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dimanche juillet 23, 2017
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Débiter un beau discours sur Lumumba et inviter ses compatriotes a constituer ''une dynamique contre alias Joseph Kabila'', c'est les induire en erreur. Alias Joseph Kabila est ''un garçon rwandais manipulable et non-offensif'' pour le système néolibéral. Il est ''un pion interchangeable''. Débiter un beau discours sur Lumumba sans un tant soit peu un minimum de connaissance de l'opposition entre le Capital et le Travail et prôner ''un Plan Marshall'' pour le Congo-Kinshasa en le livrant aux tueurs à gages que sont la Banque mondiale et le Fonds monétaire international, c'est mentir à ses compatriotes et vouloir perpétrer ''le coup d' Etat permanent'' dont ce pays souffre depuis les années 1960.

 

Il y a des moments où, malgré tout, il y a une fierté d'être congolais. Quand, par exemple, au cours de leur traversée du désert, les Congolais(es) choisissent, sans concertation au préalable, de consacrer un week-end d'un 30 juin à la réflexion. Ne fût-ce que pour ce laps de temps, les compatriotes donnent l'impression d'avoir finalement compris l'importance de ''la guerre des idées''. En passant en revue certains événements de ce week-end du 30 juin 2017, je me rends compte, qu'à plusieurs endroits, les conférences organisées ont été suivies des débats sans aucun tabou. Cette voie semble être la meilleure pour ''un autre Congo possible''. Elle aide à nous engager collectivement sur des questions assumant nos ''limites cognitives'' dépassables par des débats contradictoires ''sans meurtre''.

Des pareils débats portent en eux un élément de la sagesse congolaise soutenant que ''buimpe mbua matshi, bubi mbua matshi'' (ce qui est bien (bon) et ce qui est mal(mauvais) peut être écouté (par les oreilles)). Cette écoute attentive ouvre à un débat argumenté pouvant conduire à un minimum de consensus (provisoire). Un débat congolais contradictoire ouvert au conflit non-meurtrier sert notre palabre, nos ''masabakanyi'', notre kinzonzi ou notre looso dans la mesure où il fait de la prise de la parole par chacun(es) d'entre nous non seulement un droit, mais aussi un devoir. Il peut permettre ''un défoulement salutaire''. Il a besoin, pour être conduit à bon port, du ''petit reste'' d'intellectuels organiques et structurants avertis. Pour éviter qu'il n'aille dans tous les sens sans un minimum de discernement des enjeux face auxquels le Congo-Kinshasa est actuellement placé.

Plusieurs conférences et certains textes rédigés ce week-end ont eu ''les pères et les mères'' de l'indépendance congolaise. Kasavubu et Lumumba sont les cités. Plusieurs compatriotes se référant à nos ''pères et mères'' de l'indépendance sont d'avis que celle-ci a été arrachée et non offerte sur un plateau doré.

Au cours ce week-end du 30 juin 2017, Mufoncol Tshiyoyo étudie l'arrachage de l'épée au Roi Baudouin comme symbole de notre liberté collective arrachée (et à arracher). Denis Mukwege va un plus loin en décrivant le système esclavagiste et colonialiste que ''les pères et les mères' de notre indépendance ont brisé. Il n'épargne pas ''la mafia '' actuelle des affairistes cupides et égoïstes. Mubake invitant ses compatriotes à fêter, malgré tout, ce jour, ce grand jour, est aussi d'avis que l'indépendance n'a pas été un cadeau du colonialiste. A Paris, Justine Mpoyo Kasavubu invitée par la coalition des Pastorale des Pasteurs Congolais en Europe, ne voyant pas ce que les Congolais(es) avili(es) pouvaient fêter, est d'avis que notre indépendance formelle a été arrachée.

A Kinshasa, Martin Fayulu est allé échanger avec les étudiants en leur partageant certains textes de Lumumba et de Kasavubu. A Bruxelles, les Dr Mbungani et Kabanda ont conduit une conférence au cours de laquelle la question du profil de futurs gouvernants du Congo-Kinshasa a été posée sans tabou. Maître Claude Kayembe, décrivant l'un des candidats possibles à l'élection présidentielle, voulait comprendre comment, sans citer son nom, un fossoyeur du pays pouvait en devenir son pompier. Et Fabien Kusuanika a bien fait de publier une vidéo contenant à la fois ''le petit propos'' de l'un des artistes congolais de Goma arrêté (avec ses compairs) après avoir organisé une manifestation sur les massacres de Beni et du Kasaï et le propos du Dr Mukwege. Un petit propos d'un homme prêt à la mort ; à une mort orchestrée par ceux qu'il a qualifiés, en face, de ''crapules''. Des crapules capables d'arrêter ceux qui parlent pour les enfants que l'on tue. Et de tuer comme ceux qui, hier, ont tué Lumumba. (Beaucoup de compatriotes ayant suivi ce petit propos confessent avoir eu des larmes aux yeux et d'avoir vécu un événement majeur : un Congolais, un digne fils du Congo-Kinshasa, prêt à mourir pour préserver sa liberté d'une parole mise au service des petits et des faibles. Un compatriote ayant vaincu la peur sur terrain et capable de toiser ses bourreaux de frères en les regardant tout droit dans les yeux ! Oui. Un événement majeur marquant la fin d'un régime ''lumumbiste de pacotille !)

A Bruxelles, Dynamik Congo a passé un film sur le Cuba suivi d'un échange. Cette ''dynamique'' est porteuse d'une double question : pourquoi et comment ce qui a réussi chez les autres ne réussit pas chez nous ?

Que les Congolais(es) fassent une part belle à l'intelligence en l'espace d'un week-end de commémoration de leur ''indépendance formelle'' me semble une avancée majeure. Pourvu que cela dure. Que les différents groupes qui se sont exprimés montent des secrétariats techniques capables d'aller au-delà de l'enthousiasme du moment pour éviter d'en faire un feu de paille. Des équipes techniques pouvant travailler sur le court, moyen et long terme et de finalement coaliser dans un vaste mouvement pouvant signer ''un pacte de redressement du Congo-Kinshasa''.

Les compatriotes devraient aussi se faire à l'idée que citer Lumumba sans identifier les éléments essentiels de sa lutte et les partager ne sert à rien. La force de Lumumba est d'avoir été un anticolonialiste et un anti-impérialiste ; un patriote (nationaliste), un panafricain et un Internationaliste. Il a, lui, Lumumba, identifié le système de l'asservissement et de l'exploitation du peuple congolais et africain. Pour lui, être libre permettrait de gérer ''la terre africaine et congolaise'' dans la justice et le droit.

Citer Lumumba le week-end du 30 juin et ne pas mentionner ''la mondialisation'' (et le fondamentalisme du marché) comme la perpétuation du système de l'abrutissement et l' assujettissement des Congolais(es) et des Africains(es) peut être un exercice rhétorique et nostalgique destiné à embrigader ses compatriotes dans une nouvelle aventure esclavagiste. L'exemple est là : le régime actuel au Congo-Kinshasa. Il se réclame aussi du kimbanguisme et du lumumbisme. Pourtant, composé majoritairement de ''négriers des temps modernes'' et d'autres élites compradores, il tue, pille, opprime et dégrade les compatriotes. Et tous les discours entendus ce week-end, en marge de ceux de la Majorité (dite) Présidentielle le décrient. (Tout comme plusieurs partisans congolais du néolibéralisme avilissant, ayant échoué aux USA et en Europe, ne cessent de se réclamer aussi de Lumumba comme ''Père'' ! Donc, les compatriotes doivent être prudents et avertis.)

D'un autre point de vue, plusieurs compatriotes se réclamant de Lumumba ne semblent pas appris de ses erreurs. Ils sont des partisans de la mise sous tutelle du Congo-Kinshasa par l'ONU. Pourtant, l'appel lancé par notre ''héros national'' à l'ONU fut une erreur fatale. Il n'avait pas compris que ''ce machin'' est utilisé comme carte juridique par les colonialistes, les néocolonialistes et les impérialistes pour briser toute velléité de résistance chez les peuples épris d'émancipation politique, d'égale souveraineté et du principe de réciprocité. Se référer à Lumumba sans rompre avec la logique de plus de 600 partis politiques du ventre est un gageure. Lumumba prônait une unité dans la diversité face à un ennemi commun bien identifié avant de pouvoir organiser une opposition constructive.

Aussi, Lumumba mort, ce fut une désorientation existentielle. Il n'avait pas réussi à constituer ''un leadership collectif'' et ''une masse critique'' capables de poursuivre la résistance et la même lutte identificatrice de l'ennemi majeur sur le temps long. Débiter, donc, un beau discours sur Lumumba en voulant être ''un leader charismatique'' ou ''providentiel'', c'est ne rien comprendre au système en face. Il écrase les individus isolés mis sur le premier plan par les masses populaires comptant sur eux. Les réseaux lui résistent. Ou plutôt les contre-réseaux. Lui-même se constitue en réseau.

Débiter un beau discours sur Lumumba et inviter ses compatriotes à constituer ''une dynamique contre alias Joseph Kabila'', c'est les induire en erreur. Alias Joseph Kabila est ''un garçon rwandais manipulable et non-offensif'' pour le système néolibéral. Il est ''un pion interchangeable''. Combattre avec acharnement le système qu'il sert peut faciliter sa neutralisation et l'option pour un système alternatif évitant de produire ''les pions du néolibéralisme'' au cœur de l'Afrique.

Débiter un beau discours sur Lumumba sans un tant soit peu un minimum de connaissance de l'opposition entre le Capital et le Travail, entre les masses laborieuses précarisées et ''les petites mains du Capital'' et prôner ''un Plan Marshall'' pour le Congo-Kinshasa en le livrant aux tueurs à gages que sont la Banque mondiale et le Fonds monétaire international, c'est mentir à ses compatriotes et vouloir perpétrer ''le coup d' Etat permanent'' dont ce pays souffre depuis les années 1960.

Débiter un beau discours sur Lumumba en ayant Cuba comme référence, c'est s'apprêter à étudier comment cette petite île a réussi à résister à son ''géant voisin'' en privilégiant une lutte collective guidée par ''un leadership collectif' averti' soucieux beaucoup plus de la promotion de l'identité collective, de l'être plus que de l'avoir.

Bravo à nous ! Nous avons voulu privilégier le travail de l'intelligence. Essayons de vérifier nos références et nos orientations pour la renaissance d'un autre Congo-Kinshasa. Constituons des équipes capables de débattre et de se fédérer demain afin que nous puissions bâtir un pays plus beau qu'avant.

 

Babanya Kabudi

Génération Lumumba 1961