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vendredi décembre 15, 2017
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Qui se rappelle encore pourquoi Moïse Katumbi Chapwe, ancien gouverneur PPRD du Katanga, a pris ses distances avec Joseph Kabila pour qui il avait pourtant fait campagne en 2006 et 2011 ? Ce n’est pas parce que la gabegie et la prédation ont été érigées en mode de gestion de l’Etat.

En clair, ce n’est pas parce que Joseph Kabila a mal géré le pays. Non ! L’ancien gouverneur du Katanga s’est éloigné de son ancienne famille politique, la Majorité présidentielle, parce que Joseph Kabila n’a pas respecté la constitution adoptée par référendun en 2005 qui dispose que le président de la République est élu pour un mandat de 5 ans renouvelable une seule fois.

Si sur ce point qui fait l’unanimité au sein de l’opinion congolaise, Moïse Katumbi n’a pas tort, on ne peut ne pas s’étonner que le candidat annoncé à la prochaine élection présidentielle dont personne ne connait la date, même pas la CENI, n’ait jamais dénoncé la gestion prédatrice de l’Etat par Joseph Kabila et sa bande !

La vérité est que Moïse Katumbi est aussi bénéficiaire de la gestion prédatrice du pays par le régime Kabila. Il n’est secret pour personne qu’à son retour de l’exil dû à la chute du régime récalcitrant de Mobutu en 1997, M. Katumbi s’est relancé dans les affaires à travers les activités minières  par sa société dénommée Mining Company Katanga, MCK. Cette dernière a  été constituée grâce à ses relations avec les dirigeants de la Gécamines d’alors.

Aussi, M. Katumbi avait-t-il obtenu des droits d’exploitation, pour une durée de 25 ans, de trois importants gisements de cuivre et de cobalt à Kinsevere, Tshifufia et Nambulwa au nord-est de Lubumbashi. A quel prix la Gécamines avait-t-elle cédé lesdits gisements ? Un million de dollars américains !

Trois ans après, devenu gouverneur du Katanga, sous prétexte qu’il ne pourrait pas exploiter seul les trois gisements, Moïse Katumbi  a réalisé une opération financière qui semble relever d’un film de fiction. Son million de dollars investi lui a rapporté 60 fois la mise. Un peu plus même, soit 61,3 millions de dollars américains !

En fait, la société MCK avait signé en novembre 2004 un deal avec Anvil Mining, une société canadienne qui venait pourtant d’être impliquée dans une funeste histoire impliquant des soldats congolais qui s’employaient à mâter une tentative de soulèvement populaire à Kilwa. Les forces gouvernementales  avaient en effet procédé à des exécutions extrajudiciaires, des détentions illégales, des viols, la torture et le pillage. Ils ne s’étaient pas arrêtés en si bon chemin : ils avaient par ailleurs tué plus de 70 citoyens congolais selon les Nations Unies citées par le CCJI, Centre canadien pour la justice internationale. Anvil Mining leur avait fourni l’aide logistique nécessaire sous forme de véhicules et de transport aérien. C’est juste un rappel.

Ainsi qu’on peut le réaliser, les trois gisements acquis à un million de dollars américains ont été vendus à Anvil entre novembre 2005 et mars 2007, MCK ayant cédé 95% de ses droits d’exploitation au cours de transactions ayant rapporté 61,3 millions de dollars américains.

Avec cette pactole, Moïse Katumbi a créé une société offshore dénommée GKMIC  S.A au Panama selon le journal Marianne qui révèle bien de détails dont les diverses identités utilisées par Moïse Katumbi Chapwe notamment Moïse Katumbi d’Agnamo.

Ainsi, ceux qui, à un moment donné, avaient pensé que Katumbi serait le Medvedev du Poutine Kabila à la présidentielle en 2016, pour la sauvegarde de leurs intérêts financiers communs, ne sont pas à gronder au regard de l’évolution de la situation politique intérieure qui a contraint Katumbi Chapwe à l’exil.

 Il reste, en tout état de cause, que les intérêts financiers de l’ex-gouverneur du Katanga et ceux de Joseph Kabila,  président hors mandat, sont tellement imbriqués notamment à travers leurs amitiés avec le richissime israëlien, Dan Getler, dit roi des mines du Congo, que le doute sur leur inimitié politique demeure.

Nkana Mukengeshayi Joseph