Nous sommes à moins de cinq mois des élections prévues par le calendrier électoral élaboré par le bureau de la CENI. Les enjeux sont, à ne point s’en douter, colossaux pour le peuple congolais. Ça serait un euphémisme que de dire que les élections de cette année ne seront pas comme les autres. Et pourtant, cela paraît évident à la lumière de certains faits. Mise à part la certitude mathématique que chaque élection est par nature et par essence différente des autres, celles du passé ou celles à venir, le scénario qui se profile à l’horizon au cours de cette année électorale nous pousse à une autre lecture de la donne politique.

La désillusion d’un idéal

Après 50 années de la rupture coloniale, le pays n’a pas avancé vers l’idéal prôné par les pères de l’indépendance de bâtir « un pays plus beau qu’avant ». Le pays patauge dans la médiocrité d’une gouvernance sans boussole, orientée plus vers la satisfaction illicite des besoins d’une certaine classe sociale au détriment du peuple congolais. Cette situation critique, loin d’être aléatoire, semble au contraire enracinée dans les mécanismes de la gestion routinière de l’État. Les pouvoirs successifs en place au lieu de tenter d’asseoir les fondements de la démocratie ont plutôt brillé par l’implantation servile d’un système arrogant et inefficace. D’un système qui se satisfait de l’insuffisance, qui se complait dans la commisération de sa population et qui, par excès de zèle et par manque de moralité et d’esprit critique, n’entrevoit – oh paradoxe – « le salut et la prospérité du peuple » que dans la confiscation pérenne du pouvoir. Ainsi faisant, la désillusion de la population face au rouage d’un système corrompu et corruptible, devenu par surcroît son principal bourreau, est indéniable. Le rêve d’un mieux être et de jouissance de la plénitude du pouvoir autocentré et autonome suscité lors de l’indépendance chèrement acquise est chaque fois repoussé.

Une équation compliquée en perspective !

Le peuple congolais a enduré la mésaventure de ses dirigeants politiques. Le peuple a vécu longtemps le scénario macabre et nauséeux auquel il est soumis sans que rien n’y change. Les élections de 2006 furent une épreuve où on allait finalement juger de la capacité de bien gouverner des dirigeants qui, par tricherie ou légalement, exercent le mandat du peuple. Joseph Kabila fut gratifié de 5 ans de pouvoir pour prouver ce dont il était capable de faire sans compter ses 5 premières années où il avait d’abord dirigé en solo avant de partager le pouvoir avec les autres partenaires politiques dans la fameuse formule de 1 + 4. Au total, nous comptons 10 années de pouvoir de l’homme qui veut encore se représenter pour briguer un autre mandat. C’est à ce point que l’équation devient plus compliquée et que la situation politique assume une complexité inusitée. La question qui vient au bout des lèvres est de savoir quel est le but du pouvoir ? On pourrait reposer la question autrement, quel est le bilan de ce pouvoir finissant ? Poser la question, c’est y répondre. Nous venons de démontrer que le peuple congolais trime dans la souffrance la plus exécrable depuis le régime autocratique de Mobutu. L’arrivée des « libérateurs » n’a fait qu’accentuer la misère en plus de creuser une hécatombe qui se chiffre en millions de morts. La turbulence à l’Est n’a pas cessé. Il n’y a pas création d’emploi. Les villes sont devenues des dépotoirs à ciel ouvert. Il manque l’eau courante et l’électricité est ponctionnée sanctionnant le délestage qui est à la mode dans un pays qui a un grand barrage hydroélectrique et des potentialités enviables dans ce domaine. Les 5 chantiers assombrissent davantage la crédibilité des dirigeants qu’ils ne se traduisent en promesse concrète à la dimension du pays et eu égard à la souffrance de son peuple. Plus qu’une critique subjective, les faits parlent d’eux-mêmes. Ne peut émettre un jugement positif sur le bilan d’actuels gouvernants que celui qui a le goût de ricaner sur les dos des milliers de personnes et sur une situation qui est en soit désolante, pitoyable et incompréhensible compte tenu des potentialités énormes de ce pays.

La complexité du côté politique

En 2006, il y eut boycott de certains partis politiques qui retenaient que les conditions n’étaient pas remplies pour concourir aux élections justes et équitables estampées par la marque de la transparence qui est la clé de voûte de la démocratie. En dépit du fait que nombreux préalables ne sont toujours pas remplis, voilà que les mêmes partis qui boycottèrent les élections s’y engagent en dépit tout. C’est donc une sorte de défi qui est lancé et aux organisateurs et au pouvoir en place. Le message est simple et facile à comprendre : « l’engagement est pris de participer aux joutes électorales tout en sachant qu’il y aurait des dispositions mises en place pour tricher massivement. Mais, l’intérêt suprême de la nation dicte à ce que nous les bravons contre vents et marées pour forcer le changement par voie démocratique ». Voila, le premier signe de complexité qui émerge du côté politique. La configuration qui pourrait s’en suivre est la confrontation, pacifique et dans l’ordre des choses, si les mécanismes de gestion politique s’y prêtent avec intelligence et délicatesse sans esprit cachotier, mesquin et frauduleux. Autrement, c’est le chaos qui serait en vue. C’est l’insurrection, dans toutes ses formes, si l’on force les choses du mauvais côté.

La complexité du côté partisan

Du côté partisan, la situation est encore plus complexe car cette fois-ci, les esprits se sont échauffés à l’avance. Les résistants se sont mis dans la danse. Ils ont envahi le champ politique et clament tout haut leur désir du changement et avec eux, le peuple silencieux, derrière. Toutes ces tribulations ont engendré un climat d’intolérance qu’on n’avait jamais connu dans le microcosme politique congolais. Les musiciens et chantres du régime sont pris en chasse et interdits de se produire ou de s’exprimer sous d’autres cieux. Les hommes politiques qualifiés, à tort ou à raison, des collabos, sont l’objet de protestation virulente frôlant les agressions physiques. Le climat politique est à quelques mois des élections incandescent. La marmite bouillonne. Le couvercle prêt à sauter à tout moment. Ceux qui s’opposent aux élections et qui croient que c’est une machination prête à reconduire les mêmes personnes par la tricherie éhontée envisagent des scénarios où l’usage de la force n’est pas exclu.

Vers un vote sanction ou un vote utile ?

 

Le panorama politique ainsi dépeint présage un choix dans les urnes qui se doit d’être responsable et conséquent. Deux camps s’affrontent dans la course au pouvoir. D’un côté, le camp du statu quo qui totalise plus des dix ans au pouvoir sans résultats réels sur la vie quotidienne des peuples, sans être parvenu à pacifier la partie orientale du pays, et qui livre la femme congolaise, fille, mère et grand-mère, à la pâture de la violence physique et intime la plus abjecte et la plus déshumanisante. De l’autre, le camp du changement qui voudrait restaurer l’autorité de l’État, garantir la dignité de l’homme et de la femme congolaise, assurer un minimum de bien-être social pour tous en implantant, chose fondamentale, un État de droit au Congo. Voilà donc les enjeux des uns et des autres. Le peuple congolais qui vit dans sa peau toutes les souffrances et qui est témoin de la volonté des hommes politiques saura dire son dernier mot dans les urnes. Le peuple démontrera si son cœur basculera vers ceux et celles qui prônent le changement et une vie meilleure pour tous ou plutôt vers ceux et celles qui veulent se cramponner au pouvoir pour assouvir leur soif d’enrichissement personnel et continuer à maintenir le peuple souverain dans la misère sombre. En perspective, on peut scruter l’horizon et anticiper les deux issues possibles du scrutin : allons-nous vers un vote sanction ou vers un vote utile à la nation ?