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samedi juillet 21, 2018
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Les cœurs cupides et les esprits assoiffés de ''pouvoir-os'' pourraient induire les Congolais(es) en erreur s'ils ne renoncent pas à leur idée biaisée d'une ''politique mondiale dynamique''. Depuis 1885, le Congo-Kinshasa connaît une guerre perpétuelle et par morceau. Elle est ''une opération économique rentable'' pour les forces impérialistes et néocolonialistes. Celles-ci ne prennent pas en compte ses externalités. C'est-à-dire la régression anthropologique et la crise de sens qu'elle induit. Les élites compradores et les autres esclaves volontaires de ces forces mentent en voulant cacher aux masses de nos compatriotes l'atrocité de cette guerre raciste de prédation en prétendant que ''la politique est dynamique''. Ils jouent sur le manque de mémoire collective dans le chef de plusieurs compatriotes.

Demain, ils vont lui dire, par exemple, que Trump a qualifié l'Haïti et les pays africains de ''pays de merde'' par ''amitié''. Et que ''la politique étant dynamique'', les richesses du Congo-Kinshasa appartiennent à ''la nation exceptionnelle''.

Le Congo-Kinshasa est en permanence soumis à un ''coup d'Etat'' depuis l'assassinat de Lumumba.

Notre héros national, en acceptant d'appeler l'ONU au secours, ne semblait pas être au courant de la subordination de cette institution à ''la communauté occidentale'' et plus particulièrement aux USA.

Il ne semblait pas être au courant du fait que ses accointances avec les forces progressistes africaines et asiatiques, avec les penseurs de la trempe de Nkrumah, Moumié, Nasser ou Frantz Fanon en faisaient ''un élément dangereux'' pour les impérialistes et les néocolonialistes voulant garder ''le Congo-pivot'' dans un état de pays vassal.

''Notre tort à nous, Africains, écrira Frantz Fanon pour décrier cette erreur de Lumumba, est d'avoir oublié que l'ennemi ne recule jamais sincèrement. Il ne comprend jamais. Il capitule, mais ne se convertit pas.'' Sa politique économique n'est pas aussi dynamique que nos élites compradores et autres esclaves volontaires voudraient nous le faire croire. Elle refuse, dans son approche du monde, d'intégrer l'autre, le différent et son altérité. Oui. ''Notre tort est d'avoir cru que l'ennemi avait perdu de sa combativité et de sa nocivité. Si Lumumba gène, Lumumba disparaît. L'hésitation dans le meurtre n'a jamais caractérisé l'impérialisme, poursuit Frantz Fanon.'' Thomas Sankara est l'un des exemples les plus récents. L'impérialisme n'a pas laissé à Laurent-Désiré Kabila le temps de changer son fusil d'épaule.

Pour assassiner Lumumba, qui a donné des béquilles à l'impérialisme ? Frantz Fanon répond : ''Des Africains ont cautionné la politique impérialiste au Congo, ont servi d'intermédiaires, ont cautionné les activités et les singuliers silences de l'ONU au Congo.'' Plusieurs gouvernants fantoches ont eu peur que le Congo-Kinshasa, enfin libéré, ne puisse entraîner ses neuf voisins dans une dynamique de libération panafricaine.

Aujourd'hui encore, ils ont peur. Leurs mandants voient les Congolais(es) se lever et cherchent à ''jouer'' afin que ce pays ne leur échappe pas. Ils participent attentivement à toutes les manifestations. Ils font semblant de accompagner les Congolais(es) sans perdre de vue le rôle de pivot que ce pays joue depuis la nuit des temps. Ils ont peur que, dans ce pays, un profond changement échappe à leur contrôle. Et une question revient de temps en temps. Les Congolais(es) l'entendent régulièrement : ''Qui avez-vous ?'' Quand elle est posée, elle n'est pas toujours suivie d'une allusion faite à la (fameuse) Constitution de 2005. Les deux mandats dits présidentiels (pour ceux et celles qui y ont cru) ne sont pas souvent évoqués. Si alias Joseph Kabila partait aujourd'hui, qui va le remplacer dans un pays où l'opposition est divisée, faible, sans idéologie, demandent ''les experts'' ? Ce genre de questions atteste, dans une certaine mesure, que le processus politique (normal) n'est pas pris en compte dans ce pays. C'est plutôt le contrôle du ''premier d'entre les Congolais(es)'' qui importe. Pour preuve, ''les experts du Congo'' posant la question susmentionnée – qui avez-vous ? - finissent par proposer quelques noms des possibles présidentiables ; et souvent, ce sont des candidats triés parmi ''les compradores et les esclaves volontaires'', ceux qui n'ont à la bouche, comme programme économique du pays, que ''l'amélioration du climat des affaires'', c'est-à-dire ''le néolibéralisme'' ou ''le totalitarisme soft''.

La possibilité d'avoir un autre Lumumba à la tête du pays n'est presque pas entrevue. Il est pourtant célébré comme héros national ce 17 janvier 2018 sans que, petit à petit, son profil revu et corrigé soit régulièrement présenté comme modèle. C'est d'un.

De deux, du point de vue de la gestion des relations diplomatiques ayant facilité la corruption du cercle proche de Lumumba et son assassinat n'a pas beaucoup changé. Les ''Binza Boys'' connaissant les chemins menant aux ambassades par cœur ont été remplacés par ''des politicards'' de ''droite'' et de ''gauche'' passant une bonne partie de leur temps auprès de ''leurs amis'' ambassadeurs. Et prenant auprès d'eux des directives à mettre en pratique. L'exemple de ce compatriote se confiant au micro d'un journaliste de la diaspora congolaise et disant à haute voix que les ambassadeurs des pays (pas les moindres) nous ont demandé de passer de la logique de la confrontation à celle de la cohabitation est éloquent.

De trois, l'acceptation de facto de la mise sous tutelle du pays par l'ONU et les efforts de ce dernier pour annihiler toute forme de résistance citoyenne avec l'aide des milices de ''la kabilie'' est un signe que la situation actuelle du pays n'est pas très différente de celle ayant suivi l'assassinat de Lumumba.

De quatre, la permanence de l'esclavagisme, de l'oppression et de la répression éloigne des cœurs et des esprits de plusieurs compatriotes des références réelles à ce héros de notre émancipation politique. Elle a réussi à rendre certains milieux congolais fatalistes, apathiques et/ou amoureux de leurs bourreaux.

Le Congo-Kinshasa est donc actuellement à un tournant très dangereux. Des soutiens et des choix uniquement émotifs peuvent signer la fatale descente du pays aux enfers. Les actions initiées par les chrétiens et leurs pasteurs devraient, déjà, ici et maintenant, être fondées sur un profil des gouvernants de demain concordant avec des idées de souveraineté, d'émancipation politique des forces esclavagistes, du respect de l'intégrité territoriale, d'une possible assemblée constituante, d'un possible référendum révocatoire, d'une décentralisation sage et intelligente du pays, etc. Toutes ces idées pouvant mettre le principe de gouvernement au service de la cité et non seulement des individus la gouvernant.

Nous lever, marcher, chasser les médiocres, c'est bien. Penser au même moment un modèle de gouvernement citoyen où la permanence du ''looso'', du ''Kinzonzi'', des ''masambakanyi'' et celle de la reddition des comptes évite la prise en otage du pays par un groupe d'aventuriers, c'est mieux.

Notre erreur est de croire béatement en ''une politique mondiale dynamique'', de croire que ''l'ennemi a perdu de combativité, de sa nocivité''. Vigilance oblige ! Eviter les erreurs de notre héros national corrigera son profil pour les Lumumba d'aujourd'hui et de demain. Rompre avec les pratiques des ''Binza Boys'' est une urgence. Tout comme instaurer une justice juste.

 

 

Babanya Kabudi

Génération Lumumba 1961