Dossiers
lundi septembre 24, 2018
Register

Simone Maganga ressent toujours une grande honte lorsqu’elle se remémore comment, après la mort de son mari, elle fut obligée à avoir une relation sexuelle avec le jeune frère de ce dernier afin de laisser reposer l’âme du défunt.

“Pour enlever le cadavre de ton mari de ton corps il faut coucher avec son petit frère,” explique Maganga, membre de l’ethnie Hemba au sud-est du pays. “Sinon on te dit que tu vas commencer à voir ton mari partout où tu te promènes. Par peur, nous acceptons. Mais c’est une humiliation qui est difficile à faire quitter de ma mémoire.”

Maganga a trouvé cette épreuve particulièrement difficile à surmonter parce que le frère de son mari est à peu près aussi âgé que son propre fils. Elle a également subi d’autres épreuves, comme de ne pas pouvoir se laver pendant 40 jours et recevoir très peu de nourriture.

“La nourriture on te la donne selon le bon vouloir de la famille de ton mari,” explique-t-elle. “Parfois, je faisais deux ou trois jours sans que je ne puisse mettre quelque chose sous la dent.”

Les groupes de défense des droits des femmes indiquent que de telles pratiques traditionnelles créent un environnement en République démocratique du Congo, RDC, au sein duquel les femmes sont perçues comme ayant peu de valeur dans la société, ce qui en fait des victimes plus faciles d’abus sexuels ou physiques.

D’autres avertissent que bien que les coutumes tribales contribuent à la marginalisation des femmes, la RDC fait face à une augmentation des viols et de la violence causés par la guerre.

“Ce que nous voyons en RDC est un nouveau phénomène directement associé au conflit,” a déclaré Lyric Thompson, un analyste politique international auprès du groupe de pression Les femmes pour les femmes. “Le viol a été largement utilisé comme arme de guerre. Comme les soldats sont retournés chez eux, la violence et les abus contre les femmes sont passés dans la vie familiale.”

Thompson ajoute que ce phénomène n’est pas spécifique à la RDC, mais est caractéristique des environnements d’après-guerre dans le monde entier.

Elle note, cependant, que la RDC est l’un des pires endroits du monde pour être une femme en ce moment, étant donné qu’il n’y a pas de système en place pour offrir une protection adéquate.

Certains actes contre les femmes sont interdits en droit congolais, mais toujours largement pratiqués dans les villages ruraux dans tout le pays.

Les mariages forcés et les relations sexuelles avec des filles de moins de 18 ans en sont deux exemples notoires.

“Les mariages avec des mineures ont lieu de manière quasi quotidienne dans nos villages,” déclare Isabelle Musonda, une étudiante à l’université de Lubumbashi. “Où est l’État congolais dans de tels cas?”

George Simba, un magistrat, explique que le droit national devrait être appliquée dans toute la RDC, sans discrimination, indépendamment du fait savoir si les gens vivent dans un village ou une ville.

“Le plus grand défi pour la justice congolaise est que les tribunaux civils et militaires n’existent pas dans nos villages,” a-t-il dit. “Dans le village, vous avez seulement des tribunaux coutumiers et le jugement est rendu selon les coutumes. Il est très difficile pour un chef de tribu de renoncer à sa tradition.”

Simba milite pour le remplacement les tribunaux traditionnels par les tribunaux civils et pénaux afin de réduire la violence contre les femmes.

“Dans les villes, ces pratiques coutumières sont rares,” dit-il. “Aujourd’hui, il est difficile d’épouser une ville de 15 ans à Lubumbashi, mais dans nos villages, c’est toujours accepté.”

Stéphanie Mundolsheim est membre de la tribu Sanga et explique comment, au sein de son peuple, il est habituel pour un nouveau chef de tribu d’avoir une relation sexuelle avec sa mère avant de pouvoir être intronisé, indépendamment de l’âge de la mère.

“Après, la mère et l’enfant ne doivent jamais se revoir ou habiter dans une même ville,” explique-t-elle. “Vous voyez comment, avec nos traditions, la mère n’a plus de valeur.”

L’association Les femmes pour les femmes a mis en place une série d’ateliers en RDC destinées à accroître la conscience des hommes sur la valeur des femmes dans la société.

“Il y a une coutume selon laquelle les hommes abandonnent leur femme si elle a été violée,” a déclaré Thompson. “C’est parce que les hommes qui ne peuvent pas protéger leurs femmes du viol pensent qu’ils ne sont plus des hommes, alors les femmes sont abandonnées.”

Jean-Claude Tshibangu, membre de la tribu Kasaï, explique que la crise financière mondiale a pour conséquence que de nombreux jeunes hommes ne peuvent plus se permettre de se marier, étant donné qu’il doivent apporter une dot de 1000 dollars US.

Il soutient que cela a mené à une augmentation de la violence sexuelle contre les femmes, parce que, selon les traditions coutumières, un homme qui viole une vierge doit l’épouser, et ne doit pas payer la dot.

Une femme qui perd sa virginité ne peut pas exiger une dot, explique-t-il.

Nathalie Mulunda, de l’ONG Action pour le Développement de la Femme, souligne l’importance de l’éducation pour éradiquer les mauvais traitements et la marginalisation des femmes dans la société.

“Les hommes ont créé ces coutumes et tous les avantages sont du côté des hommes,” explique-t-elle. “Les femmes sont découragées d’étudier dès leur plus jeune âge. On leur dit que la place de la femme c’est à la cuisine et [que] les bureaux sont faits pour les hommes. Empêcher une femme de s’instruire, pour moi c’est une autre forme de violence. Une femme non instruite ne peut oser porter plainte parce qu’elle est ignorante de ses droits.”