Revisiter  constamment notre histoire, capitaliser nos victoires sur nos agresseurs et les moyens qui les ont rendues possibles et  apprendre de nos erreurs  semble être l’une des voies à emprunter pour notre renaissance collective.

L’année dernière (2010), à travers plusieurs manifestations, les Congolais(es) et leurs alliés ont célébré le cinquantenaire anniversaire de leur indépendance. Plusieurs « minorités organisées » ont cru comprendre qu’une longue page de l’histoire de notre humiliation commune venait d’être tournée et qu’une nouvelle s’ouvrait : celle de l’AN 1 de notre lutte troisième lutte d’autodétermination.

 

La première, initiée par Lumumba (dans la ligne tracée par Kimbangu) et ses compagnons a dû être dévoyée par plus de trois décennies de dictature de Mobutu, de néocolonialisme et de néolibéralisme.

 

 

A notre avis, pour mieux mener cette troisième lutte de notre véritable autodétermination, il est important de revisiter régulièrement notre histoire. Pour y lire les textes rédigés par les combattants de la liberté afin qu’ils inspirent les luttes actuelles pour notre souveraineté politique et économique, culturelle et spirituelle. Mais aussi pour y célébrer nos victoires de courte durée.

 

Le 30 juin 1960, « l’histoire glorieuse de notre lutte pour la liberté »  aboutit  à une première grande station : l’indépendance de notre pays. Et Patrice Emery Lumumba rappelle ce qui suit : « Cette indépendance du Congo, si elle est proclamée aujourd’hui, dans l’entente avec la Belgique , pays ami avec qui nous traitons d’égal à égal, nul Congolais digne de ce nom ne pourra jamais oublier cependant que  c’est par la lutte qu’elle a été conquise, une lutte de tous les jours, une lutte ardente et idéaliste, une lutte dans laquelle nous n’avons ménagé ni nos forces, ni nos privations, ni nos souffrances, ni notre sang. »  (Discours de Lumumba prononcé le 30 juin 1960 et publié par C.ONANA, Ces tueurs tutsi. Au cœur de la tragédie congolaise, Paris, Duboiris, 2009, p. 69-70)

Disons que notre indépendance  est le fruit d’une lutte persévérante au cours de laquelle le sacrifice est omniprésent. « Cette lutte qui fut de larmes, de feu et de sang, ajoute Lumumba, nous en sommes fiers jusqu’au plus profond de nous-même, car ce fut une lutte noble et juste, une lutte indispensable pour mettre fin à l’humiliant esclavagisme qui nous était imposé par la force. »  (Ibidem, p.70)

Au cours de cette lutte, les sacrifices endurés  pour une cause noble et juste, - c’est-à-dire la fin de l’humiliant esclavagisme et l’établissement d’un régime de liberté et de dignité- procurent de la fierté.

La première grande lutte de notre autodétermination, à en croire le discours de Patrice Lumumba, est fondée sur une certaine éthique. Elle est fondée sur les valeurs de liberté, de justice, de noblesse, de courage et de persévérance.

 

Avec l’assassinat de Lumumba en 1961, le règne de Mobutu, surtout après les années 70, va, en quelque sorte, tenter de  détruire ce fondement éthique de cette  lutte. S’il y est arrivé pour « la minorité de privilégiés » qui s’est constituée autour de lui, il n’a pas éteint la flamme éthique chez « le petit reste  pluriel » dont la descente dans la rue le 16 février 1992  va symboliser le rêve de mener  à bon  port la deuxième grande lutte amorcée dans les années 1980 avec la publication de la lettre des 13 Parlementaires.

 

Le 16 février 1992 a marqué une deuxième grande station sur notre  commun « chemin de croix » vers la renaissance de notre pays. Cette date a été un témoignage des avancées de l’éveil de conscience au niveau  du « petit reste pluriel » avant que « la troisième voie »  de piteuse mémoire ne vienne reconduire l’ordre politique honni. Lutter avec bibles et palmes à la main face aux armes à feu des escadrons de la mort de la deuxième République a été un symbole fort  rougi du sang des martyrs de notre peuple. Il va davantage endurer ce martyre avec la guerre d’agression et de prédation de 1996.

 

Cependant, le 02 août 1998, notre peuple va affronter ses agresseurs dans les rues de Kinshasa, « mains nues ». Pour une fois de notre histoire, « un petit mariage de raison » aura lieu entre une partie de notre armée et nos populations : elles feront bloc contre nos agresseurs ayant fait de l’AFDL leur cheval de Troie. Telle est notre troisième grande station sur le chemin de notre renaissance. La revanche des agresseurs après août 1998 signera la fin de ce  « mariage de raison » : l’armée infiltrée par  les seigneurs de la guerre de 1996 et leurs différentes émanations va poursuivre  son œuvre de destruction et de mort dans notre pays et cela jusqu’à ce jour. Le 02 août 1998, notre pays,  a connu, de manière anticipée, « la révolution égyptienne »…

 

De Lumumba au « mariage de raison » entre nos populations et une partie de l’armée en 1998, qu’est-ce qui a fait notre force ?

 

En 1960, Lumumba sort vainqueur des élections organisées par le pouvoir colonial. Sa force est  venue de la coalition avec les autres partis politiques pour un plus grand bien du peuple congolais.  Cette coalition était majoritaire  au parlement. Lumumba y fait allusion dans son discours du 30 juin. Il dit : « Je vous demande à tous d’oublier les querelles tribales  qui nous épuisent et risquent de nous faire mépriser à l’étranger. Je demande à la minorité parlementaire d’aider mon gouvernement par une opposition constructive et de rester strictement dans les voies légales et démocratiques. » (Ibidem, p.72)   Coalition des partis et dépassement des querelles tribales auraient été, pour Lumumba, les atouts pour bâtir « un pays riche, libre et prospère ». Un autre atout aurait été le travail nécessaire à l’indépendance économique. A ce sujet, Lumumba dit : «  Notre gouvernement fort, national, populaire, sera le salut de ce pays. J’invite tous les citoyens congolais, hommes, femmes, et enfants à se mettre résolument au travail en vue de créer une économie nationale prospère qui consacrera notre indépendance économique. » (Ibidem, p. 73) Malheureusement, ces atouts ne seront pas exploités. Les partisans de la politique du « diviser pour régner »  vont souiller notre indépendance en exacerbant les querelles tribales et en corrompant certains compatriotes pour en faire leurs hommes et  femmes liges.

Le 16 février 1992, « la  minorité » descendue dans la rue pour  réclamer la réouverture de la Conférence Nationale Souveraine, est plurielle. Majoritairement chrétienne, elle est rejointe par tous les hommes et toutes les femmes de bonne volonté, soucieux de vivre dans un pays libre et prospère où règnent la justice et la paix.  Fondée sur ces valeurs, cette « minorité plurielle » a payé de son courage dans le sang.  Ce faisant, elle a contribué à orienter l’histoire dans le sens d’une renaissance de notre pays sans Mobutu.

Sa victoire lui sera volée, en 1996, par « un conglomérat d’aventuriers » venu majoritairement de l’extérieur et gagné à la cause de la prédation et de la balkanisation de notre pays.

Identifiant « les acteurs mineurs » de cette tragédie et aidée par le retournement des alliances initié par « le soldat du peuple », Mzee Laurent-Désiré Kabila, « la minorité plurielle » bénéficiera de l’apport d’une bonne partie de nos populations et de l’armée pour mettre ces « acteurs mineurs » hors d’état d’agir  le 02 août 1998.  A cette date, Kinshasa a connu une résistance populaire  que nos agresseurs (mineurs) auront du mal à effacer de leur mémoire.

Contrairement aux apparences, depuis 1998 jusqu’à ce jour, cette résistance populaire n’a pas faibli. Elle s’est beaucoup plus cristallisée à l’Est de notre pays et dans la diaspora congolaise.

Les médias alternatifs Congolais y ont beaucoup contribué. A l’Est de notre pays, les radios communautaires ont joué et continuent à jouer un rôle moteur dans l’entretien de cette résistance contre la phase très avancée de l’ensauvagement de nos agresseurs, « acteurs  majeurs  et mineurs » confondus.

 

Ce rappel historique à cette étape de notre marche commune nous enseigne plusieurs leçons.

La première et la plus connue est que l’union (les grandes coalitions)  fait souvent la force. Quand elle est fondée sur les valeurs promotrices de la vie collective, elle peut soutenir une grande résistance contre les forces de la mort quelles qu’elles soient. Une autre leçon est la suivante : toutes les fois où les Congolais(es) ont dépassé les querelles tribales et la soif du pouvoir pour le pouvoir, ils ont su tenir tête à leurs agresseurs et les vaincre.

Mais pourquoi ces victoires n’ont-elles pas été éphémères ? L’une des raisons du caractère passager de nos victoires est qu’elles n’ont pas eu de « gardiens » et « les agresseurs majeurs » en face (toujours les mêmes) ne dorment ni ne sommeillent.  Sachant que depuis la mort de Lumumba le Congo n’a pas acquis son indépendance économique, ils entretiennent la dépendance économique du pays en en corrompant les acteurs politiques et ceux de la société civile les plus en vue.

Disons aussi que la complicité entre le peuple et l’armée peut sauver le pays des agressions ennemies. Une armée du peuple devrait devenir l’une des préoccupations des futurs « gardiens de la renaissance congolaise ».

Depuis les années 60 jusqu’à ce jour, « les acteurs majeurs » de la descente de notre pays en enfer n’ont pas changé. Leur identification est indispensable aux actions efficaces que « les minorités organisées » voudraient mener pour un autre Congo. Donnons un exemple. Dans la guerre de 1996, les multinationales telles que Barrick Gold Corporation et l’American Mineral Fields International (AMFI) ont  été « les acteurs majeurs » et « le conglomérat d’aventuriers » de l’AFDL, « un acteur apparent ».  Tous, ils constituent un réseau transnational de prédation. Les  « acteurs majeurs » disposant de beaucoup de mayens matériels utilisent « les acteurs  apparents » en mettant ces moyens à leur disposition. Eux, dans les coulissent de l’histoire, tirent les ficelles. Ils  changement régulièrement « les acteurs apparents » pour faire croire à l’alternance démocratique (dont ils se moquent éperdument).

Quand ces choses ne sont pas connues des citoyens épris de justice et de paix, de liberté et de dignité, ils gaspillent une énorme quantité d’énergie en s’attaquant uniquement aux « acteurs apparents ».

Si nous voulons que notre troisième lutte d’autodétermination jette des lueurs de la renaissance d’un autre Congo,il faudrait que nous comprenions qu’ il y a des efforts à déployer dans l’identification des « acteurs » et dans l’armement moral de nos concitoyen(ne)s pour éviter une perte inutile d’énergie et de vies. La mise sur pied formelle et/ou informelle du groupe de  « Gardiens de nos victoires historiques et de notre renaissance » est nécessaire (avant que le peuple ne s’en approprie). Que ça soit un  groupe de patriotes suffisamment intègres et capables de taire en eux les appétits de la politique politicienne.

Nous inspirer de nos victoires historiques et corriger les erreurs ayant  attenté à leur protection est l’une des voies à emprunter pour notre future renaissance collective.