Dossiers
mercredi octobre 24, 2018
Register

Une relecture attentive de notre histoire collective depuis 1885 interdit aux ''élites organiques et co-structurantes'' de ne pas baisser la garde. Pourquoi ? Une bonne connaissance des acteurs pléniers de la tragédie congolaise y oblige. Ils dénient aux populations des pays qu'ils veulent transformer en ''espace vague'', exploitable à souhait, leur humanité. Ils les considèrent comme étant des ''êtres inutilisables'' et/ou inutiles. La dénégation de leur humanité et de leur altérité est une constante chez ''les maîtres du monde et ceux qui leur obéissent''. Il y a deux jours, en écrivant un article sur Lumumba, je notais ceci : ''Le Congo-Kinshasa est donc actuellement à un tournant très dangereux. Des soutiens et des choix uniquement émotifs peuvent signer la fatale descente du pays aux enfers.''

Relecteur attentif de notre histoire collective, je sais, d'expérience, que toutes les fois où les Congolais(es) ont réussi à dépasser leurs différends et leurs différences afin qu'ils (elles) se mettent debout comme ''un seul peuple'', leurs efforts ont été réduits à néant. Guerre d'usure oblige ! Le Congo-pivot risque, pour ''les maîtres du monde'' et ''leurs vassaux'' de devenir ''un mauvais exemple'' pour ses neufs voisins ; l'Afrique ayant la forme d'un revolver dont la gâchette se trouve au pays de Lumumba, comme le dirait Frantz Fanon.

Une anecdote. Quand, dans son dernier sermon au cour du culte organisé en mémoire de Laurent-Désiré Kabila le 16 janvier 2018, Mgr Ekofo soutient que la terre appartient à Dieu et qu'il l'a donnée aux hommes. Et que la terre du Congo appartenait aux Congolais(es), j'ai vu défiler dans ma tête, une phrase de Lumumba : '' Le Créateur nous a donné cette portion de terre qu'est le continent africain : elle nous appartient et nous en sommes les seuls maîtres. C'est notre droit de faire de ce continent un continent de la justice, du droit et de la paix.'' Je me suis dit : ''Un énième Lumumba renaît au lendemain de la mort de Patrice. '' Je me suis dit : ''Cette renaissance de Lumumba va nous enfoncer dans un gouffre sans fond de problèmes.'' J'avais le sensation que ce sermon partagé par des masses importantes de Congolais(es) pouvait, soit, les remettre debout afin qu'elles se réapproprient enfin leur pays ; soit éveiller l'attention des acteurs pléniers (anglo-saxons) de la guerre raciste de basse intensité menée contre elles afin que leur capacité de travailler unies soit réduite à néant. (Rappelons que Mgr Ekofo rejoint plusieurs compatriotes ayant parlé et écrit sur le Congo-Kinshasa depuis bientôt deux décennies.)

Et quand j'écrivais ceci : ''Le Congo-Kinshasa est donc actuellement à un tournant très dangereux. Des soutiens et des choix uniquement émotifs peuvent signer la fatale descente du pays aux enfers'', je pensais à la capacité de nuisance de ces acteurs pléniers auxquels plusieurs compatriotes ne font presque plus attention. Voilà qu'ils sortent de leur silence et refusent ''une transition sans alias Joseph Kabila''. Ils tiennent à la mascarade électorale déjà prévue pour le 23 décembre 2018 (http://cas-info.ca/les-etats-unis-et-le-royaume-uni-ne-soutiennent-pas-lidee-dune-transition-sans-kabila-et-encouragent-tous-a-aller-aux-elections/)

Ils s'expriment à partir de leurs ambassades à Kinshasa. Ceux et celles d'entre nous qui ont lu Ludo De Witte dans ''L'ascension de Mobutu. Comment la Belgique et les USA ont installé une dictature'', (Bruxelles, Investig'Action, 2018) savent qu'elles ont joué un rôle nocif dans l'histoire du pays.

Après la mascarade électorale de 2011, Voici de que Arnaud Zajtman écrivait : ''On assiste à une situation semblable au Congo, où les ambassadeurs occidentaux soutiennent Kabila face à un Tshisekedi qu’ils jugent imprévisible. Un jugement qui rappelle celui que l’Occident proférait envers le Premier ministre congolais Patrice Lumumba au moment de l’indépendance du Congo.''(http://www.lalibre.be/debats/opinions/il-est-moins-une-a-kinshasa-51b8e0b5e4b0de6db9c48067)

Avec la sortie médiatique des ambassadeurs américain et britannique à Kinshasa, le Congo-Kinshasa risque d'être renvoyé à la situation chaotique qu'il a vécu aux moments cruciaux de son histoire. Pour dire les choses autrement, ''le chaos constructeur'' des années 1960 ayant engendré la crise de légitimité dans laquelle le pays est plongé risque de perdurer.

Les chrétiens et les croyants de plusieurs confessions religieuses ayant décidé de se remettre debout pour chasser les occupants et ''les faiseurs des rois'' du Congo-Kinshasa sauront-ils faire usage de beaucoup d'intelligence, de volontarisme politique et d'un grand sens de responsabilité pour témoigner qu'effectivement la terre congolaise leur appartient ? Sauront-ils rester vigilants afin que la conduite patriotique à tenir au pays ne soit pas dictée à partir des ambassades ? Sauront-ils devenir tout simplement les véritables acteurs de leur destinée, les véritables démiurges de cette destinée ? Se contenter des marches, des soutiens et des choix uniquement émotifs, continuer à tirer sur ''un pouvoir-os'' en oubliant les jeux des coulisses des acteurs pléniers, tout cela serait semblable au jeu de Sisyphe roulant sa pierre.

Comme après l'élection de Lumumba au poste de premier ministre ou comme après les consultations populaires organisées par Mobutu avant l'ouverture de la Conférence Nationale Souveraine, ou encore après le revirement de Laurent-Désiré Kabila en 1998, le Congo-Kinshasa est à une étape cruciale de son histoire. Répondre aux joueurs des coulisses comme ''peuple uni'' serait une voie préventive.

 

Babanya Kabudi

Génération Lumumba 1961