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jeudi mai 28, 2020
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Un petit documentaire de 26 minutes seulement semble être passé inaperçu pour plusieurs de nos compatriotes, hommes et femmes politiques, acteurs de la société civile, journalistes, analystes politiques ou habitués de nos fora en lignes. Ce documentaire où les Américains interviennent ne semble pas avoir eu un impact sérieux sur les discours préparatoires de la campagne électorale à venir. Comment expliquer cela ? Est-ce vrai que nos envahisseurs en violant nos femmes et nos enfants ont réussi à contrôler moralement nos esprits ? Sinon, comment pouvons-nous expliquer qu’un membre du trio dictatorial soutenu par l’impérialisme américain soit encore adoubé chez nous ?

Vers la fin du mois de juin et au début du mois de juillet, un documentaire de 26 minutes a été mis à la disposition des fora Congolais sur Internet. Il revenait sur la tragédie congolaise ayant débuté avec la guerre d’agression de 1996 en en indiquant les acteurs majeurs, leurs alliés et leurs clients. (Sans toucher au « gouvernement fantôme » tapi dans l’ombre !) Il est curieux que certaines interventions des acteurs politiques congolais, de certains compatriotes de la société civile, des journalistes, des analystes politiques et de certains habitués de nos fora en ligne passent à côté de certaines évidences sur lesquelles ce documentaire est revenu. (Il s’agit de Le conflit au Congo : la vérité dévoilée).

Ouvrons une parenthèse. Savoir lire et savoir écrire sont les capacités élémentaires dont les citoyens et les citoyennes doivent être pourvues afin qu’ils participent à l’édification collective de leur cité par le débat et l’échange. Le débat d’idées et l’échange peuvent aiguiser le sens critique et aider à la formation des valeurs dont la tolérance et la reconnaissance de l’autre comme partenaire de dialogue digne de respect.La lecture, l’écriture, le débat d’idées respectueux de l’autre et le sens critique capacitent les citoyens(nes) afin qu’ils participent à la création collective de leur cité ; afin qu’ils deviennent des hommes et des femmes politiques à part entière. Fermons la parenthèse.

Le documentaire susmentionné devrait imprégner nos débats afin que nous puissions participer de la création collective de notre cité congolaise en hommes et femmes avertis.

 

Deux Américains intervenant dans ce documentaire font des confidences qui devraient retenir notre attention. L’un d’eux, Gregory H. Stanton (Département d’Etat Américain de 1992-1999. Président de genocide Watch) a voulu, en interrogeant les services de renseignement américain, connaître la vérité sur la guerre d’agression de 1996. Et il dit : « Je suis allé au Rwanda avant l’invasion( du Congo). Des livraisons d’armes arrivaient la nuit pour soutenir le Rwanda. On avait placé des personnes dans le pays pour entraîner les forces Rwandaises. En somme, nous soutenions l’invasion. » Cela au vu et au su du Conseil de sécurité de l’ONU, avec l’appui de l’Ouganda, de la Grande-Bretagne et d’autres gouvernements occidentaux.

Un autre, Howard French (de New York Times. Professeur Associé à l’Ecole de journalisme de l’Université Columbia), explique les raisons pour lesquelles ce soutien aux pays satellites a été offert. « Lorsque Mobutu est devenu gênant, les Etats-Unis ont aidé le Rwanda et l’Ouganda à la destituer et à placer un autre dictateur au pouvoir-ici apparaît sur l’écran la photo de Laurent-Désiré Kabila-, puis un autre-ici apparaît la photo de Joseph Kabila souriant. Pour lui cet Américain, « désormais, les Congolais sont victimes d’un réseau dictatorial corrompu qui reçoit l’aide financière de la part des Etats-Unis- ici apparaissent sur l’écran les photos de Joseph Kabila, de Paul Kagame et de Yoweri Museveni.

Cet Américain va au-delà de la culpabilité dont seraient victimes certains membres du Conseil de sécurité n’ayant pas su arrêter le génocide rwandais pour justifier le soutien accordé à Paul Kagame. Il avoue ceci : « Historiquement, nous avons maintenu une influence dans la région afin d’accéder aux minerais sur lesquels repose notre économie et notre puissance militaire. » (Nous soulignons) Lisons bien cette phrase. Elle nous aide à nous départir de ce mensonge entretenu par certains acteurs « internationaux » nous ayant fait croire qu’ils ont remis le Congo (RD) sur l’agenda international. Le maintien de l’influence américaine sur le Congo et les pays des Grands Lacs est historique. Il est permanent. Les « maîtres » ne changent que les clients et/ ou les alliés. Et cet autre Américain est clair sur les raisons conduisant ses gouvernants à changer de clients. Pourquoi le Rwanda et l’Ouganda après le Congo (RD) ? Il répond : « Parce qu’ils peuvent faire des choses pour nous sans que nous ayons à les faire nous-mêmes. Leurs soldats peuvent être déployés et mourir à la place des nôtres- ici apparaît la photo de l’armée rwandaise au Darfour. (Nous soulignons) Et il ajoute : « Ainsi, devient-il très important de pouvoir agir par précaution, d’avoir des alliés, des clients qui sont prêts à faire ce qu’on leur dit de faire. Les armées disciplinées et organisées du Rwanda et de l’Ouganda sont extrêmement utiles pour protéger les intérêts Américains en Afrique. » (Nous soulignons)

 

Ce petit documentaire de 26 minutes nous aide à comprendre qu’un trio dictatorial (Paul Kagame, Yoweri Musaveni et Joseph Kabila) a succédé à Mobutu dans les Grands Lacs pour sauvegarder les intérêts Américains. Cette fois-ci, ce n’est ni Honoré Ngbanda, ni Charles Onana, ni Pierre Péan, ni Florence Hartmnan qui soutiennent cette thèse. Ce sont les Américains eux-mêmes. Et pas les moindres.

Que certains acteurs politiques Congolais continuent à accuser Mobutu comme seul auteur de nos misères, cela est une signe ils participent de la falsification de notre histoire. Relisons cette phrase : « Historiquement, nous (Américains) avons maintenu une influence dans la région afin d’accéder aux minerais sur lesquels repose notre économie et notre puissance militaire. »

Quand nous savons que l’économie américaine est à son agonie, affirmer que la victoire sur l’un des membres du trio dictatorial aux élections (probables) de novembre 2011 est acquise à n’importe quel prix, c’est, nous semble-t-il, aller trop vite en besogne.

Il est possible que nos masses populaires en viennent à renverser les rapports de force en rejoignant un leadership collectif capable de les aider à comprendre et à partager l’analyse de ces enjeux, géoéconomiques, géopolitiques et géostratégiques. Nos acteurs politiques sont-ils capables de leur en parler simplement par-delà les généralités sur les cinq chantiers et les attaques interindividuelles distrayantes ? Comment devenir souverains en nous débarrassant de la mainmise de l’impérialisme américain et de celle de ses clients internes et externes ? Cette question essentielle ne semble pas sérieusement prise en compte par un bon nombre d’acteurs politiques Congolais et de compatriotes débattant sur nos fora en ligne. Les seules élections de 2011 ne suffiront pas pour y répondre.

Comment pouvons-nous, en conscience, adouber et inviter d’autres compatriotes à adouber un membre d’un trio dictatorial ayant contribué aux massacres, à l’assassinat de nos compatriotes et aux autres crimes de guerres ayant endeuillé notre pays depuis 1996 ?

A ce point nommé, les réticences de certains de nos compatriotes vis-à-vis des élections prochaines se justifient. Même si nous devrions nous méfier des propositions allant dans le sens de « il n’y a qu’à… » Notre pays est placé face à des enjeux très sérieux. Nous en sortir nous exigera beaucoup d’intelligence et de sagesse. Une grande union d’esprit et d’actions. Mais aussi un espace de débat public constamment ouvert.