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mercredi décembre 12, 2018
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''Ils nous dominent plus par l'ignorance que par la force'' S. BOLIVAR

La guerre raciste et perpétuelle menée contre le Congo-Kinshasa a pris, au cours de l'histoire, plusieurs formes. Sous Léopold II, les mains coupées et les villages brûlés s'apparentent à sa forme ''hard''. Elle fut ''la voie coercitive'' utilisée pour soumettre les Congolais(es) considéré(e)s comme des êtres inférieurs, les utiliser comme des bêtes de somme au service de ''sa Majesté'' et piller les richesses du pays. Sous sa forme ''hard'', la guerre raciste et de prédation menée contre les Congolais(es) recourt au principe de ''la carotte et du bâton''.

Cette guerre perpétuelle a pu aussi prendre la forme ''soft''. Le ''soft power'' peut être utilisé par un Etat, une multinationale, une ONG, une institution (dite) internationale ou une association citoyenne pour persuader un pays ou un Etat se trouvant dans sa ligne de mire d'adopter une certaine vision de la société ou une certaine conception de la civilisation. Il utilise les moyens idéologiques et/ou culturels.Vers les années 1980, le FMI et la Banque mondiale, en imposant les programmes d'ajustement structurel au Congo-Kinshasa (en plus du contrôle de la Banque nationale par leur directeur exécutif, Jacques de Groote), ont participé à l'inoculation de ''la culture néolibérale'' dans le chef de leurs ''nègres de service'' aux affaires au pays. Ils ont exercé leur ''soft power'' au profit de l'hégémonie culturelle anglo-saxonne.

Cette guerre perpétuelle, en s'intensifiant vers les années 1996-1997, a pris la forme ''smart''. En effet, ''le smart power'' est la combinaison du ''hard'' et du ''soft''. Hillary Clinton a participé à sa promotion. (Lire S. ERBS, V. BARBE et O. LAURENT, Les réseaux Soros à la conquête de l'Afrique. Les réseaux d'influence à la conquête du monde (2017, p. 128). Ceux qui savent, comme Helmut Strizek ( https://www.amazon.com/Clinton-Kivu-See-Geschichte-afrikanischen-Katastrophe/dp/3631605633) et Edward Herman (http://www.voltairenet.org/article167964.html), que la guerre raciste de prédation, de balkanisation et d'implosion du Congo-Kinshasa fut ''la guerre des Clinton'' peuvent en comprendre le principe moteur.

Elle dure et s'intensifie par intermittence. Les réseaux Soros s'y mêlent en recourant souvent, par le biais des ONG (NDI, Freedom House, Open Society, NED, HRW, Crisis Group, USAID, etc.), au ''soft power''. L'ONU entretient des liens ''suspects'' avec toutes ces ONG et les élites anglo-saxonnes dominantes dont les noms sont cités dans le livre susmentionné. L'exercice du ''soft power'' implique la création et le financement perpétuel des ONG locales et celui des ''chefs d'Etat amis'' (c'est-à-dire les nègres de service du système dominant.)

''Le système décrit (dans ce livre) est d'autant plus opérant- et pose d'autant plus question- qu'il fonctionne en étroite concordance avec les systèmes étasunien et onusien en Afrique.'' (p.128) Le problème du conflit d'intérêt n'apparaît pas toujours au grand jour. Beaucoup d'envoyés spéciaux de l'ONU ou des USA appartiennent à ce système. Ils sont nommément cités dans ce livre.

En exerçant ''le soft power'', les réseaux interconnectés de ce système agissent (aussi) à plusieurs niveaux. Il y en a qui demeurent dans l'ombre. Souvent, ceux qui les alimentent sont des ''acteurs pléniers''. Ils rendent visibles ''les acteurs apparents'', responsables et/ou activistes des ONG locales.

Souvent, les conséquences produites sur le court, moyen et long terme par les différentes formes prises par cette guerre perpétuelle ne sont pas étudiées. Elles ne font pas partie du débat public des idées. Je prends un exemple. L'imposition des programmes d'ajustement structurel au pays eu des conséquences nocives sur les services publics. L'école, l'université, tout le système éducatif, les dispensaires et les hôpitaux n'ont plus jamais été pourvus de moyens suffisants pour la promotion d'un enseignement ou des soins de santé de qualité. Ces conséquences sont là, visibles aux yeux de ceux et celles dont les cœurs et les esprits n'ont pas été mangés par ''la culture individualiste néolibérale''. De plus en plus, le Congo-Kinshasa est ''malade de ses hommes et femmes'' formé(e)s dans cette école et cette université ; les maladies autrefois éradiquées refont leur réapparition. Et ''le non-pays'' et ''le non-Etat'' congolais sont à inscrire dans ces conséquences nocives.

Au sujet des conséquences nocives produites par le système éducatif, un conseil donné par ''un sage chinois à son empereur'' mérite d'être évoqué. ''Un sage chinois, il y a de cela plusieurs siècles, conseiller de son empereur, confia à ce dernier : « Si vous voulez détruire un pays, inutile de lui faire une guerre sanglante qui pourrait durer des décennies et coûter cher en vies humaines. Il suffit de détruire son système d'éducation et d'y généraliser la corruption. Ensuite, il faut attendre vingt ans et vous aurez un pays constitué d'ignorants et dirigés par des voleurs. Il vous sera très facile de les vaincre. »''

Lire ce conseil en gardant présent à l'esprit le fait qu'au Congo-Kinshasa, il y a eu, depuis 1885, une guerre perpétuelle raciste revêtant soit la forme ''hard'', ou encore la forme ''soft'' , ou enfin combinant les deux en ''smart'', cela pourrait permettre de comprendre que plusieurs compatriotes applaudisseurs, thuriféraires ou tambourinaires de la ploutocratie kleptocrate aux affaires (hier et aujourd'hui) et pratiquant ''le Tshididi'' soient plongés dans l'ignorance que la révolution numérique serait en train d'empirer. Comprendre n'est pas synonyme de justifier...

Dieu merci ! Le Congo-Kinshasa compte encore, parmi ses fils et filles, des têtes bien faites. Elles demeurent l'exception à la règle émise par ''le sage chinois''. Elles approfondissent les leçons reçues à l'école ou à l'université en accordant une priorité au travail de l'intelligence. Elles luttent, lisent, écrivent, s'adonnent au débat d'idées. Plusieurs parmi elles ont amorcé un travail sérieux de revisitation de notre mémoire collective. D'autres, éparpillées à travers le monde, participent au travail de l'innovation et de la créativité technologiques. D'autres encore s'intéressent à l'étude des pathologies liées à la désorientation et au déboussolement provoqués par la guerre raciste perpétuelle imposée au pays de Lumumba. D'autres enfin, participent de la révolution culturelle et de l'insurrection des consciences en proposant ''un lexique'' déconstruisant celui des ''menteurs'' et autres petites mains du néolibéralisme. Un exemple peut être cité : ''Ingeta. Dictionnaire pour une insurrection des consciences'' (2018).

Ces têtes bien faites ont le devoir citoyen de jouer le rôle du levain dans la pâte au cœur des solidarités résistantes qui se mettent en route contre vents et marées. Demain, elles devront résoudre le problème de la direction du pays en y refondant un Etat souverain, édictant des règles et des principes qu'il respecte, suffisamment dirigiste, promoteur des services publics (éducation, santé, transports (réseaux routiers), etc.) et d'une fiscalité avantageuse pour le pays. Bref, un Etat souverain au service de l'intérêt général.Elles devront avoir beaucoup de courage, c'est-à-dire avoir cette vertu de l'endurance poussant à ''tenir le point'' afin que l'impossible devienne possible, comme dirait Alain Badiou.

 

Babanya Kabudi

Génération Lumumba 1961