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mercredi avril 01, 2020
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Avec l’approche des élections présidentielles et législatives fixées au mois de novembre prochain, on sent déjà la fébrilité en l’air. On se demande, avec raison, si ces élections seront un ‘bis repetita...’ sur la thématique de la congolité. Loin de l’évacuer à temps, les autorités compétentes que ce soit au niveau de la CENI qui examineront les candidatures qu’au niveau de la Cour de justice semblent être pour le moment paralysées par l’attentisme sur les cas de la nationalité douteuse soulevés, à tort ou à raison, à l’endroit de certains acteurs politiques bien en vue.

Ces rumeurs de plus en plus crépitantes se greffent sur un climat préélectoral qui est tout sauf d’être rassurant. Or, tout le monde voudrait que les élections soient réellement libres, démocratiques, transparentes, prélude d’un processus apaisé et équitable pour tous. La réalité du terrain est beaucoup plus complexe car, plusieurs dossiers ne sont pas encore au point. L’opposition est en train de se battre farouchement pour obtenir qu’il y ait une transparence totale du fichier électoral et une implication directe dans la gestion du serveur central. La cartographie des bureaux de vote demeure à ce point nébuleuse. En dépit des promesses et des paroles lénifiantes, rien n’a été concretisé jusqu’ici pour calmer les suspicions de fraude massive que les autorités en place semblent cogiter pour ne pas perdre les élections.

À côté de ces problèmes inhérents à l’organisation des joutes électorales dans des conditions obscures et avec la volonté affichée ou voilée de les gagner à tout prix, il y a un autre problème qui est là, apparent et inquiétant et qui n’est plus un secret pour personne. C’est le problème de la nationalité douteuse qui hante désormais le paysage politique congolais depuis l’avènement de Kabila-fils dit Kanambe. Cette saga interminable suscite une rude controverse selon que l’on croit qu’il s’agit d’une tentative d’exclusion de certains candidats ou selon qu’on a de profondes convictions qu’il s’agit ni plus ni moins des cas de tricherie patente dans le processus électoral et dans la gouvernance du pays. Ce faisant, il s’agirait d’actes anticonstitutionnels réprimables normalement par la loi. Si aux élections de 2006 c’était Kabila seul qui fût visé, aujourd’hui, c’est Vital Kamerhe et Kengo wa Dondo qui sont dans le collimateur pour la bonne raison qu’ils sont tous les deux prétendants à la magistrature suprême.

La problématique semble à première vue bizarre et insensée puisqu’il s’agit des personnalités politiques que tout le monde connaît et qui occupent, le cas de Kengo ou, ont occupé plus récemment des fonctions importantes, le cas de Kamerhe, dans les institutions républicaines. Ce sont de plus les enfants du pays dans le sens où ils ont vécu et grandi au pays. Pour tout dire, ils sont congolais de la moelle épinière aux pieds. Si anthropologiquement tel est le cas, en est-il de même sur le plan juridique ? Autrement dit, aux termes des lois qui régissent le pays et plus exactement dans l’entendement des articles 10 et 72 de la constitution sans mentionner l’article 103 de la loi électorale (CENI), sont-ils de droit aptes à briguer la magistrature suprême du pays ? Telle nous semble la grande question à se poser.  C’est justement dans ce sens plus que sur l’humeur de la rue qu’il faut tabler toute discussion sur le sujet en dehors des considérations d’ordre politique (la bonne gouvernance ou non) ou d’ordre tribal, en référence notamment à une généralisation hors de propos des questions individuelles à toute une ethnie ou une région afin de provoquer inutilement des tensions ethniques ou d’échauder gratuitement les esprits de ceux et celles qui pourraient tomber dans ce piège tendu.

Le problème des nationalités douteuses de certains dirigeants politiques n’est pas le seul à assombrir l’application des lois au pays. Il y a encore, il faut s’en rappeler, le problème du moratoire sur la détention de la double nationalité qui avait surgi lors de la législation passée avec la motion Makila sous la présidence de Kamerhe à l’assemblée nationale en 2009. Il n’a pas été suivi d’effet jusqu’ici en dépit des dispositions prises pour régulariser les cas en optant pour l’une ou l’autre nationalité. Le peuple congolais risque de se retrouver encore avec des prétendants qui ont deux nationalités comme candidats aux postes de la députation alors que la constitution le prohibe formellement. Voilà donc le dilemme de la vie politique au Congo. Un dilemme constitué par la nonchalance politique des autorités ne pouvant agir conformément aux lois édictées, conformément à la loi suprême qui est la constitution.

Quand le peuple indique du doigt Kabila en lui montrant le chemin du Rwanda cela n’est pas une mince affaire. Ce n’est pas une situation à prendre à la légère contrairement à ceux qui croient qu’il serait mieux de le juger sur son bilan global de la gestion du pays ou sur son bilan de fin de la législature. De même, quand il y a plusieurs témoignages pour dire que Kamerhe en dépit de l’innocence qu’il semble afficher n’est pas réellement congolais au sens de la loi constitutionnelle, il y aurait, c’est le moins que l’on puisse dire, raison d’enquêter ou tout le moins d’approfondir le sujet au lieu de se perdre dans des considérations à caractère discriminatoire ou ethnique alors que le problème relève tout simplement du domaine du droit. Paradoxalement, le droit public évoqué est curieusement silencieux au point de se demander s’il s’agit d’un aveuglement pathologique ou d’une sourde oreille face non seulement aux revendications de la population qui sont pourtant claires, mais bien plus, face aux faits indexés qui sont ou semblent être préjudiciables au droit.

Toute somme tirée, la crédibilité des autorités susmentionnées au début de cet article est en jeu. Face à un problème réel qui touche le coeur et le fondement des institutions, elles ne peuvent continuer à jouer la farce de trois singes qui n’ont rien vu, rien entendu et rien à dire.