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lundi novembre 19, 2018
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''L'histoire nous apprend que nous ne savons pas apprendre de l'histoire'' Michaëlle Jean

L'adversité et le crise ont paradoxalement un côté positif. Elles excitent l'imagination, la créativité et l'inventivité quand elles sont portées par des ''consciences éveillées''. Entre un monde en train de se mourir et un autre naissant, des patriotes et résistants congolais se mettent de plus en plus debout. De plus en plus de jeunes se politisent. Mêmes s'ils restent minorés ou minoritaires, ils sont là. Recourant à leur jugeote, ils se rendent de plus en plus compte que les promesses de ''deuxième indépendance'' , de ''libération'' et de ''souveraineté'' portées par ''le conglomérat d'aventuriers'' fabriqué par l'Ouganda, le Rwanda et leurs parrains anglo-saxons n'ont été qu'un leurre.


Ces jeunes minorés et/ou minoritaires constituent, petit à petit, des réseaux travaillant en synergie avec leurs aînés et avec les autres ''ascètes du provisoire'''. Ils ont pris le temps d'étudier et de comprendre quelques enjeux réels de la guerre perpétuelle, raciste de prédation et de basse intensité livrée contre leur pays natal.


Tout en encourageant cet éveil, je crois que nos jeunes devraient être attentifs à Frantz Fanon quand il écrit ceci : ''Notre tort à nous, Africains, est d'avoir oublié que l'ennemi ne recule jamais sincèrement. Il ne comprend jamais. Il capitule, mais ne se convertit pas. Notre tort est d'avoir cru que l'ennemi avait perdu de sa combativité et de sa nocivité.'' Tous les mots et verbes de cette citation devraient être étudiés méticuleusement. Nos jeunes devraient savoir que ''l'ennemi du Congo-Kinshasa peut capituler, mais ne se convertir pas.''


Depuis l'assassinat de Lumumba, il utilise des mercenaires, des élites transnationales compradores et autres ''négriers des temps modernes'' pour nuire à la vie et à la dignité des filles et des fils de notre peuple. Ses mercenaires sont ''transnationaux''. C'est-à-dire qu'ils constituent un réseau ayant en son sein des hommes et femmes travaillant ensemble et appartenant à plusieurs nations à la fois. Les Congolais(es) et les Congolais y compris. Ils sont, comme hier, au service de l'oligarchie ploutocrate, des trans et des multinationales. Hier, après les élections démocratiques de mai 1960 et la désignation des autorités du nouvel Etat souverain, l'Union minière du Haut-Katanga et certaines multinationales européennes, ont fait du Katanga, au mois de juillet 1960, un Etat sécessionniste. Son président, Moïse Tshombe, était leur ''homme-lige''. Un certain René Faulques, français d'origine, a participé à la restructuration de ''la gendarmerie katangaise, créant des unités mobiles encadrées par des mercenaires''. ( J. ZIEGLER, Changer le monde : il en a besoin !, Paris, Seuil, 2016, p. 135) Bob Denard et Jean Schramme sont les plus cités de cette époque.


Il serait naïf de croire que cette pratique a disparu de notre pays et de la sous-région de Grands Lacs Africains. Non. ''L'ennemi n'a perdu ni sa combativité, ni sa nocivité''. Le fait qu'une guerre de prédation et de basse intensité ait éclaté dans cette partie de l'Afrique au cours des années 1990 en témoigne. Et s'il y a eu un Tribunal Pénal International pour le Rwanda, il n'y en a pas encore eu, jusqu'à ce jour, pour le Congo-Kinshasa. Les rapports Gersony (1994), Kassem (2002) et Mapping (2010), malgré leurs limites, décrivent et détaillent la tragédie congolaise sans qu'ils obtiennent de l'ONU qui les a initiés un début de justice juste pour le Congo-Kinshasa.


''L'ennemi peut capituler, mais il ne se convertit jamais''. Cette guerre lui a permis de créer de ''petits Etats faillis et mercenaires'' (l'Ouganda et le Rwanda) pour l'entretien du chaos permanent au cœur de l'Afrique. (Les fosses communes de Beni, du Bas-Congo, de Maluku, du Kasaï, les derniers massacres de chrétien(ne)s à Kinshasa, les détentions arbitraires et extrajudiciaires, le problème des terres à Mbobero, etc. en sont les signes.) Et il facilite l'infiltration des membres de ces deux pays dans plusieurs les institutions et organisations dites internationales au point de susciter de l'envie chez les Congolais(es) et de les pousser à s'adonner à ''l'éloge de la ruse''. (Ce mode opératoire est bien expliqué par Jean Ziegler dans le livre susmentionné). La désignation de Louise Mishikiwabo, ''une anglofile'' à la tête de ''la francofolie'' devrait être replacée dans ce contexte général du mercenariat et de l'usage marchand du français. (En son temps, François Hollande avait demande à Jacques Attali de produire une étude pouvant aider à cette instrumentalisation néolibérale du français.)


Cette ''désignation'' pourrait être interprétée comme un message (et/ou un rappel). Elle intervient après qu'Emmanuel Macron ait exprimé ''sa préférence''. ''Emmanuel Macron, écrivait Pierre Péan, a d'ores et déjà fait savoir qu'il préférait Louise Mushikiwabo, la ministre rwandaise des Affaires étrangères. Par ce choix, le président envoie un message très ''françafricain'' aux dirigeants francophones du continent. Il leur dit d'abord de façon très paternaliste ce qu'il faut voter. Il leur dit surtout qu'ils peuvent sans vergogne mépriser leur peuple, bafouer les droits de l'homme, truquer les élections- le programme de Paul Kagame depuis deux décennies. Et que ces violations ne remettent pas en cause le soutien sans faille de la France. '' (P. PEAN, Le document qui accuse le régime, dans Marianne, numéro 1124, du 28 septembre au 4 octobre 2018, p. 18) (Pour avoir écrit ''La République des mallettes. Enquête sur la principauté française de non-droit'', Pierre Péan sait qu'Emmanuel Macron n'est qu'un héritier d'une vieille tradition de soutien de la France aux dictateurs et autres mercenaires.)


Néanmoins, à travers ce qu'il écrit, Pierre Péan lance un message aux compatriotes congolais, amis du ''pays des droits de l'homme'' et disposés à aller aux élections-pièges-à-cons avec ''un Cheval de Troie'' de Paul Kagame. Certains ont rejoint celui-ci à ''un dîner d'affaires'' à Londres. D'autres sont allés chez Museveni pour ''un selfie'' donnant l'impression qu'ils avalisent cet ''affairisme de mercenariat''. Souvent, ils évitent toute en remise en question. Ils ne veulent pas être sommés de s'expliquer. Ou ils veulent, à leur tour, devenir des mercenaires ou, malgré leurs costumes et cravates, ils ne comprennent rien à la fabrication de ''petites mains'' par l'oligarchie ploutocrates.


Tous semblent donner raison à cette dame soutenant que ''l'histoire nous apprend que nous ne savons pas apprendre de l'histoire''.
A mon avis, notre jeunesse ne devrait pas les suivre. Au contraire, elle devrait forcer le débat sur toute cette histoire que ces compatriotes, leurs thuriféraires, leurs applaudisseurs et leurs tambourinaires voudraient éviter. De plus en plus, fanatiques, ils s'en prennent aux autres compatriotes soucieux d'avoir un peu plus de lumière sur ''les selfies'' et ''les dîners partagés'' à l'étranger. Partisans du ''Tshididi'', ils veulent entraîner ceux et celles qui font leur jeu dans l'ignorance de ''l'essence d'une politique saine '' en tant qu'art de participer à l'édification (humaniste et progressiste) de sa collectivité et/ou de sa cité ''par la parole, par l'action et par le temps''. Cet art a ses principes. Il implique la participation citoyenne au débat, à la délibération et aux décisions ayant trait à la chose commune, à la ''res publica''. Il implique, comme horizon des luttes citoyennes, un débat non-meurtrier.

Babanya Kabudi