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mardi novembre 21, 2017
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A ce stade de l'enquête, la thèse du « montage grossier » par « un compatriote de la diaspora proche de l'opposition » ne tient plus la route. Dans ''un pays normal'', le communicateur du régime de Kinshasa, Lambert Mende, aurait démissionné pour ''imputation calomnieuse et mensongère''.

Hélas ! Le Congo-Kinshasa actuel n'est pas un pays normal. Mende ne démissionnera pas.

Vers la date du 17 février 2017, une vidéo circule sur les réseaux sociaux. La police politique de la kabilie tire à balles réelles sur  des compatriotes du Kasaï Central pris pour les adeptes de Kamwina Nsapu. Eux ne sont pas armés (http://www.ingeta.com/des-massacres-au-kasai-et-une-question-recurrente/).  Dès que Kinshasa a eu vent de la circulation de cette vidéo sur les réseaux sociaux, un membre du régime Kabila  a réagi en soutenant qu'il s'agissait d'un montage  d'un congolais de la diaspora, proche de l'opposition. Il l'avait même nommé : ''Richard Mudoza''. Quelques jours après, Thierry Michel, cinéaste belge très attentif à la marche historique du Congo-Kinshasa avait démenti les propos de Lambert Mende en affirmant qu'il avait contribué à la diffusion de cette vidéo sur les réseaux sociaux. Une pression faite sur le régime de Kinshasa l'avait poussé à mettre sur pied une commission d'enquête. Celle-ci vient de rendre publiques ses conclusions.  « En rapport avec cette vidéo, nous avons mis la main sur sept suspects, tous éléments des FARDC, qui sont actuellement en détention », parmi eux des officiers et des sous-officiers, a déclaré lors d’une conférence de presse le général-major Joseph Ponde, auditeur général des FARDC. » (http://www.jeuneafrique.com/418561/politique/video-dun-massacre-rdc-sept-soldats-arretes-kasai/) Et il ajoute : « De l’instruction entreprise, de l’exploitation de la vidéo et des descentes sur les lieux des crimes, les préventions ci-après ont été retenues à charge des suspects: crimes de guerre par meurtre, crimes de guerre par mutilation, crimes de guerre par traitements cruels inhumains et dégradants et refus de dénonciation d’une infraction commise par des justiciables de juridictions militaires »

A ce stade de l'enquête, la thèse du « montage grossier » par « un compatriote de la diaspora proche de l'opposition » ne tient plus la route. Dans ''un pays normal'', le communicateur du régime de Kinshasa, Lambert Mende, aurait démissionné pour ''imputation calomnieuse et mensongère''.

Hélas ! Le Congo-Kinshasa actuel n'est pas un pays normal. Mende ne démissionnera pas.

Ce faisant, le régime auquel il appartient dévoile ses tactiques, méthodes et stratégies. Quand il est pris la main dans le sac, il fabrique un mensonge en se trouvant un bouc émissaire. Celui-ci doit être du camp ''adverse'' (?).  Il y a là comme  une continuation des pratiques des mentors du régime de Kinshasa du Tutsi Power au service du chaos. Nous sommes en face de ''la stratégie du chaos et du mensonge'' apprise à une certaine école anglo-saxonne.

Le sachant, nous devrions être très prudents face à l'aboutissement de cette enquête. Les sept policiers politiques suspectés pourraient servir de soupapes de sécurité au cœur d'un régime ayant accumulé trop de morts  et de fosses communes. Sa soudaine sévérité pourrait conduire les plus naïfs d'entre nous (et de la communauté dite internationale) à lui refaire confiance. Telle est l'une de nos hypothèses. Voici une deuxième : il ne serait pas surprenant que les mêmes policiers politiques soient accusés d'être impliqués dans la disparition  et/ou dans la mort de deux experts de l'ONU et de leurs accompagnateurs dont nous n'avons pas de nouvelles jusqu'à ce jour. Attendons voir !

Reprenons les crimes supposés être commis par ces sept policiers politiques : crimes de guerre par meurtre, crimes de guerre par mutilation, crimes de guerre par traitements cruels inhumains et dégradants et refus de dénonciation d’une infraction commise par des justiciables de juridictions militaires.

Depuis les années 1990, ces crimes se commettent au quotidien au Congo-Kinshasa. Les différents rapports des experts de l'ONU sont clairs là-dessus. En 2010, le rapport Mapping a formulé une hypothèse selon laquelle il serait possible d'en arriver à dire, à l'examen de certains crimes répertoriés, qu'un génocide a été commis au Congo-Kinshasa.  Dans ''L'Occident terroriste. D' Hiroshima à la guerre des drones'' (2015), Noam Chomsky et André Vltchek  ne font pas de ce ''génocide'' une hypothèse. Ils soutiennent, et plusieurs Congolais(es) avec eux, qu'il y a eu ''un supergénocide'' au Congo-Kinshasa.  Pourquoi ses commanditaires et ses auteurs sont-ils restés impunis jusqu'à ce jour ? Pourquoi n'ont-ils pas été arrêtés comme ces sept policiers politiques impliqués dans les crimes du Kasaï central ? Il y a pire. L'ONU refuse, pour ''des raisons stratégiques'' de communiquer les noms des personnes impliquées dans les crimes dénoncées dans le rapport Mapping. Il y a déjà six ans. Qu'est-ce qui, dans ces conditions, pourrait nous pousser à croire, que même si ces sept policiers politique de la kabilie étaient reconnus coupables des crimes dont ils sont suspectés, ils pourront en répondre en toute liberté ? Où en est le procès des assassins de  Floribert Chebeya ? De Mzee Kabila ? De Mamadou Ndala ? Du Père Vincent Machozi ? Des prêtres canadiens et espagnols ? De Mgr Munzihirwa ?

Tuer, donner la mort, exterminer les Congolais(es), cela est permis au nom de la logique du marché et du refus de l'altérité. De petites arrestations comme celles opérées à Kananga servent souvent de poudre jetée aux yeux des plus naïfs d'entre nous.  Les exterminateurs des Congolais(es) savent comment ''jouer''. Sept policiers politiques sont arrêtés pour ce qu'il y a eu à Mwanza Lomba. Mais la Monusco ne sait pas aller voir ce qu'il y a eu à Nganza le 14 et le 17 mars 2017 ; elle ne peut pas aller voir les fosses communes des femmes et enfants tués par un autre groupe de policiers politiques de la kabilie. (https://monusco.unmissions.org/la-monusco-exprime-ses-vives-pr%C3%A9occupations-sur-les-r%C3%A9cents-d%C3%A9veloppements-%C3%A0-kananga).

Où en est l'enquête sur les fosses communes de Maluku après deux ans écoulés ? (http://linkis.com/www.jeuneafrique.com/RXJ5T).  Samy Badibanga en parlait tellement  que l'on aurait été tenté de croire qu'une fois à ''un plus haut poste'', il en ferait son cheval de bataille. Il est ''premier ministre'' du régime depuis 100 jours. Il se tait dans toutes les langues. Et dans sa langue maternelle : le tshiluba.

Une chose est sûre. Il n'y a pas de fatalité. Ce régime est trop faible. Il tue par lâcheté et manque e courage. Il est composé de ''pauvres types''. Ils n'ont pas de discours politique à proposer. Plusieurs sont commis à de sales besognes. Ils ne peuvent rien pour les Congolais(es). Il n' y a rien à attendre d'eux. Il appartient aux Congolais(es) de ''se prendre en charge'' ; à temps et à contretemps. D'inventer  et de persévérer sur ''la voie de l'insoumission'' et de l'insurrection citoyenne.

Les Congolais(es) devraient savoir que comme tous les régimes vampires, celui de la kabilie a peur de la lumière du soleil...Il aime opérer  dans l'ombre en chantant : ''Bayeba teee, maman bayeba te..''.

 

 

Babanya Kabudi

Génération Lumumba