Brèves et dépêches
lundi novembre 18, 2019
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Les défections de militaires se poursuivent en République démocratique du Congo (RDC) où plusieurs soldats ont déserté dans la nuit de vendredi à samedi pour rejoindre la mutinerie d'ex-rebelles que l'armée combat depuis mai dans la province du Nord-Kivu (est), a-t-on appris de sources concordantes.

Selon les mutins, plus de cent militaires, dont deux officiers supérieurs, ont fait défection.

Des militaires de l'ex-rébellion du Congrès national pour la défense du peuple (CNDP), intégrés dans l'armée en 2009, "ont rejoint le M23 depuis hier soir" (vendredi), a déclaré à l'AFP le lieutenant-colonel Vianney Kazarama, porte-parole des mutins se réclamant du Mouvement du 23 mars (M23).

Selon lui, 83 soldats, dont six capitaines, ont quitté le territoire de Beni, à l'extrême-nord du Nord-Kivu, pour regagner celui de Rutshuru, au sud de la province, et où les Forces armées (FARDC) combattent les dissidents dans le Parc des Virunga, à la frontière avec le Rwanda et l'Ouganda.

"Nous avons des informations selon lesquelles des militaires ont fait défection. Ce sont pour la plupart des partisans du colonel Yusuf Mboneza", qui était commandant à l'époque du CNDP, a déclaré de son côté à l'AFP un colonel loyaliste participant aux combats, sans préciser le nombre de déserteurs.

Les officiers supérieurs sont "un lieutenant-colonel et un major", respectivement arrivés avec 12 et 5 hommes armés, a précisé le porte-parole, ajoutant que le premier arrivait de Goma, capitale provinciale, et le deuxième du territoire de Masisi, frontalier à l'est du Rutshuru.

Le major travaillait dans le renseignement, et le lieutenant-colonel "coordonnait les opérations de santé pour les Nord et Sud Kivu dans Amani Leo ("La paix maintenant", en swahili)", une opération militaire suspendue en avril par le président Joseph Kabila après les premières défections d'ex-CNDP dans les deux provinces.

"Je sais que depuis un certain temps des officiers FARDC veulent rejoindre le M23. L'officier qui s'occupait du département médical (d'Amani Leo) était soupçonné depuis quelques jours de vouloir faire défection. Il y avait des indices", a déclaré le colonel loyaliste, refusant de donner des détails.

Sept officiers supérieurs -trois lieutenants-colonels et quatre majors- avaient quitté mercredi les FARDC avec près de 170 hommes pour rejoindre le M23, qui revendique la pleine application des accords de paix du 23 mars 2009, régissant leur intégration dans l'armée.

"Cette situation risque de dégénérer et de démoraliser les troupes parce qu'il y en a encore d'autres (ex-CNDP) dans nos rangs" qui pourraient eux aussi rejoindre les mutins, s'était inquiété un officier loyaliste après ces défections.

"Il y a une officine qui invente des rumeurs pour démoraliser nos troupes. (...) Si on doit compter le nombre de fois où ils (les mutins) revendiquent que des unités ont rejoint leurs rangs, il n'y aurait plus un seul soldat dans les FARDC", a déclaré à l'AFP le porte-parole du gouvernement, Lambert Mende.

Il a ajouté que Kinshasa avait "maintenant la certitude" que "des experts dans un pays voisin ont inventé le M23 pour cacher (le général Bosco) Ntaganda", l'ex-chef d'état-major du CNDP recherché par la Cour pénale internationale (CPI) pour enrôlement d'enfants soldats.

Le porte-parole a refusé de citer nommément ce voisin mais la RDC a demandé mercredi à l'ONU de mettre en garde le Rwanda au sujet de la présence de Rwandais aux côtés des mutins et "d'une conspiration" évoluant "dangereusement vers un schéma de rupture de la paix".

Malgré les bombardements fréquents des FARDC, les mutins -estimés à plusieurs centaines- tiennent leurs positions sur les collines de Runyiony, Mbuzi et Tshanzu, où ils sont regroupés.

Depuis cette semaine, une accalmie relative est observée sur le front des combats, qui ont fait plus de 200.000 déplacés et plus de 20.000 réfugiés, selon l'ONU.