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samedi juillet 21, 2018
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''Ils nous dominent plus par l'ignorance que par la force'' S. BOLIVARD

Il y a de plus en plus de compatriotes disposés à accepter tout ce qui se dit sur le Congo-Kinshasa du moment que cela peut être finalement mis sur ''le Cheval de Troie'' de Paul Kagame, ''kind of guy made in USA''. Ils viennent de croire que les USA de Trump ont claqué la porte du Conseil des Droits de l'homme à cause de certains pays qui y siègent. Le Congo-Kinsahsa, abusivement dénommé République Démocratique du Congo, en serait un. De la pure folie !

Cet argument soutient, en filigrane, la croyance selon laquelle le pays de l'Oncle Sam est fondé le respect des ''droits de l'homme''. Terrible ! Cette croyance est tellement forte qu'elle justifie, en grande partie, le syndrome de Stockholm et le larbinisme dont souffrent plusieurs de ces compatriotes ayant renoncé à la recherche de la connaissance de ''l'autre'', du colon et de l'impérialiste pour éviter de sombre dans ''l'anti-américanisme primaire'' !

''Aux premiers jours des Etats-Unis, écrit Noam Chomsky, on entrevoyait un avenir sans fin de richesse, de liberté, d'épanouissement et de pouvoir croissants – tant qu'on ne faisait pas trop attention aux victimes. Les Etats-Unis étaient une société de colons -la forme la plus brutale d'impérialisme. Il fallait ignorer le fait qu'on s'assurer une vie plus riche et plus libre en décimant la population indigène, premier grand ''péché originel'' de la société américaine ; et en réduisant massivement en esclavage un autre segment de la population, second grand péché (nous vivons encore avec les effets des deux) ; puis ignorer la main-d'oeuvre cruellement exploitée, les conquêtes à l'étranger, etc.'' ( N. CHOMSKY, Requiem pour le rêve américain, Paris, 2017,p.21)

Cette citation attire l'attention sur ''les deux péchés US'', sur le mode opératoire US et sur les victimes des conquêtes de l'Oncle Sam et son ''extermination (des indigènes) fondatrice''.

Ce pays est thanatogène et thanatophile. Un bilan établi après la deuxième guerre mondiale prouve, à suffisance, que ce pays et sa machine de guerre n'ont fait que violer les droits de l'homme et les droits collectifs en s'ingérant dans les affaires intérieurs des pays tiers et en semant la mort.

''Depuis la Seconde Guerre mondiale, les États-Unis se sont ingérés militairement ou secrètement dans les affaires intérieures de très nombreux pays. En Chine, 1945-49 ; Italie, 1947-48 ; Grèce, 1947-49 ; Philippines, 1946-53 ; Corée du Sud, 1945-53 ; Albanie, 1949-53 ; Allemagne, 1950 ; Iran, 1953 ; Guatemala, 1953-1990 ; Moyen-Orient, 1956-58 ; Indonésie, 1957-58 ; Guyane britannique/Guyane, 1953-64 ; Vietnam, 1950-73 ; Cambodge, 1955-73 ; Congo/Zaïre, 1960-65 ; Brésil, 1961-64 ; République dominicaine, 1963-66 ; Cuba, 1959-présent ; Indonésie, 1965 ; Chili, 1964-73 ; Grèce, 1964-74 ; Timor oriental, 1975-présent ; Nicaragua, 1978- 89 ; Grenade, 1979-84 ; Libye, 1981-89 ; Panama, 1989 ; Irak, 1990-aujourd’hui ; Afghanistan 1979-92 ; El Salvador, 1980-92 ; Haïti, 1987-94 ; Yougoslavie, 1999 ; et Afghanistan, 2001-aujourd’hui.

Parmi les interventions qui viennent d’être mentionnées, la guerre du Vietnam, le bombardement du Cambodge et du Laos et les invasions de l’Irak et de l’Afghanistan ont été particulièrement terribles, entraînant la mort, la mutilation ou le déplacement de millions de personnes, la plupart d’entre elles étant des civils.''

Comment des humains, normalement constitués, peuvent-ils, à la lecture d'un tel bilan, croire en la rhétorique américaine sur le respect des droits de l'homme ? Comment ? Comment ?

Le comble est que cette façon de faire est, au préalable, bien pensée. En 1948, un groupe d'études dénommé ''Guerre et Paix'' et auquel appartenait l'ambassadeur George Kennan présente un texte au Pentagone. En voici un extrait : ''Nous avons à peu près 60% de la richesse du monde, mais seulement 6,3 de sa population. Dans cette situation, nous ne pouvons éviter d'être un objet d'envie et de ressentiment. Notre véritable tâche dans la période qui vient est d'imaginer un système de relations qui nous assure de maintenir cette disparité. Ne nous berçons pas de l'illusion que nous pouvons nous permettre le luxe d'être altruistes et bienfaiteurs de l'humanité. Nous devons cesser de parler d'objectifs aussi vagues et irréels que les droits de l'homme, l'élévation du niveau de vie et la démocratisation. Le jour n'est pas loin où nous aurons à agir selon des concepts de pure puissance. Moins nous serons gênés par des slogans idéalistes, mieux cela vaudra.'' ( D. MITTERRAND, Le livre de ma mémoire, Paris, Jean-Claude Gawsewitch, p. 408-409)

Le retrait des USA du Conseil des Droits de l'homme obéit à cette logique du système de l'empire. Ils veulent agir- comme ils l'ont toujours fait-selon ''des concepts de pure puissance'', sans gêne.

Cette logique intrinsèque au système n'a rien à avoir avec la présence du Congo-Kinshasa, un pays qu'ils ont produit comme ''Etat raté'' par des proxys rwandais et ougandais interposés, au Conseil des Droits de l'homme. Le cynisme est là à son paroxysme. Le larbinisme aussi. Produire un ''Etat manqué'' au travers d'une guerre raciste de basse intensité et de prédation et être applaudis par un groupe d'habitants de ce pays quand on dit qu'il est indigne de siéger au Conseil des Droits de l'homme d'une machine instrumentalisée dans les conquêtes de l'empire, il faut le faire !

Par Nikky Haley, les USA se retirant du Conseil des Droits de l'homme rompent tout simplement avec leur hypocrisie et veulent agir à visage découvert selon des ''concepts de pure puissance'' dans un monde devenu multipolaire. Ils se sont pensés comme ''empire'' et ils veulent le demeurer en se moquant d'objectifs aussi ''vagues et irréels'' dénommés ''droits de l'homme''.

Comprendre ceci et en tirer des conséquences pour la suite des événements est encore très difficile et compliqué pour plusieurs d'entre nous. Eza pasi !

 

Babanya Kabudi

Génération Lumumba 1961