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jeudi avril 26, 2018
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Dans la première partie de cet article, j'ai essayé d'indiquer que l'arrestation d'Elizer Ntambwe a provoqué ''un conflit des interprétations'' prouvant comment un fait peut donner lieu à plusieurs lectures à la fois. Et que ces lectures ne peuvent aboutir à ''un consensus provisoire'' que là où le débat info-formé et sans tabou est possible. Ce qui n'est pas le cas de la jungle dénommé abusivement ''République Démocratique du Congo'' où la méfiance a élu domicile entre des pans entiers des compatriotes.

La grande préoccupation de la première partie de cet article était dire combien il est urgent de procéder à la déconstruction de la sémantique officialisée pour une lutte avertie. Parler par exemple de justice dans un pays où l'arbitraire est au service de la kleptocratie est un non-sens.

La deuxième partie de cet article voudrait être une petite réflexion sur l'une ou l'autre question que cette arrestation pose.

Quand Ndeko Eliezer fait ses émissions ''TOKOMI WAPI'', ''plusieurs de ses ami(e)s'' le suivent sur les réseaux sociaux. Et quand il couvre certaines manifestations à Kinshasa, il est souvent accueilli et applaudi par les foules sous le pseudonyme de ''Muana ya kolo lopango''.

Mais, l'arrestation de Ndeko Eliezer n'a pas mobilisé les foules. Drôle ! Où sont passés tous ses applaudisseurs, ses fanatiques et autres thuriféraires ? Pourquoi ? Pour mille et une raisons. Mais aussi pour celles-ci : ''la prison à ciel ouvert'' est un lieu où la peur est permanente ; les foules n'ont pas de pensée quand elles ne se sont pas transformées en ''masse critique'' ; les ami(e)s sur les réseaux sociaux sont beaucoup plus virtuels que réels.

Les quelques soutiens ''sérieux'' dont Eliezer a bénéficiés lui ont été offerts sont venus de groupes plus ou moins structurés. Cela est un signe. Sans des groupes structurés et capables d'avoir des stratégies conscientes de lutte sur le court, moyen et long terme, les foules d'applaudisseurs, de fanatiques et de thuriféraires ne feront pas l'affaire. Plus ces groupes seront solidaires les uns des autres, mieux ils pourront ouvrir des brèches dans ''la prison à ciel ouvert'' situé au cœur de l'Afrique. Aussi, l'arrestation de Ndeko Eliezer nous enseigne-t-il que le passage de l'amitié virtuelle à l'amitié réelle, des réseaux sociaux à la vie réelle n'est pas toujours garantie. Les réseaux sociaux peuvent participer, en entretenant l'illusion de l'amitié et de la solidarité, atomiser les efforts communs. Rester derrière son ordinateur sans jamais interrompre pour sortir et aller à la rencontre des frères et sœurs en chair et en os en vue de créer des solidarités agissantes et résistantes peut alimenter l'illusion d'une participation effective à la lutte. Il est souhaitable de combiner le combat virtuel et le combat réel pour échapper au danger de l'atomisation entretenue par un certain mésusage de la révolution numérique.

La révolution numérique est une machette à double tranchant. Son mésusage coupe de l'approfondissement de certaines questions par la lecture des livres, les conférences et le débat public. Ce faisant, elle peut contribuer au repli sur soi et à la régression anthropologique. (Combien de rencontres amicales échouent dans ces salons où les ''ami(e)s'' partageant un verre de bière sont occupé(e)s à recevoir et à envoyer des messages sur leurs GSM en oubliant ceux et celles qui sont proches, à côté d'eux?) Le goût exagéré pour la vidéosphère peut induire une fuite du monde réel et une incapacitation du point de vue du débat rationnel et raisonnable. L'injure facile et la haine mal contenue deviennent une option préférentielle.

Le plein de clics sur les vidéos n'est pas nécessairement le signe du soutien offert pour la lutte que l'on mène par la vidéosphère interposée. Il en va à peu de près de même pour les stades et les salles de meeting. Souvent, ce sont des ''minorités organisées'' qui tiennent le coup contre vents et marées.

Quand elles deviennent ''majoritaires'', quand elles forment ''un NOUS conscient'', elles renversent les rapports de force à travers des luttes menées avec courage et persévérance sur le temps long à travers une organisation ayant pris le temps de planifier sa stratégie, ses tactiques et ses méthodes (et sachant tenir le point).

Bien que comparaison ne soit pas raison, Lula a pu mettre du temps à convaincre les siens que sa conscience ne lui reprochant rien, il pouvait se livrer à ''l'arbitraire'' de son pays. Et les siens n'ont pas croisé les bras. Ils se sont mobilisés pour la lutte présente et future (http://www.7sur7.be/7s7/fr/1505/Monde/article/detail/3406858/2018/04/08/Lula-en-prison-ses-partisans-organisent-la-resistance.dhtml).

Oui. Ndeko Eliezer n'est pas Lula. Néanmoins, ce qui est dit au sujet de son arrestation peut aussi soutenu au sujet de plusieurs compatriotes assassinés, emprisonnés sans procès ou ayant choisi le chemin de l'exil pour échapper à l'arbitraire ayant élu domicile au Congo-Kinshasa.

Aux dernières nouvelles, j'apprends que Ngoyi Kasanji aurait instruit son avocat afin que Ndeko Eliezer soit relaxé. Faisant partie de la kabilie décidée à détruire l'identité et la dignité congolaises au nom de la cupidité et de l'avidité, Ngoyi Kasanji donne la fausse impression qu'il cède aux appels qui lui ont été lancés. Du bluff ! Le mal est fait. Un avertissement de la kabilie a été lancé aux autres ''Eliezer'' : ''Vous ne valez rien. Au nom de notre arbitraire, nous de la kabilie, nous pouvons faire de vous ce que nous voulons''.

Ce message est un mensonge. Chaque chose a sa fin. La kabilie a et aura sa fin quelle que soit la longueur de la nuit.

(Ceux et celles que la tactique de la construction de la sémantique officialisée intéresse peuvent commander notre livre : Ingeta. Dictionnaire pour une insurrection des consciences, Congo Lobi Lelo, 2017https://www.facebook.com/ingetaweb).

 

Babanya Kabudi

Génération Lumumba 1961