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mercredi octobre 18, 2017
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Des analyses sur les causes matérielles et historiques de ''la production'' du Congo-Kinshasa comme ''Etat raté'' semblent marquer le pas dans plusieurs milieux congolais. Et le refrain auto-flagellateur revient :  « Les Congolais(es) sont les seuls responsables de tout ce qui leur advient. Ils ne doivent pas chercher de boucs-émissaires. » Cette approche autoflagellante évite d'aborder des questions liées aux paradigmes dominants l'histoire du Congo-Kinshasa avec l'autre. Elle est fondée sur des balivernes. Pour une bonne part. Elle refuse de poser cette question : « Quel est ce Congolais ou cette Congolaise qui a participé à la Conférence de Berlin en 1885 et qui a cautionné la création de son pays comme ''terra nullius'' ? » Cette approche oublie que la Conférence de Berlin a eu une suite décivilisatrice du point de vue de l'exploitation éhontée des Congolais(es) et de leurs terres. Cette conférence a avalisé la hiérarchisation des races, l'inculcation du complexe d'infériorité aux races à soumettre, le déni de l'altérité et la soumission à tout prix des peuples exclus du genre humain. Les efforts déployés par les meilleurs d'entre ces peuples pour leur émancipation politique, leur souveraineté et leur auto-détermination ont été réduits à néant par les pouvoirs décivilisateurs.

A la traite négrière ont succédé la colonisation, la néocolonisation et le mondialisme ultralibéral.

Ces paradigmes négatifs et de l'indignité ont eu (presque) une même matrice organisationnelle fondée sur le déni de l'altérité, le mépris de l'autre, le racisme et l'instinct de domination afin que triomphe l'unilatéralisme occidental. Des ''idiots congolais ou étrangers utiles'' diront que le Congo-Kinshasa est indépendant depuis 1960 sans aucunement faire allusion au dénominateur commun des paradigmes ayant marqué cette terre depuis plus de cent ans.

A un certain moment, lutter en ayant présent à l'esprit ces différents paradigmes et les dégâts anthropologiques qu'ils causent sur les Congolais(es) devient difficile. Dès lors, il devient facile de s'attarder aux épiphénomènes, fruits de plus de cent ans de kleptocratie. Il se produit alors un discours auto-flagellateur et négatif sur les Congolais(es). Et plusieurs d'entre nous acceptent de le véhiculer dans l'oubli total des causes matérielles et historiques de ceux dont nous souffrons majoritairement : le viol de notre imaginaire identitaire et l'anéantissement de nos efforts de déconstruction du discours de l'autre et de reconstruction de nous-mêmes.

Avouer que l'imposition des paradigmes négatifs et de l'indignité à l'imaginaire de plusieurs d'entre nous au point de les convertir en ''nègres de service'' de l'unilatéralisme et de l'hégémonie culturelle occidentaux après qu'ils aient été désorientés existentiellement a facilité leur adhésion au servilisme compradore n'exempte pas de l'analyse des causes matérielle et historique du phénomène.

Néanmoins, le faire sur le temps long est épuisant. Plusieurs d'entre nous estiment que les efforts déployés pour déconstruire le discours de l'autre, dévoiler son mode opératoire et l'usage qu'il fait de nos élites compradores sont plus que suffisants. Ils devraient, en principe, permettre la reconstruction d'une masse critique capable de prendre le destin du Congo-Kinshasa à bras le corps. Hélas ! Cela traîne. L'horizon semble bouché. L'autoflagellation semble être la meilleure option. En prenant cette option, plusieurs d'entre nous refusent de fouiller les archives et d'alimenter, en permanence, les masses populaires de leurs trouvailles.

Faut-il jeter une pierre aux compatriotes fatigués de crier dans le désert tout en se rendant compte du servilisme, de l'opportunisme, de la soumission, de l'assujettissement de plusieurs d'entre nous ?

Non. Nous leur rappelons tout simplement que ''la guerre par morceau'' menée contre le Congo-Kinshasa et l'Afrique depuis la Conférence de Berlin (et même avant) est (aussi) une guerre (psychologique) d'usure. Elle désoriente existentiellement et tient à casser tous les ressorts possibles et imaginables de notre résistance collective. Elle est fondée sur plusieurs principes dont celui-ci : diviser pour régner. La fatigue mentale poussant à l'autoflagellation obéit à ce principe. Elle ne facilite pas l'entretien de la conscience des classes exclues de l'histoire que nous sommes. Elle fait le lit de la haine de soi et éloigne la perspective de notre émancipation politique collective.

La lutte continue....

 

Babanya Kabudi

Génération Lumumba 1961