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mardi décembre 11, 2018
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Il est curieux que ce qui se passe actuellement en France ne semble pas intéresser les compatriotes africains et congolais préoccupés par '' des questions internes''. Pourtant, plusieurs avaient salué l'élection d'Emmanuel Macron à la présidence. Ces compatriotes, amoureux de ''vieilles démocraties'' et de ''la patrie des droits de l'homme'' avaient du mal à croire Danielle Mitterrand lorsque, au cours d'une interview, elle affirmait que ''la démocratie n'existe ni aux Etats-Unis, ni en France'' (https://www.legrandsoir.info/danielle-mitterrand-la-democratie-n-existe-ni-aux-usa-ni-en-france.html). Confondant processus électoral et démocratie réelle, ils n'ont pas compris, avec Alain Badiou, que ''les élections-pièges-à-cons'' sont au service du ''capitalo-parlementarisme'' et non à celui des peuples. Ils ont eu du mal à savoir de quoi Sarkozy et les autres présidents français étaient le nom. (Lire, A. BADIOU, De quoi Sarkozy est-il le nom ?, Paris, Lignes, 2007).

Pierre Péan n'a pas retenu leur attention quand il a décrit son pays natal comme étant ''La république des mallettes''. (Lire P. PEAN, La république des mallettes. Enquête sur la principauté française de non-droit, Paris, Fayard, 2011)

Même lorsque Jacques Attali, mentor d'Emmanuel Macron, soutient que les gouvernants n'ont plus de pouvoir, les compatriotes susmentionnés font la sourde oreille (https://www.youtube.com/watch?v=k40RpYZlvkQ&fbclid=IwAR2htavUp9d_FlO-67_ozx57jrFdsgG-Yl8TZBQ44gARLm0vxxfk_ZFcRzI).

Et voilà qu'arrivent ''les gilets jaunes'', ces français relégués à la périphérie de Paris et d'autres grandes villes françaises ! Mains nues, ils disent leur ras-le-bol et sont prêts à mettre le feu aux poudres.

Ils viennent crier haut et fort ''la désespérance de la France oubliée'' ''Ce mouvement est une vague populaire sans précédent, qui s'est construit petit à petit depuis des années, de façon éparse, individuelle et solitaire.Les «Gilets jaunes» incarnent cette France abandonnée, cette France des périphéries, évoquée par le géographe Christophe Guilluy depuis plusieurs années maintenant.Cette France, considérée par le Chef de l'État lui-même comme celle des Gaulois réfractaires au changement, se soulève aujourd'hui partout dans l'Hexagone, à sa façon, avec ses moyens, forte de sa camaraderie, de sa fraternité mais aussi de ses excès et de ses débordements.''

Et ''aujourd'hui, les «Gilets jaunes» sont en train de fédérer un peuple qui s'était oublié, désagrégé, endormi et qui demande aujourd'hui à être entendu, écouté et à nouveau considéré comme seul responsable de sa souveraineté. Car un peuple n'a ni raison, ni tort, un peuple décide. Et les «Gilets jaunes» ne sont rien d'autre que la voix du peuple français qui tente de reprendre en main le destin de sa souveraineté.'' (http://www.lefigaro.fr/vox/politique/2018/11/23/31001-20181123ARTFIG00225-gilets-jaunes-le-peuple-n-a-ni-raison-ni-tort-il-decide.php?fbclid=IwAR2uYo1A3SWWAycEHXxponIUH9aak-Hr353gKkWmnGoIncKYHhppwykef94)

''Les gilets jaunes'' disqualifient la France officielle comme référence pour le respect de la justice sociale et de l'équité. Désormais, sauf pour les amnésiques, cette France disqualifiée est nue. Elle ne peut plus, sur l' échiquier mondial, au nom de ''ses valeurs'', constituer un recours pour les peuples d'Afrique et du Congo-Kinshasa en lutte pour leur émancipation politique et leur souveraineté.

''Les gilets jaunes'' viennent aider les cœurs et les esprits mangés par ''la françafrique'' à comprendre que tous les peuples se libèrent eux-mêmes en se mettant debout ; en conscience et en connaissance de cause. Ils viennent dire que plus rien ne devrait plus être comme avant dans les relations entre la France et le Sud du monde. Ils nous posent cette question : ''Comment la France officielle, incapable de s'occuper de son peuple relégué à la périphérie et dans le précariat, pourrait-elle prendre soin de l'Afrique et du Congo-Kinshasa ?'' Le roi est nu.Vive le roi !

Ils disent aussi aux peuples d'Afrique et du Congo-Kinshasa combien il est illusoire qu'ils continuent à compter sur ''les nègres de service '' de la société occidentale en décrépitude pour gouverner leurs pays. Un monde, tout un monde est en train de se mourir, avec ses oligarques ploutocrates et leurs valets.

Ils en appellent à l'avènement d'un autre monde possible. Un monde où chaque peuple souverain décide de sa destinée dans le respect de l'interdépendance avec les autres. Sans domination, ni soumission, au nom de quelque supériorité morale ou éthique que ce soit.

 

 

 

Babanya Kabudi

Génération Lumumba 1961