Dossiers
dimanche novembre 18, 2018
Register

L'assassinat de Lumumba et de plusieurs de ses proches a créé une désorientation existentielle chez plusieurs filles et fils du Congo-Kinshasa. Surtout, celles et ceux qui ont choisi de ''faire la politique''.

Que signifie ''une désorientation existentielle'' ? Elle signifie le fait d'être déboussolé, de perdre de repères éthiques liés à sa terre-mère, d'être dépaysé, de perdre la boussole éthique, cet ensemble de valeurs ayant permis à ses aïeux, Pères fondateurs et Mères fondatrices de son pays, de créer un espace vital protecteur de la vie et de la dignité humaine. Etre désorienté existentiellement, c'est sentir sa terre-mère se dérober sous ses pieds et vivre constamment, consciemment ou inconsciemment dans ''la crise de sens''. C'est manque de direction, d'horizon donnant sens à la existence individuelle et collective. Bref, c'est perdre ''la tête'' ; le ''NTU'', le ''Mutu'', ''le Moto'', le ''bongo''. C'est perdre le ''BOMOTO''. Qui perd le ''BOMOTO'' devient ''un semblant de Muntu'', ''un Tshintuntu'', ''un Tshimbuluntuntu'', ''un Tshimuena-pale-pabuipi-mbisunsukila'', ''un vaurien''.

La désorientation existentielle se manifeste de plusieurs manières après plusieurs siècles de traumatisme lié à une guerre perpétuelle. La recherche effrénée des biens de consommation pouvant rendre le traumatisé semblable au bourreau des siens est une des manifestation. Tout comme la folie (des grandeurs), la démence, le larbinisme et le syndrome de Stockolm.

Les personnes désorientées existentiellement peuvent tomber dans la psychopathie ou dans le sadisme. Etudiant la question, Andre Vltchek partage cette approche du sadisme : « …Le trouble de la personnalité sadique est caractérisé par un ensemble formé de cruauté gratuite, d’agressivité et de comportements dévalorisants qui indiquent la présence d’un mépris profond et d’un manque total d’empathie à l’égard des autres. Certains sadiques sont « utilitaristes » : ils utilisent leur violence explosive pour établir une position de domination incontestée dans une relation… ».

Cette approche en indique les symptômes : « Les individus sadiques ont un faible contrôle comportemental, qui se manifeste par un mauvais caractère, de l’irritabilité, une faible tolérance à la frustration et une nature dominatrice. D’un point de vue interpersonnel, on constate qu’ils sont durs, hostiles, manipulateurs, qu’ils manquent d’empathie, qu’ils sont froids et rudes envers ceux qu’ils considèrent comme leurs inférieurs. Sur le plan intellectuel, ils sont considérés comme rigides et portés à l’intolérance sociale, ils sont fascinés par les armes, la guerre et les crimes atroces ou les auteurs d’atrocités. Classiquement, on pense que les sadiques recherchent des positions sociales qui leur permettent d’exercer leur besoin de contrôler les autres et d’infliger des punitions sévères ou des humiliations… »

Il y a quelques jours, Mme Bénédicte Kumbi, Coordinatrice du Mouvement citoyen, Likambo ya Mabele, a interviewé un psychiatre congolais, Achille Bapolisi, sur les traumatismes survenant après la guerre dans la vie des victimes (https://www.youtube.com/watch?v=-2dckH2qdGs). Les réponses de ce médecin congolais indiquent que plusieurs Congolais(es) et (Africain(es) sont des malades ''spirituel(les)'' et ''culturel(les).

L'étude d'Andre Vltchek et l'interview d'Achille Bapolisi éclairent davantage certains comportements des ''négriers des temps modernes'' et de leurs alliés au cœur de l'Afrique.

Psychopathes et/ou sadiques, ils haïssent les Congolais(es) en les assassinant, en les massacrant, en gardant séquestrant leurs cadavres et/ou en les envoyant carrément à la mort avant qu'ils ne deviennent ''leurs honorables'' et ''leurs excellences''. Victimes conscientes ou inconscientes du syndrome de Stokholm, ils vouent un culte aux bourreaux des Congolais(es). Ils avouent, sans rire, qu'ils savent que c'est ''le boucher de Kigali'' qui est ''le maître du Congo-Kinshasa'' et que c'est vers lui qu'ils doivent se tourner pour qu'il chasse ''la racaille'' qu'il a mise en place depuis ''la guerre raciste et de prédation'' au cours de laquelle il n'a été qu'un proxy des anlo-saxons. Et des compatriotes, mûrs pour l'esclavage applaudissent. Ils donnent raison à Andre Vltchek quand il écrit ceci : ''L’exposition à la violence extrême et permanente « prescrite » et organisée par l’Occident a plongé la plus grande partie du monde dans une léthargie névrotique.Comme une femme enfermée dans un mariage avec un mari fanatique religieux brutal dans une société oppressive, le monde a finalement cessé de résister aux ordres et à la tyrannie de l’Occident, et a « accepté son destin ». De nombreuses régions de la planète ont développé un « syndrome de Stokholm » : après avoir été enlevées, emprisonnées, tourmentées, violées et humiliées, les victimes sont « tombées amoureuses » de leur tyran, adoptant sa vision du monde, tout en le servant de tout leur cœur avec obéissance.''. Elles ont fini par accepter leur statut de ''non-personne''.

Il y a là un problème sérieux. Ces compatriotes sont malades. Ils doivent aller voir Achille Bapolisi et lui parler. Il a une thérapie à leur proposer.

Traiter de la question congolaise en oubliant la régression anthropologique liée aux traumatismes causés par une guerre raciste et perpétuelle de prédation et de basse intensité anglo-saxonne, c'est chercher à résoudre une partie du problème en passant à côté des choses essentielles. Le spirituel et le culturel congolais ont été atteints et sérieusement endommagés. Les églises de réveil essaient de colmater les brèches, sans succès. Une thérapie collective est indispensable. Je ne le dirai jamais assez. La crise congolaise est à la fois anthropologique et une crise de sens. Elle n'est pas que politique.

 

Babanya Kabudi

Génération Lumumba 1961