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mercredi octobre 18, 2017
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Tous ces rapports devraient être archivés. Positivement, ils indiquent que le Congo-Kinshasa violenté et pillé depuis plus de 130 est toujours immensément riche. Naïvement, je crois que cette richesse survivra à tous les charognards et à leurs sous-traitants. Pourquoi ? A force de piller le Congo-Kinshasa, de l'humilier, de le violenter, cela a pousser certaines de ses filles et certains de ses fils à s'engager sur la voie de la culture de la résistance à la fois culturelle, sociale et spirituelle. Cette résistance est en train d'être mise au service de la consolidation d'une identité congolaise avertie.

En une semaine, les réseaux sociaux nous ont permis d'avoir accès à deux rapports suffisamment détaillés sur ''les richesses du Président'' et le ''distributeur automatique de billets du régime''.

(https://www.globalwitness.org/en/campaigns/democratic-republic-congo/distributeur-automatique-de-billets-du-r%C3%A9gime/ et http://congoresearchgroup.org/wp-content/uploads/2017/07/Les-Richesses-du-Pre%CC%81sident.pdf).

En principe, ces rapports décrivent le fonctionnement d'un sous-système de prédation mis en place au Congo-Kinshasa depuis ''la guerre de prédation et de basse intensité'' qui y est menée.

Ils apportent l'un ou l'autre élément ''nouveau''. Celui sur ''les richesses du Président'' nous décrit comment une famille a pris possession des terres congolaises, a infiltré tous les domaines économiques du pays en créant plusieurs sociétés, les unes moins visibles que les autres, a fait garder plusieurs de ces sociétés par ''les Bana Mura''. Ce rapport soutient qu'au vu des richesses accumulées, il sera difficile au ''raïs'' de pouvoir quitter ''son pouvoir-os''. Ce rapport tout comme celui de Global Witness décrit le dysfonctionnement du système fiscal congolais et l'implication de plusieurs sous-traitants économico-politiques dans ''la kleptocratie congolaise''.

Fondamentalement, ces rapports ont plusieurs traits communs. Ils contiennent une bonne part de la falsification de l'histoire congolaise. Ils ignorent à dessein les origines rwandaises du ''raïs'', soutiennent qu'il est un ''président issu d'un processus électoral'' et que depuis le 19 septembre 2016, il refuse de quitter le pouvoir. Ces rapports sont, donc, bien orientés. Ils essaient d'effacer une bonne partie de notre histoire collective ; celle de l'intrusion du ''raïs'' dans la bergerie congolaise en tant que ''jeune homme rwandais manipulable'' par les multinationales et les proxys rwandais et ougandais. Ces rapports font une lecture ''officielle'' de la kleptocratie de la kabilie en voulant battre en brèche le fait qu'elle est, la kabilie, sous-traitée.

Il y a quelques mois, un autre rapport d'Enough Project abordait, malgré ses insuffisances, la question de la kleptocratie congolaise en la situant dans une histoire vieille de plus de 130 ans. (http://www.ingeta.com/enough-project-et-une-etude-sur-un-etat-dit-criminel-au-coeur-de-lafrique-fin/). Les causes de la sous-traitance est à situer dans cette histoire au cours de laquelle, certains acteurs se voulant pléniers ont créé leurs nègres de service pour piller et violenter le pays de Kimbangu et de Lumumba. Attention ! Penser en remontant aux causes historiques lointaines n'excuse pas la responsabilité des kleptocrates congolais et étrangers opérant à partir du Congo-Kinshasa. Cela facilite la compréhension de la sous-traitance et aide dans l'étude des propositions sur les issues possibles de cette criminalité organisée depuis plus de 130 ans.

Cela étant, tous ces rapports devraient être archivés. Positivement, ils indiquent que le Congo-Kinshasa violenté et pillé depuis plus de 130 est toujours immensément riche. Naïvement, je crois que cette richesse survivra à tous les charognards et à leurs sous-traitants. Pourquoi ? A force de piller le Congo-Kinshasa, de l'humilier, de le violenter, cela a pousser certaines de ses filles et certains de ses fils à s'engager sur la voie de la culture de la résistance à la fois culturelle, sociale et spirituelle.

Cette résistance est en train d'être mise au service de la consolidation d'une identité congolaise avertie. Pour dire les choses autrement, plusieurs filles et fils du Congo-Kinshasa ont compris qu'ils sont assassinés, massacrés, emprisonnés, méprisés, humiliés parce qu'elles (ils) sont Congolais(es).

Ils vont faire corps autour de cette identité et devenir imbattables. La violence et l'humiliation peuvent ouvrir les cœurs et les esprits à une résistance créatrice d'une identité forte, d'une autre façon d'être Congolais(e) au cœur d'un monde hostile, cupide et violent.

Positivement, ces rapports nous apprennent que le Congo-Kinshasa n'a pas besoin d'aide extérieure.

Je risque une exagération : avec un bon Etat planificateur, il peut vivre dans une certaine autarcie.

''Le raïs'', avec ses ''Bana Mura'' a réussi, pendant plus d'une décennie, à voler et à bien protéger le fruit de sa prédation. Quand, demain, il en sera dépouillé, le Congo-Kinshasa devra disposer d'une bonne armée dissuasive et d'une justice sécurisante pour éviter que d'autres ''jeunes africains manipulables'' ne puissent infiltrer les institutions du pays pour les fragiliser de l'intérieur et réinstaurer ''un régime criminel kleptocratique''.

Positivement, ces rapports dévoilent la plus grande fragilité des ''sous-traitants'' de la trempe du ''raïs''. Tout ce qu'ils font est contrôlé par ''leurs maîtres''. Cela peut être mis sur la place publique à tout moment. Et surtout quand ils ont envie de dribbler les peuples qu'ils veulent dominer au nom de ''la démocratie du marché''.

Le problème du ''raïs'' et de sa famille est de n'avoir pas étudié l'histoire des ''nègres de service''. Tous finissent, de l'une ou de l'autre façon, d'être livrés à la vindicte de leurs peuples. Pourquoi ?

''Rome ne paie pas toujours ses traîtres''. ''Wadia kala, wafua kala''.

 

 

Babanya Kabudi

Génération Lumumba 1961