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jeudi août 17, 2017
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La corruption est un processus d'altération en profondeur d'une chose ou d'un individu.Ce changement en profondeur atteint les facteurs constitutifs, les éléments permanents de la chose même. La corruption transforme cette chose en une autre chose. Appliquée aux hommes et femmes du Congo-Kinshasa ayant perdu leurs cinq sens, ces facteurs essentiels et constitutifs de leur humanité, il y a lieu de dire qu'ils (elles) sont devenu(e)s des agents du ''sous-système de la kabilie'' et ''les petites mains'' du système néolibéral de notre soumission éhonté et collective au capital financiarisé. Une rupture collective (co-ruption) avec elles s'impose ; à défaut de leur ''re-conversion''.

 Quand, pour justifier la participation aux multiples ''Accords signés'' avec ''le pouvoir-os'' de ''la kabilie'', certains compatriotes (politicards) disent avoir voulu éviter que le sang congolais ne puissent plus couler, ils soulèvent certaines questions très importantes. Qu'est-ce qui fait que ces compatriotes n'entendent plus les cris de leurs frères et sœurs éplorés par les massacres perpétuels à Beni, à Goma et dans plusieurs autres coins du Congo-Kinshasa ? Auraient-ils perdu l'un de leurs cinq sens ? L'ouïe ? Comment en sont-ils arrivés à ne pas entendre les cris de ces familles dont les membres morts remplissent, chaque jour, les frigos de la morgue de l'hôpital général de Kinshasa ?

Oui. Plusieurs d'entre eux ont mis les membres les plus chers de leurs propres familles à l'abri, dans ''les quartiers huppés'' de Kinshasa, dans ''la République de la Gombe'' ou à l'étranger. Ils sont devenus insensibles à aux cris et la douleur de ceux qu'ils s'habituent à traiter d'indigents.

''Ils ont des oreilles et n'entendent pas'', comme diraient le Psalmiste (Psaume 115). Or, l'ouïe est l'un des cinq sens essentiels dans la vie d'un homme ou d'une femme. Elle peut être perdue par accident. Il y a des hommes et des femmes qui naissent sourds. Il y en d'autres qui deviennent ''autistes''. D'autres encore qui corrompent leur ouïe en idolâtrant l'or et l'argent.

Ces idolâtres deviennent des ''pires sourds'' dans la mesure ils refusent expressément d'entendre. Ils ont des agendas auxquels ils obéissent. Et cela les conduit à tenir des discours éloignés de la réalité de leurs congénères et inventent un langage propre à eux. Un langage compréhensible dans un milieu fermé des copains et des coquins. Ce ''novlangue'' va, par exemple, soutenir que ''l'intelligence c'est la ruse'', qu'un ''mercenaire'' est ''un raïs'', qu'un voleur est ''un grand prêtre'', etc.

Enfermés dans ''la République de la Gombe'' ou dans celle de ''Limete'', ils ont une préférence pour des voitures aux vitres fumées ou des lunettes de ''soleil''. Celles-ci les coupent du monde ambiant.

A quelques rares occasions, par souci de mesurer leur popularité ou de se créer des thuriféraires et des tambourinaires, ils baissent ces vitres fumées (ou décapotent leurs voitures) pour être applaudi par ''les indigents'' à la recherche des miettes qu'ils redistribuent après avoir été à la mangeoire de ''la kabilie''. Souvent, ils gardent leurs lunettes fumées pour bien jouer leur comédie et éviter de voir la misère produite par ''les vieux dinosaures mobutistes et les nouveaux prédateurs de la kabilie'' dont ils partagent ''les biens mal acquis''. ''Ils ne veulent pas voir''. ''Ils ont des yeux et ne voient pas'', comme dirait le Psalmiste. Leur choix des ''quartiers huppés'' les éloigne des communes où les montagnes de déchets exhalent une mauvaise odeur. Ils veulent se garder de sentir cette odeur nauséabonde. ''Ils ont un nez'' et ne veulent pas sentir.

Après avoir perdu l'ouïe, ils ont perdu la vue et l'odorat ; deux autres sens essentiels à la vie d'un homme ou d'une femme.

Habitués à fréquenter et à accueillir ''les ambassadeurs'' et d'autres ''partenaires''(des pays pas les moindres, comme dirait le Docteur Tharcisse Loseke), ils ont perdu ''le goût '' de l'eau des marais et des robinets rouillés de la regideso. Ils aiment le Whisky et le Champagne. Ils boivent l'eau vendue dans les supermarchés. Dans cette ''bonne compagnie'', ils ont acquis ''l'art perfide d'exciter la cupidité et les passions (…) d'engager le père à livrer ses enfants, le frère à trahir son frère, le prince à vendre ses sujets'' (Condorcet,1781). ''Dis-moi qui tu hantes, je te dirai qui tu es'', dit un adage.

Coupés du ''goût commun'', ils ont perdu ''le goût''. L'un de cinq sens essentiels à la vie d'un homme et de femme. Coupés des quartiers populaires, ils ne palpent pas, ils ''touchent'' pas la mort les côtoyant au quotidien par manque d'éducation, de nourriture, de soins primaires, d'emplois.

Coupés de la vie réelle, ils refusent de savoir que ''pour détruire une nation : pas besoin d’une bombe atomique !Pour détruire une nation, on n’a pas besoin d’armes atomiques ou des missiles intercontinentaux. Il suffit seulement de réduire la qualité
de son éducation et permettre aux étudiants de tricher !!! Ainsi, le
malade mourra dans les mains du médecin qui a réussi par fraude… Les...
édifices s’écrouleront dans les mains d’un ingénieur qui a réussi par
fraude : en perdra beaucoup des fonds dans les mains d’un comptable
formé dans la fraude.Bref, l’ignorance se répandra parmi la jeune
génération ayant été formée dans la main d’enseignants qui ont réussi
par fraude. On obtiendra la chute de l’éducation qui se traduira par
la chute de toute une Nation ! » Telle est la substance de la lettre
qu’un professeur d’université en Afrique du Sud a écrite pour éveiller
la conscience de ses étudiants.'' (Le Phare du 28 juillet 2017)

Ces politicards ayant corrompu leurs cinq sens, ils avalisent la fraude et la tricherie depuis plusieurs années dans ''un pays mort''. Sourds, aveuglés (envoûtés par le goût du lucre), cupides, ils sont devenus insensibles aux différents modes opératoires auxquels recoure le système de l'assujettissement, l'asservissement et de la mort du Congo-Kinshasa et des Congolais(es. Que dis-je ? Ils participent à ce système et le théâtralisent en se subdivisant en deux camps : ''le camp du pouvoir-os'' et ''le camp de l'opposition accompagnatrice''. Ces deux camps sont rejoints par un groupe de ''jeunes achetés par le dollar'' et une multitude des ONG, tous appelés ''forces sociales et politiques du changement''. (Dans leur novlangue, ''le forces sociales et politiques du statu quo'' sont dénommées ''forces sociales et politiques du changement''.)

Perdre ses cinq sens est la pire de corruption. Ici, une étude peut inspirer.

Dans ''La médiocratie'', Alain Deneault s'inspirant d' Aristote estime que ''la corruption consiste gravement en un processus d'altération radicale. Elle affecte en profondeur ce qui est essentiel à une chose'' (p.196) Ce changement en profondeur atteint les facteurs constitutifs, les éléments permanents de la chose même.

La corruption transforme cette chose en une autre chose. Appliquée aux hommes et femmes du Congo-Kinshasa ayant perdu leurs cinq sens, ces facteurs essentiels et constitutifs de leur humanité, il ya lieu de dire qu'ils  (elles) sont devenu(e)s des agents du ''sous-système de la kabilie'' et ''les petites mains'' du système néolibéral de notre soumission éhonté et collective au capital financiarisé.

Opérer une rupture collective (cor-rompre) avec ''les petites mains'' du capital financiarisé du Nord et avec ''leurs nègres de service du Sud'' (et plus précisément du Congo-Kinshasa) devrait s'inscrire dans un processus éducatif et des luttes portées par des collectifs citoyens avisés. C'est-à-dire capables de déconstruire leur novlangue et d'impulser des changements structurels conséquents.

Ce processus sera long et coûteux. Même s'il commence quelque part. Il n'a rien à avoir avec un coup de baguette magique. Elle se manifestera par la naissance d'une autre génération de citoyen(ne)s rompant les barrières de classes et de quartiers et créant des mouvements populaires civico-écologiques de résistance, d'insoumission, patriotes et panafricains.

 

 

Babanya Kabudi

Génération Lumumba 1961