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mercredi juillet 08, 2020
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La RDC s’achemine lentement mais sûrement vers la date buttoir de la tenue des élections politiques. En dépit du doute, par ailleurs légitime, de beaucoup de gens sur le respect du calendrier électoral tel qu’arrêté par les autorités de la CENI, le processus électoral est en train de se mettre sur place. Nous n’allons pas ici évoquer le cas du fichier électoral qui sème déjà la controverse quant à son contrôle. Nous n’allons pas non plus parler des cas avérés des fraudes ou d’actes illégaux commis lors de l’enrôlement des futurs électeurs. Ces sujets, on peut s’en rassurer, occuperont largement la vedette de l’actualité tout au long de ce processus dont l’issue, positive ou négative, déterminera si la RDC s’est engagée résolument dans la voie démocratique. Nous allons nous limiter d’évoquer l’impérieuse nécessité d’organiser les débats contradictoires particulièrement au niveau de la magistrature suprême sinon, à tous les niveaux de la vie politique.

Opportunité d’organiser des débats politiques

Il est primordial de convenir que la seule tenue des élections n’est pas synonyme de la démocratisation des institutions. La démocratie est la matérialisation d’un certains nombres de facteurs qui touchent à la vie sociale, culturelle, économique et politique des citoyens. La démocratie entendue sous cet aspect, est un facteur globalisant. Est un indice de l’organisation dans tous les domaines d’un pays. Il va de soi que l’aspect politique, à travers l’organisation des élections, régulières, libres et démocratiques, en soit le reflet le plus visible. Mais, cela n’est pas tout. La démocratie, c’est aussi la communication. Dans ce registre, rentre la liberté de la presse, la liberté d’opinion mais aussi et surtout la communication entre le pouvoir ou les prétendants à ce pouvoir avec le peuple. C’est dans ce cadre que nous estimons que le processus démocratique en cours sera vicié si l’on n’organisait pas opportunément, de façon formelle ou informelle, des débats politiques à plusieurs niveaux pour que la population soit informée des intentions des uns et des autres sur la gestion du pays.

Débat contradictoire

À l’échéance du mandat législatif des institutions issues des élections de 2006, les enjeux politiques qui se profilent à l’horizon sont indubitablement très importants. Il est question d’un côté de faire le bilan de la gestion du pays sur tous les plans et de l’autre, pour les partis de l’opposition, de démontrer ce qui n’a pas fonctionné et de faire dans le même temps des nouvelles propositions pouvant tirer le pays du gouffre dans lequel il est plongé depuis belle lurette. Cette perspective est alléchante. Elle rentre dans les canaux d’une démarche normale à entreprendre par les différents prétendants au pouvoir. Le principe consiste à rendre compte directement au souverain primaire non à travers des slogans ou de la propagande faite par des communicateurs patentés avec pour seul but de désinformer via les médias publics l’opinion du peuple. La communication directe permet plutôt au public  de juger la maturité et la capacité des prétendants à pouvoir mener un débat contradictoire sur le plan des idées programmatiques en dehors de tout cliché ou d’autres attributs qu’on peut affubler à l’un ou à l’autre selon les cas. Les face-à-face permettent sans manigance aux principaux prétendants à la magistrature suprême ou à d’autres échelons de s’exprimer ouvertement devant le peuple sur des thèmes précis dans un débat contradictoire. Cet exercice se fait désormais dans presque tous les pays du monde. Lors des élections dernières, le peuple a été abusivement privé de l’opportunité d’écouter, d’apprécier en direct les capacités et les éventuelles lacunes de chaque prétendant sur des dossiers importants de la gestion de la cité avant d’aller effectuer leur choix aux urnes.

Vers une bipolarisation des plates formes politiques

L’idée de se passer du débat contradictoire hante-t-elle les autorités politiques au pouvoir ? En tout cas, en amendant précipitamment la constitution pour ramener le suffrage universel à un seul tour, les législateurs savaient que l’on se trouverait face à plusieurs candidats - et dans le cas d’espèce - dans l’impossibilité pratique d’organiser un débat contradictoire inclusif. En réalité, ceci ne peut constituer nullement un prétexte pour échapper encore à cet exercice démocratique qui représente, somme toute, le point culminant dans une campagne électorale. Nous estimons qu’il y a déjà en gestation une bipolarisation des plates formes politiques. Il y a le camp de la Majorité Présidentielle avec incontestablement Joseph Kabila comme leader. Du côté de l’opposition, il n’y aura pas, pour des raisons faciles à deviner, une seule candidature. Toutefois, la réalité des faits fera émerger quelques candidats. Nous pouvons nous permettre de citer entre autres, Etienne Tshisekedi, qui pilote une plate-forme vouée au changement et à la moralisation du pays face au désastre et à la jungle actuelle. Face à ces deux pôles avec leurs leaders incontestés, il y aura d’autres candidats de poids ou de façade ; cela rentre tout à fait dans les règles démocratiques. Leur présence n’autorise toutefois pas l’exclusion a priori de l’organisation des débats contradictoires. Qu’on n’allègue pas non plus l’argument selon lequel tout le territoire congolais n’est pas couvert par des télévisions satellitaires. Il appartenait en fait au pouvoir de prendre toutes ces dispositions à temps pour mettre le peuple congolais dans la possibilité d’être objectivement informés aux quatre coins du pays.

Sélection et mode opératoire des débats contradictoires

Pour ne pas se perdre dans le juridisme béant et dans la fabulation outrancière et fortuite en vue de ne pas tenir les débats contradictoires, il serait envisageable que l’autorité de tutelle de ce secteur (Haute Autorité des Médias) détermine dès maintenant quelques critères crédibles se basant sur la réalité sociologique du terrain (la force virtuelle des partis politiques) pour parvenir à sélectionner deux ou trois autres prétendants pour un débat national, avec quatre ou cinq prétendants au plus, à répéter au moins deux fois avant la tenue des élections. Dans le mode opératoire, on pourra inclure quelques questions dans une de nos langues, à concorder à l’avance entre candidats. L’alternative pour d’autres prétendants qui se sentiraient lésés d’office par ce choix sélectif et non inclusif serait d’organiser d’autres débats sur d’autres chaînes de télévision qui pullulent au pays et n’attendent que ces occasions d’or pour avoir une large audience dans l’opinion publique.

Eviter l’obscurantisme et l’ignorance au pouvoir

Il va de soi que cette fois-ci l’on ne puisse pas échapper à la tenue des débats politiques pour préserver des candidats « aphones » ou ne possédant pas la maîtrise des dossiers mais qui continuent à afficher l’ambition de diriger le pays dans l’obscurantisme et l’ignorance. Si comme nous le pensons, le fait de demeurer au pouvoir autorise la maîtrise des dossiers sensibles sur la gouvernance du pays, les autorités qui sont au pouvoir ne pourraient que souhaiter l’organisation d’un tel débat. De ce point de vue,  Joseph Kabila en tirerait tous les avantages !  Alors quel spectacle politique le peuple congolais pourrait vivre en suivant un débat serré entre un vieux routier de la politique, Etienne Tshisekedi, qui s’est dit vouloir aller jusqu’au bout et qui ne ménage par conséquent personne, face à Joseph Kabila, fort de ses 10 ans passés au pouvoir et de son bilan de 5 chantiers, s’affronter dans un exercice oratoire où il faut convaincre par la parole et non par la force des armes…

Au regard de tout ce qui précède il y a vraiment nécessité pour les élections futures d’organiser les débats politiques à tous les niveaux. Le peuple congolais en a besoin pour se choisir en âme et conscience ses propres dirigeants sur la base d’un jugement rationnel et non sur la base de la propagande orchestrée à longueur des journées aux frais des contribuables.