Même s’il a été établi que l’ambition ne peut à elle seule catapulter un homme au sommet d’un Etat démocratique, ils n’y croient pas. Et pourtant ils n’ont ni une "épaisseur" politique suffisante et ne jouissent pas d’un large soutien populaire. Quant à chacun de leur parti politique, il est tout sauf une machine électorale. Puisque même dans leurs fantasmes les plus fous ils ne se verraient pas gagner les présidentielles, pourquoi donc y vont-ils? Sont-ils des candidats pour rire?

 

 

1) Nzanga Mobutu: est-ce juste un caprice d’un gosse de riche? Jeune, riche, de bonnes études, un nom pouvant lui ouvrir des portes, un carnet d’adresses bien fourni, nombreuses étaient les cartes entre les mains de ce fils du Maréchal Mobutu lorsqu’il entre au gouvernement en 2006. Etait-ce par réalisme (la "victoire" de J. Kabila était écrite dans les murs) ou par opportunisme (sécuriser le patrimoine familial) qu’il conclut un "mariage de raison" avant le 2ème tour avec les "tombeurs" de son père au détriment du beau-frère J-P Bemba? Quoiqu’il en soit, comme un enfant gâté, il brûla une à une ses cartes, sans jamais parvenir à faire ses marques, jusqu’à cet après-midi de mars dernier où il sortit du gouvernement par la petite porte, humilié car limogé après de (très) longues vacances sabhatiques. Il étala aux yeux de tous une facette peu enviable de sa personnalite: un ami du farniente, ce qui n’est pas à l’avantage du présidentiable qu’il veut être.

 

Et pourtant, dès le début, les défis auxquels le ministre faisait face n’étaient pas moindres: sur le plan personnel, la réputation de son père à laver ("32 ans de Mobutu = gâshis"). Sur le plan national, il était le Vice-Premier ministre et ministre d’agriculture dans un pays où les terres sont immenses et les pluies abondantes tandis que les 9/10 de la population livrent une lutte quotidienne pour se nourrir. En RDC, c’est aux véreux hommes d’affaires libanais et indo-pakistanais que le gouvernement a laissé le soin d’importer (tous) les biens de première nécessité (riz, haricot, farine, sucre, viande, poisson, sel, etc.).

 

Mais le jeune ministre qui bénéficiait pourtant d’un tremplin si idéal pour émerger (2ème personnalité du gouvernement et la confiance du président) n’a jamais donné au public  l’impression d’un technocrate plein d’idées nouvelles et qui veut faire bouger les choses. N’est-il pas, après tout, membre de cette "nouvelle classe politique congolaise" qu’on nous a tant vanté? Au moins, il nous aura été donné de découvrir que sous Kabila (père et fils) autant que sous Mobutu, "l’agriculture priorité des priorités" c’est juste un slogan car ce "chantier" demeure le parent pauvre.

 

Mais le voilà candidat aux présidentielles, sans troupes mobilisées ni bilan positif après ses cinq années au gouvernement. Se présente-t-il pour embarasser celui qui l’avait chassé du gouvernement? Cette hypothèse est à exclure à cause de son poids politique négligeable. A tout prendre, a-t-il raison de se présenter – en dehors du camp présidentiel – quand on sait que le bilan qui sera critiqué est non seulement celui de Kabila, mais aussi celui de la coallition UDEMO-PPRD-PALU qui a dirigé le pays de 2006 à 2011, donc le sien aussi? A moins qu’il y va quand même par caprice de gosse de riche qui n’a rien à perdre: ni l’honneur ni l’argent.

 

Nzanga Mobutu rendrait probablement service tant à lui-même qu’au pays en mettant sur pied une "Fondation Mobutu Sese Seko", laquelle serait créée pour pérénniser l’héritage politique de son père en financant (entre autres) les études en sciences sociales qui concourrent à promouvoir l’unité nationale chère à son Maréchal de géniteur. Il y serait sans doute plus à l’aise que dans un cabinet ministériel…

 

2) Léon Kengo wa Dondo: autoproclammé "le" candidat commun de l’opposition certes, mais où est le fief du chef? Qu’est-ce qui peut expliquer le fait qu’un homme qui a assumé des charges publiques très élevées pendant des décennies se retrouve aujourd’hui à la tête d’un parti politique "alimentaire" et sans base? Réponse: à cause d’une pratique politique qui n’avait pas de prise sur le terrain. Tel est le triste sort de cet homme craint autrefois sous la IIème République et qui semble payer au prix fort pour avoir été longtemps "politicien d’ordonnance", ne devant les nombreux privilèges acquis non pas à un mandat électif mais à un décret présidentiel, ce qui lui donna pendant longtemps le sentiment de ne rien devoir aux citoyens qu’il découvre être les électeurs d’aujourd’hui.

 

Avec une formation politique comme la sienne, par quel miracle l’emporterait-il, lui qui même du temps de sa splendeur passée n’était pas aimé des foules? Abandonné par les amis de première heure (Tambwe Muamba, Pay-pay, Banguli, Atundu…) partis vers des pâturages plus verdoyants, qu’offrirait-il à ses (rares) sympathisants d’aujourd’hui? Solliciter un mandat électif suppose d’avoir un fief, mais on a beau chercher on ne trouve rien, ni à l’Equateur ni ailleurs. Alors, pourquoi est-il candidat? Au soir de sa vie, a-t-il fait le choix de servir de faire-valoir à d’autres en étalant sous nos yeux une mise en scène dont la finalité n’est connue que de lui seul?

 

Le plus caucace est que l’homme s’est autoproclammé "le" candidat commun de l’opposition. Mais l’ambition a-t-elle jamais suffi seule? L’union de l’opposition étant comme un "rendez-vous du donner et du reçevoir", qu’y apporterait-il aux autres members de l’opposition, lui qui n’a pas de base? Sans charisme, il n’a pas su fédérer autour de sa personne le Groupe Sultani. Ce qu’il n’a pas réussi avec peu, va-t-il le faire avec beaucoup?

 

On ne peut penser à Léon Kengo sans ne pas se remémorer le témoignage de Dominique Sakombi Inongo dans le documentaire "Mobutu Roi du Zaire" où il expliquait comment le détournement des deniers publics se faisait au sommet de l’Etat. “Quand le président [Mobutu] avait besoin d’un million de dollars, il le faisait savoir oralement au Premier ministre [Léon Kengo]. Celui-ci appelait le Gouverneur de la Banque [Nyembo Shabani] pour l’informer que le président avait besoin de deux millions de dollars. Le Gouverneur sortait trois millions: un pour le Président, un pour le Premier ministre et un pour lui-même” ! Peut-on savoir combien de fois cet "exercice" malhonnête s’est fait? Dieu seul le sait, ayant a faire d’un home qui fut plusieurs fois Premier minister de Mobutu (1982-1986 ; 1988-1990 et 1994-1997). On pensait que la Conférence Nationale Souveraine (CNS) des années 1991-1992 mettrait la main sur des individus pareils mais il n’en fût rien: ces voleurs sont si rusés qu’ils ne laissent aucune trace, tout se faisait oralement…

 

Malgré ce passif négatif la presse prépayée kinoise trouve à l’homme des atouts non négligeables. “C’est un homme expérimenté” écrit Le Potentiel. “Il ne se lance jamais sur un terrain sans en avoir examiné tous les contours”, “Il jouit d’une réputation internationale pour avoir fait du Zaire l’élève modèle du FMI”. En cette période électorale, allez savoir s’il s’agit d’un publiréportage ou non, dans les media congolais, tout se mèle et se confond.

3) Oscar Kashala: comme un touriste qui s’en va sans laisser d’adresse! Avec O. Kashala le Congo a eu une nouvelle catégorie d’homme politique: ceux qui viennent à la veille des échéances électorales, sollicitent les suffrages auprès des électeurs et une fois celles-ci obtenues, s’en vont d’où ils étaient venus sans laisser d’adresse ni de contact téléphonique… et reviennent lors des échéances suivantes, c’est-à-dire cinq ans plus tard!

 

Docteur Kashala avait obtenu plus de 4% au Ier tour des présidentielles de 2006 et était, depuis pointé aux abonnés absents. La politique, étant "la gestion de la cité", il ne laissa sur le terrain aucune structure pour le faire connaitre davantage et "gérer" son image. Comme un médecin de brousse qui vient la saison venue et s’en va en attendant la prochaine, il repartit aussitôt les élections finies aux USA … avant de revenir déposer sa candidature à la CENI en septembre dernier.

 

Professeur de son état, il aurait pu être calculateur et à l’écoute de l’opinion publique, en faisant organiser un mini-sondage d’opinion dans des circoncriptions-échantillons, histoire d’évaluer ses chances. L’image qu’il donne est celle d’un homme qui vient "juste pour tenter sa chance" et qui dit : “Si ça marche tant mieux, sinon c’est tant pis !”, ce qui ne fait pas sérieux et n’est pas à son honneur. Pire, en langage de l’homme de la rue ça s’appelle "être un aventurier" !

 

Aurait-il pensé que son statut de "Professeur" mettrait le monde à ses pieds? Hélas, il y a fort longtemps que les Profs n’ont plus de cote en politique là-bas au Congo. Et pour cause: ils ont tant deçu. Mulumba Lukoji, Kabuya Lumuna, Ngoyi Nduba, Kinkiey Mulumba, Mpinga Kasenda… la liste est longue de ces intellectuels du ventre qui ont vendu leur conscience contre des espèces sonnantes et trébuchantes. Dejà à l’époque, feu Général Mayele se gaussait de “La République des Professeurs”, faisant allusion au gouvernement exclusivement composé de technocrates qui ne réussirent jamais à nous sortir du trou où nous sommes depuis. (A suivre)