La lecture de certains textes contemporains met à nu ce que les Etats  prédateurs croient être secret dans les guerres qu’ils mènent en Afrique. Une lecture croisée de ces textes révèle que « les guerres secrètes  des grandes puissances » poursuivent un objectif précis : avoir accès aux ressources naturelles et minières afin de mieux dominer le monde. Une lecture croisée et régulière de certains auteurs intéressés par ces guerres conduit à en approfondir le monde d’emploi et les questions de souveraineté qu’elles posent et celles du renversement des rapports de force. Tel est, entre autres, le cas du dernier livre de Pierre Péan.

Pour qui a lu  Bush, le cyclone de Michel Collon (2005), Paix et châtiment de Florence Hartmann (2007) et plus récemment Carnages. Les guerres secrètes des grandes puissances en Afrique de Pierre Péan (2010), une constante se dégage : les guerres  menées en Afrique ont pour objectif premier l’accès aux ressources naturelles et minières de ce continent. Plusieurs pays occidentaux sont impliqués dans ces guerres. Les USA, la Grande-Bretagne et Israël sont les plus impliqués et cela depuis longtemps.

Ces livres dévoilent, à n’en pas douter, les secrets de ces guerres de prédation ainsi que les procédures, les méthodes auxquelles ces pays recourent pour réaliser leur objectif premier. Avec Florence Hartmann, l’instrumentalisation de la justice internationale dans ces guerres par ces grandes puissances est dévoilée. Bien avant la publication du livre autobiographique de sa patronne, Carla Del Ponte, et sa traduction en français (sous le titre de La traque, les criminels de guerre et moi en 2010), Florence Hartmann révèle l’implication des USA et de la Grande-Bretagne dans la défenestration de cette dernière en tant que Procureur du TPIR. Le péché de Carla Del Ponte aura été d’avoir exigé que le TPIR enquête aussi sur les crimes commis au Rwanda par le FPR de Paul Kagame.

Le sous-titre du livre de Florence Hartmann (Les guerres secrètes de la politique et de la justice internationales) est, en filigrane, révélateur du lien qu’il y a entre ces guerres et l’orientation prise par la justice et la politique (dite) internationale. Même la justice internationale est aussi instrumentalisée par les oligarques capitalistes.

Dans Carnages, Pierre Péan ajoute un complément de lumière à ce lien en mentionnant le rôle des lobbies (surtout du lobby sioniste), des ONG, des médias dominants et des certains milieux intellectuels et universitaires dans « les guerres secrètes ». Dans ce livre, Pierre Péan soutient entre autres la thèse selon laquelle Israël est en train de devenir le gendarme de l’Occident ultralibéral dans la région des Grands Lacs. Il travaille en connivence avec Paul Kagame. Celui-ci a comme supplétif, Joseph Kabila. (Au sujet de Paul Kagame et Joseph Kabila, voici ce que le Président Sassou Nguesso confie à Pierre Péan : « Quand un paralytique assis au pied du manguier joue avec des feuilles vertes ( La France ), c’est qu’il y a quelqu’un dans l’arbre qui les lui a jetées. Sinon, il ne joue qu’avec des feuilles mortes ! » Et d’ajouter : « Il suffirait à Paris de dire à ‘ses amis’ les protecteurs de Kagame- les Etats-Unis, la Grande-Bretagne et Israël- de calmer un peu leur protégé pour que les attaques cessent ! »  (…) En évoquant le « mystère  Joseph », Sassou dit : « Ce jeune Joseph Kabila, président du Congo voisin : « Venu de nulle part, en quinze jours il a les honneurs de Paris, Bruxelles, Londres et Washington…Joseph est le cheval de Troie du président rwandais. Officiellement, pendant la journée, il s’oppose à Paul Kagame, mais la nuit tombée, il marche avec lui….Or, en Afrique, c’est la nuit que les choses importantes se passent… » p.531-532)

La réussite du travail de ce gendarme de l’Occident est, jusqu’à ce jour, liée au fonctionnement du réseau lobbies-ONG-médias dominants-milieux intellectuels-et-universitaires-services secrets (et d’Israël, des USA et des pays satellites).

Ce travail en réseau vise la manipulation et la désinformation de différentes opinions publiques des pays concernées et de l’opinion publique internationale en général. Il vise l’entretien de l’ignorance sur les en-dessous de ces « guerres secrètes » et la diffusion des mensonges. Souvent, il instrumentalise les rivalités ethniques au bénéfice de sa politique de diviser pour mieux régner.

 

Après avoir lu Pierre Péan et les autres auteurs susmentionnés, à la veille de probables élections de 2011, plusieurs questions taraudent notre esprit : « Et la démocratie dans tout ça ? N’est pas abusif de nommer pays démocratiques, ces « grandes puissances » niant l’humanité de l’autre homme en Afrique, ces pays où les oligarques capitalistes et leurs lobbies  instrumentalisent  « les petites mains politiques du capital et médiatiques » pour avoir accès aux ressources naturelles et minérales des pays des Grands Lacs en parlant officiellement de la lutte contre le génocide, de l’aide à apporter aux femmes violées, de la protection des noirs au Darfour, etc. ? Pourquoi plusieurs d’entre nous prennent-ils encore ces pays comme modèle de démocratie  au point de vouloir le reproduire chez nous ? Est-ce possible de parler de la démocratie à l’occidental en ignorant ses coulisses ? En sous-estimant par exemple le lien entre bradage du bois et du diamant et soutien des services secrets occidentaux aux criminels de guerre aux élections? » Les préoccupations des « grandes puissances » en Afrique ne sont pas démocratiques. Elles sont bassement matérialistes. Croire en leur soutien pour l’avènement de la démocratie dans nos pays est un non-sens. Ou plutôt un témoignage de la méconnaissance de leur mode de fonctionnement et des objectifs qu’ils s’assignent en recourant à la rhétorique démocratique. Cette rhétorique est mensongère.

 

La lecture croisée des livres ci-haut cités pose aussi la question la visée de la protection des criminels de guerre par les pays occidentaux prédateurs : retarder l’avènement d’une Afrique unie et remettre aux calendes grecques la souveraineté réelle des pays riches composant ce continent. Les grandes puissances ont peur de l’éclatement d’un grand marché de plus d’un milliard d’âmes. Après avoir perdu leur arrière-cour en Amérique latine, elles ont faussement peur de perdre leur réservoir de matières premières : notre continent. Elles se servent des élites locales pour étouffer le rêve panafricain de nos aïeux. A la place, elles proposent des structures bidon comme la CPGL chapeauté par leur protégé Paul Kagame et son cheval de Troie.

 

Cette lecture croisée, à notre avis, nous renvoie plus à la lutte pour l’autodétermination des pays africains individuellement et collectivement, à la lutte pour un panafricanisme averti qu’aux mascarades électorales dont les gagnants sont, souvent, connus d’avance. Il est possible de renverser les rapports de force par les élections. Mais pour le cas de notre pays, la RDC , nous émettons beaucoup de doutes. Du moins pour 2011. Depuis combien de temps menons-nous un travail en réseau impliquant nos propres lobbies, des élites politiques, coutumières et intellectuelles, des profs d’universités, des médias alternatifs, etc. Avons-nous, collectivement, une vision du Congo que nous voulons pour demain ? Et le profil du leadership collectif capable de l’incarner ?

Il est possible que notre pays opère un miracle dans un avenir proche. Et si miracle il y a, il sera le fait des minorités organisées ayant une maîtrise suffisante des enjeux réels auxquels notre  pays est confronté.

Peut-être qu’il appartiendra à cette minorité de tracer une nouvelle voie, de rompre avec les sentiers battus pour un autre Congo et une autre Afrique. Tant que le protégé du gendarme de l’Occident sera en poste à Kigali, nous doutons fort que son cheval de Troie soit remplacé par un Congolais patriote. Oui. Nous doutons fort. Le changement réel en RDC devrait modifier profondément les équilibres sous-régionaux et même mondiaux. Ce n’est pas une mince affaire…