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jeudi avril 02, 2020
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Il a fallu un temps fou pour que plusieurs de nos compatriotes comprennent que la guerre d’agression menée contre notre pays depuis 1996 est une guerre économique. Nous l’avons souligné à plusieurs reprises : les pays qui prétendent être « les grandes puissances » et leurs multinationales se font la guerre tiède, froide, chaude, etc. pour avoir accès aux matières premières stratégiques. Celui qui en a le plus passe pour la plus grande puissance du monde.

La logique rivalitaire joue à fond dans cette guerre. Ecraser les rivaux, rendre ingouvernable notre pays en entretenant un climat de terreur et une violation systématique des traités juridiques internationaux et nationaux, tout cela contribue au pillage en règle de nos matières premières. L’affaiblissement de l’Etat ou sa non-existence, le marionnettisme et la mise sur pied du travail de prédation en réseau font partie des tactiques savamment orchestrées par « les maîtres du monde et ceux qui leur obéissent » pour faire de notre espace vital un no man’s land, une jungle.

 

 

Si l’éveil de conscience sur le rôle de la guerre chez nous semble être très avancé, nous n’arrivons pas encore, dans notre immense majorité, à en tirer toutes les conséquences.

Prenons quelques cas. Nous ne pouvons pas, d’une part, affirmer que nous faisons face à une guerre économique et supporter, d’autre part, qu’il y ait dans l’un des gouvernements de notre pays les marionnettes de Kigali, plaque tournante de notre appauvrissement au profit de ses parrains occidentaux ; ou revenir sur l’importance des accords de Goma comme si la guerre qui nous est imposée était une guerre ethnique.

Nous ne pouvons pas, d’une part, relever le rôle nocif des pays comme les USA et la Grande-Bretagne dans cette guerre de pillage et d’autre part, compter sur les négociations économiques entreprises avec les IFI et notre pays pour le sortir du pétrin ; ces dernières étant « les petites mains financières » du capitalisme du désastre.

Nous ne pouvons pas, d’une part, décrier cette guerre économique, et d’autre part, signer des « contrats léonins » avec « les garçons de course » de certaines entreprises multinationales comme AREVA.

Disons que décrier la guerre de prédation qui nous est menée depuis plus de dix ans devrait nous conduire à en approfondir les enjeux pour mieux entrevoir l’avenir. L’attrait de nos matières premières stratégiques et la fin du rôle de Mobutu pendant plus de trois décennies chez nous ont conduit quelques pays occidentaux, et pas les moindres, à blanchir un criminel de guerre, Paul Kagame, afin qu’il les aide à faire main basse sur nos richesses.

Il y a, dans cette démarche, une renonciation aux valeurs du droit et de la justice pour ce que les faiseurs des mots dénomment le réalisme politique ; c’est-à-dire une renonciation à l’éthique et à la morale pour les affaires. Et quand ceux qui ont consenti à cette renonciation osent se dire démocrates, il faut être fou pour les croire. Là où le bât blesse, c’est quand la justice semble être embrigadée dans ce marché des dupes aux dépens de simples citoyens.

Les voleurs en col blanc instrumentaliseraient les cours et tribunaux à leur profit pour opérer sans inquiétude !

Dans ce contexte, comment parler de probables élections de 2011 ? Est-ce un enjeu majeur pour nous ? A quoi pourrait servir, déjà aujourd’hui, tous ces débats autour du meilleur candidat aux élections présidentielles de 2011 ? N’y aurait-il pas des questions de géostratégie beaucoup plus importantes à traiter ? Même si l’accès aux affaires des meilleurs candidats pourrait être un préalable nécessaire à de meilleurs choix stratégiques ! Telle est là la question de la poule et de l’œuf !

A notre avis, l’éducation et la formation de nos masses populaires aux enjeux réels de la guerre qui sévit chez nous est prioritaire par rapport aux élections de 2011. Tant que nos masses ne comprendront pas par exemple le fonctionnement du marionnettisme, elles risquent de se faire flouer par les membres du réseau de prédation actuellement au pouvoir. Elles sont appauvries à dessein pour qu’elles servent de cobayes aux hommes et femmes liges du capitalisme du désastre. S’étant enrichis sans cause dans moins de 15 ans, ils risquent demain, d’acheter les voix, de bourrer les urnes ou de semer le chaos pour se rendre incontournables.

Education et formation des masses populaires à temps et à contretemps. Mais aussi, une grande ouverture à l’Afrique, aux forces de résistance africaines à l’entretien des guerres économiques sur notre continent. Car ce dont il est fondamentalement question, c’est du changement des rapports de force. La RD Congo, seule, face aux USA, à la Grande-Bretagne et à la France se battant sur son sol contre la Chine par des suppôts interposés, est fragile, faible. Il y a comme une nécessité de réinventer le panafricanisme en restant ouvert au métissage des pratiques et des intelligences avec les axes stratégiques qui pèsent dans la balance des Occidentaux prédateurs.

Dans cette approche, les débats opposant Kashala à Tshisekedi ou Kabeya à Mutombo, Serge Gontcho à Thierry Nlandu pour les élections présidentielles de 2011 font le jeu de l’ennemi. Ils nous paraissent biaisés dans la mesure où ils relèvent d’une analyse approximative des enjeux réels de la mort programmée de notre espace vital. Ils pourraient être qualifiés de débats diaboliques ; ils divisent pour permettre au réseau de prédation de mieux piller.

A notre avis (discutable), nous devrions beaucoup partir du regroupement de toutes les forces  vives et procéder, peut-être, pour ceux et celles qui tiennent aux élections de 2011, à des élections primaires pour choisir un seul candidat pouvant affronter le candidat du pouvoir actuel. Cela constituerait un plan A qui n’exclurait pas les autres B, C et D raisonnables.

Saurons-nous rompre avec une tradition appauvrissante en politique : celle qui accorde un privilège exagéré aux débats (nécessaires) sur des individus sans tenir compte des enjeux majeurs et des projets de société en présence ; sans tenir compte de notre propre expérience historique d’un pays sous tutelle en permanence ? L’avenir nous le dira.