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mercredi décembre 12, 2018
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Des compatriotes s'offusquent face au phénomène ''Ujana''. Ils ont honte et souhaitent l'éradication de ce dévergondage de nos filles livrées comme ''proie'' aux adultes soucieux d'assouvir leur libido en dehors de leurs foyers. Ces filles mineures livrées entre les bras de ces adultes sont beaucoup plus de victimes que des responsables des risques qu'elles prennent dans ce ''non-pays'', dans ce ''non-Etat'' faussement dénommée ''République Démocratique du Congo''.


Comment nos jeunes enfants en sont-ils venus à croire qu'il est souhaitable de se livrer à la mort en voulant entretenir des rapports sexuels souvent non-protégés dans un bidonville où les maladies sexuellement transmissibles sont monnaie courante ? Souvent, ces jeunes filles veulent avoir à manger. Je note : ''Avoir à manger''. Ils ont grandi dans l'inculture.


Comme plusieurs des compatriotes congolais, l'une des préoccupations de ces jeunes filles est d'avoir à manger dans un ''non-pays'' où une bonne partie de la richesse matérielle est confisquée par ''un conglomérat d'aventuriers'' et de ''négriers des temps modernes'' vendant au monde entier un souverainisme de pacotille.


''Manger'', ''bouffer'' , au propre comme au figuré, n'est pas l'apanage des ''Ujana''. C'est à dessein que j'utilise les deux verbes ''manger'' et ''bouffer''. Depuis plusieurs années, ces deux verbes sont utilisés l'un pour l'autre au pays de Lumumba. Dresser une table pour manger, y inviter ses enfants et ses parents, ses amis et ses connaissances pour partager un bon repas, signe de fraternité et d'amitié créateur de convivialisme, d'amour offert à partir du travail de son front, cela est en train de devenir ''un rituel rarissime''. Des compatriotes sont forcés de ''bouffer'' ce qu'ils peuvent avoir sous la main. Et souvent, dans ''le secret'' ou à tour de rôle là où un semblant de lien familial est encore maintenu.
De plus en plus, en ville un peu plus que dans certains villages, ''bouffer'' (comme les bêtes) est en train de remplacer ''manger'', c'est-à-dire partager un repas comme des humains.


Et la table dressée par ''le conglomérat d'aventuriers'' et autres affairistes ayant pris le pays de Lumumba en otage est dénommée ''mangeoire'' ; là-bas, tout le monde va pour ''bouffer''. C'est-à-dire que pour avoir accès à cette table, il faut commencer par renoncer à son humanité, au ''manger civilisé'' avec les siens. Ceux et celles qui y vont pour ''bouffer'' ramènent ''les miettes'' aux leurs et aux ''Ujana''. Ces miettes peuvent être une bonne quantité de ''billets verts'', de dollars. Mais elles sont distribuées aux compatriotes ayant, consciemment ou inconsciemment, renoncé à leur dignité, à leur fierté, à leur humanité, à leur être au nom de l'avoir jeté en dessous des tables et ayant perdu de vue ou oublié que ''moto aliaka na mesa !''
A mon avis, ''les Ujana'' sont le signe d'une société engagée sur la voie d'une animalisation très avancée. Ces enfants sont le signe de l'inculture, de la banalisation de la mort et du nihilisme conséquent. ''Les Ujana'' nous signalent que la mort et l'extermination des Congolais(es) vont bon train. Malgré les discours souverainistes de pacotille !


Regardez l'étonnement dans leurs yeux quand elles sont malmenées par ''la police politicarde'' du ''kamikaze en chef''. Elles crient au secours et ne comprennent pas ce qui leur arrive dans un ''non-pays'' où les corps peuvent être torturés et livrés à la mort sans sépulture. A leur tour, elles ne comprennent pas que livrant leurs corps à la mort, elles soient arrêtées par cette ''police politicarde'' habituée à tirer sur les Rossy et les Luc manifestant mains nues ou recourant à ''la parole et à l'action'' pacifique comme armes politiques par excellence.


S'engager comme ''négriers des temps modernes'' sur la voie d'un apolitisme niant la valeur des corps humains à travers des brimades, des répressions et des oppressions conduisant à enfouir nos compatriotes dans des fosses communes et faire semblant d'arrêter les jeunes filles dont l'imaginaire marqué par la banalisation de la mort s'offrent comme ''chair à plaisir'' aux clients des kleptocrates du régime et aux autres compatriotes ''envoûtés'', c'est se livrer à un jeu qui ne peut séduire que les amnésiques.


A ce point nommé, je ne comprends pas que des compatriotes ayant un certain niveau de jugeote commencent à croire que le ''non-pays'' et le ''non-Etat'' congolais dispose de ''forces de sécurité'' capables de mettre fin à la banalisation des corps et de la mort. Non. ''La police politique'' de la kabilie est au service de la mort et de l'extermination des Congolais(es). ''Les Ujana'' font partie de cette ''politique soularde'' ayant démultiplié les lieux d'orgies dans les bidonvilles de notre ''non-pays''. ''Les Ujana'' sont le signe d'une société en voie de dévergondage très avancé, où l'avoir (les bintu) est en train de gagner la place de l'être (BOMOTO, BUMUNTU) au cours d'un long processus de banalisation des corps et de la mort.
''Les Ujana'' disent le dévergondage de l'art musical congolais à travers son exposition des ''jeunes corps'', des ''mipende''...de nos filles...pour un clientélisme mieux offrant...''Les Ujana'' sont le signe de ''la crise de la culture'' et de ''la civilisation'' congolaise. Elles sont aussi le fruit de la guerre raciste de prédation menée contre le Congo-Kinshasa depuis les années 1990. Elles viennent nous dire que cette guerre ne visait pas que les ressources minières. Elle visait surtout la mort de la culture et de la civilisation afro-congolaise. Elle visait la mort de notre humanité. Elle est en train de réussir. ''Les Ujana'' sont un cris d'alarme pour les minorités organisées et les mémoires éveillées.

Babanya Kabudi
Génération Lumumba 1961