier, pas pour écouter la colère du gouvernement" a dit René Abandi, responsable des relations extérieures du M23. Il s'est refusé à dire si les rebelles participeraient aux négociations mardi. "Quand il nous semblera qu'il y a un cadre pour négocier, nous viendrons."

A Kinshasa, l'opposition a refusé de participer aux discussions, de même que le gouverneur de la province du Nord-Kivu, Julien Paluku.

Avocats, syndicalistes, élus: peu croient en ces pourparlers.

Kambale Lwanga Chernozem, le secrétaire provincial de l'Union Nationale des Travailleurs du Congo, "ne (voit) pas ces assises de Kampala réussir". "Chaque partie va vouloir camper sur sa position" au prix d'un "sacrifice" de la population.

Pour ce syndicaliste, la position du Rwanda et de l'Ouganda est problématique: "Comment peuvent-ils être des médiateurs du conflit qu'ils attisent ?". Kinshasa, mais aussi des experts de l'ONU accusent ces deux pays de soutenir activement le M23, ce qu'ils démentent.

"Les vraies victimes de la crise ne sont pas impliquées", déplore de son côté l'avocat Jean Paul Lumbulumbu.

La rébellion du M23, qui a lancé il y a huit mois l'offensive ayant abouti à la récente prise de Goma, a suscité la crainte d'un nouveau conflit généralisé dans la région et d'une grave crise humanitaire.

Les différentes organisations de secours présentes sur place estiment qu'environ 138.000 personnes se sont déplacées pour fuir les affrontements qui se sont produits ces dernières semaines autour de Goma, une ville de plus de 300.000 habitants.

Dans l'attente d'une normalisation de la situation, les Nations unies ont renforcé leur dispositif à Goma. Des Casques bleus patrouillent "jour et nuit dans la ville en collaboration avec la police nationale congolaise", selon le porte-parole militaire de la Monusco.