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mardi décembre 11, 2018
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Croire que ceux qui ont orchestré une guerre raciste de basse intensité pour produire un ''Etat raté'' au cœur de l'Afrique vont se convertir en ''démocrates'' organisant des élections claires, limpides, transparentes, libres et démocratiques est une bêtise. C'est une insulte à la mémoire collective et à ''la connaissance générale''. Le Congo-Kinshasa n'a pas été produit comme ''Etat raté'' seul. Il y a eu plusieurs autres pays tels que l'Irak, la Somalie, la Libye, la Yougoslavie, le Soudan, la Syrie, etc.

De tous ces pays, il n'y a que la Syrie (aidée par ses alliés) qui essaie de se remettre de la longue guerre qui lui a été imposée. Les autres payent tels que le Soudan et la Yougoslavie ont été balkanisés. La Libye est complètement détruite. L'Irak rené très difficilement de ses cendres. Le Yemen est venu s'ajouter à cette liste.

Créer un ''Etat raté'' répond à certains objectifs liés au mépris raciste des populations l'habitant, à la cupidité et à l'avidité de ceux qui estiment que ces populations ne méritent pas d'y vivre, à leur sadisme et au larbinisme des opprimés soumis.(Le Congo insoumis est une voie à exploiter...)

Un ''Etat raté'' l'est ou le devient pour servir les desseins de ''la sécurité nationale'' des pays ayant présidé à sa destruction. Il y a, entre autres, le contrôle des cœurs et des esprits (pour y briser tous les ressorts de résistance), l'accès aux matières premières stratégiques, la mainmise sur le marché des énergies. Bref, l'instauration d'un ''nouveau désordre mondial''.

Un ''Etat raté'' n'est pas produit pour que les sous-traitant y ayant contribué s'engagent sur la voie de la démocratie. Non. Leurs lobbyistes travaillent durement pour que ce ''non-Etat'' le demeure ad vitam aeternam.

Malheureusement, au Congo-Kinshasa, ces lobbyistes sont considérés comme des bienfaiteurs de l'humanité. Et le discours ''politique'' emprunte le vocabulaire des Etats plus ou moins normaux. Il y a un problème. L'état dans lequel se trouve le pays n'est pas sérieusement questionné. Quand il arrive que le Pasteur Ekofo parle d'un ''non-Etat'' au cœur de l'Afrique, aussitôt après, il est sérieusement applaudi. Dès qu'il est forcé à l'exil et qu'il ne parle plus, ses applaudisseurs d'hier recommence à parler de ''l'Etat congolais''. Il y a un problème. Or, comme le soutient Viktor Dedaj, ''celui qui contrôle le vocabulaire contrôle les termes du débat''. Qui contrôle le vocabulaire aujourd'hui au Congo-Kinshasa ? Ce sont les producteurs de l'''Etat raté'' congolais et leurs sous-fifres. Les populations sont désabusées par des échanges usant des mots dévoyés. Et ces échanges ne sont pas questionnés. L'habitude prise pour l'usage de ces mots est devenue une seconde nature.

Quand le Cardinal Monsengwo parle des médiocres. Tout ce beau monde applaudit. Quelques moments après, l'usage de ce qualificatif disparaît du ''vocabulaire'' des applaudisseurs. L'habitude reprend ses droits. Rares sont ces applaudisseurs ayant cherché à en savoir plus en lisant par exemple ''La médiocratie'' d'Alain Deneault (2016) ; ce livre aidant à comprendre comment ''les médiocres ont pris le pouvoir''. Il y a un problème dans cette volonté d'ignorer, dans ce refus d'approfondir et/ou de savoir.

Un livre est écrit sur cette question de vocabulaire. Il est intitulé ''Ingeta. Dictionnaire pour un insurrection des consciences'' (2017).

 

 

Babanya Kabudi

Génération Lumumba 1961