Le gouvernement de la République démocratique du Congo (RDC) a fermé jeudi un poste frontière avec le Burundi voisin, empêchant le retour de quelque 2.300 réfugiés tutsi congolais que les autorités burundaises avaient commencé à rapatrier le même jour.

Le poste frontière congolais de Kavimvira a été fermé aux environs de 11H00 (09H00 GMT), lorsque des camions qui acheminaient un premier convoi de quelque 424 réfugiés tutsi congolais sont arrivés en provenance du centre du Burundi au poste-frontière burundais de Gatumba, selon un policier sur place.

La frontière terrestre, qui longe les berges nord du lac Tanganyika, est restée fermée le reste de la journée, a constaté un journaliste de l'AFP.


"Le ministère (congolais) de l'Intérieur a pris cette décision", a confirmé à Kinshasa le porte-parole du gouvernement de la RDC, Lambert Mende.

Cette fermeture "provisoire" du poste-frontière de Kavimvira doit permettre de "préparer" le rapatriement de ces réfugiés tutsi congolais, a expliqué M. Mende: "On a besoin de mieux encadrer ce retour, il ne peut pas se faire dans l'anarchie".

Le gouvernement du Burundi avait entamé jeudi matin le rapatriement vers la RDC voisine de quelque 2.300 réfugiés tutsi congolais ayant en grande majorité fui la province du Sud-Kivu (est de la RDC) en 2004.

Ces réfugiés, actuellement installés dans un camp à Gihinga (centre), ont opté pour le retour dans leur pays d'origine après avoir refusé d'être transférés dans un nouveau camp de réfugiés à Ruyigi (est), invoquant des raisons de sécurité.

Ils ont pour cette raison affronté mardi et mercredi les forces de l'ordre burundaises.

Les premiers réfugiés sont arrivés dans la matinée sur la frontière (15 km à l'ouest de Bujumbura). En constatant la fermeture, ils ont finalement accepté de revenir en bus dans leur camp de Gihinga et ont quitté les lieux vers 16H00 (14H00 GMT), a-t-on constaté.

"Une forte délégation ministérielle vient de la RDC demain pour discuter la question, (...), en attendant, nous avons décidé de ramener les réfugiés (...) d'où ils sont venus", a expliqué le coordinateur de l'Office national burundais de protection des réfugiés et apatrides (ONPRA), Didace Nzikoruriho.

"Nous allons les assister sur place en attendant que les autorités congolaises se préparent à les accueillir", a assuré ce responsable.

"Il faut sécuriser un lieu" avant d'accueillir les réfugiés "en toute sécurité", a expliqué de son côté le porte-parole du gouvernement de la RDC, en rappelant les conditions d'insécurité au Sud-Kivu où l'armée de Kinshasa mène des opérations contre des rebelles hutus rwandais et des milices congolaises.

"Ceci sera fait de concert avec le HCR (Haut Commissariat de l'ONU aux réfugiés) et le Burundi. Nous avons besoin de 48 à 72 heures pour nous mettre d'accord, après la frontière pourra rouvrir", a assuré M. Mende.

"Les autorités congolaises ne peuvent pas refuser de nous accueillir chez nous parce que nous sommes des Congolais (...)", a réagi le représentant de ces réfugiés, Freddy Gakunzi.

Lundi, le HCR avait conseillé "aux réfugiés congolais au Burundi de ne pas retourner pour le moment" au Sud-Kivu "du fait des conditions de sécurité actuelles dans cette région".

La question des Tutsis congolais --plus connus sous le nom de Banyamulenge-- est très sensible au Sud-Kivu, en particulier dans la ville frontalière d'Uvira, où des membres des autres communautés leur contestent parfois la nationalité congolaise et expriment un fort ressentiment anti-Tutsi.