Deux chaînes de télévision et une radio basées à Kinshasa, propriétés de l'ex-vice président et opposant congolais Jean-Pierre Bemba, ont cessé d'émettre depuis mardi, a-t-on appris mercredi auprès de leur direction, qui impute la coupure du signal à "des hommes armés".

Canal Kin télévision (CKTV), Canal Congo télévision (CCTV) et Radio liberté Kinshasa (Ralik), ont cessé d'émettre "dans la nuit de lundi à mardi, vers 3 heures du matin", a déclaré à l'AFP Stéphane Kitutu, directeur général de CCTV et RALIK.

"Il y a des hommes en civil mais armés qui sont allés au centre d'émission de Binza et ont intimé l'ordre à l'équipe de Teleconsult de couper le signal de CCTV, CKTV et Ralik', a expliqué M. Kitutu.

"De temps en temps, nous recevons des mises en demeure de la Haute autorité des médias (organe de régulation des médias congolais) et du ministère de la Communication, mais ces deux organes ne nous ont jamais donné un ultimatum dans ce sens", a-t-il ajouté.

Selon M. Kitutu, le ministre congolais de la Communication, Lambert Mende, contacté par le parti de M. Bemba, le Mouvement de libération du Congo (MLC), a déclaré ne pas être au courant de cette mesure.

"Le ministre Mende nous a demandé de visionner deux émissions diffusées par CCTV et CKTV. On nous reprocherait de commencer déjà à faire la campagne électorale" en vue de la présidentielle prévue en 2011, a-t-il précisé.

Dans un communiqué transmis mercredi à l'AFP, l'Association africaine des droits de l'homme (Asadho) a condamné "cette attaque ciblée contre les medias libres et demande au gouvernement de faire rétablir sans condition le signal coupé et dinitier une enquête afin de faire sanctionner les auteurs de cet acte".

Journaliste en danger (JED), une ONG congolaise, a également dénoncé "cette coupure injustifiée du signal" et demandé au président Joseph Kabila dordonner son rétablissement.

Jean-Pierre Bemba, candidat malheureux à la présidentielle de 2006, remportée par M. Kabila, est actuellement poursuivi devant la Cour pénale internationale (CPI) pour crimes de guerre et crimes contre l'humanité. Il est, selon l'accusation, responsable de meurtres, viols et pillages commis entre octobre 2002 et mars 2003 par sa milice, envoyée en Centrafrique appuyer le régime du président Ange-Félix Patassé.

Au moins 300 chaînes de télévision émettent en RDC.