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lundi mars 30, 2020
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Dans deux jours, le 17 janvier 2012, les patriotes Congolais célébreront le Cinquante-unième anniversaire de l’assassinat de notre héros national, Patrice-Emery Lumumba. Assassiné par les forces impérialistes et « leurs nègres de service », Lumumba demeure une figure historique Congolaise à revisiter régulièrement. La reconduction de l’histoire telle qu’elle est écrite officiellement à Paris, Londres, Washington, Bruxelles, etc. jette souvent une bonne part d’ombre sur cet « intellectuel subversif » ayant réussi, en bon autodidacte, à maîtriser les enjeux des guerres impérialistes au Congo et en Afrique.

 


L’histoire racontée par « les maîtres du monde » et leurs relais à partir des capitales Occidentales situe l’assassinat de notre héros national le 17 janvier 1961 dans le contexte de « la guerre froide » opposant les deux grands blocs (Ouest et Est). Le malheur de Lumumba serait (entre autres) d’avoir choisi le mauvais camp au mauvais moment. Ce choix serait, dans les milieux impérialistes, une raison suffisante pour tuer un Premier Ministre d’un pays ayant accédé à la souveraineté nationale !
Cette explication simpliste ne pose pas l’une des questions essentielles concernant la guerre. A quoi sert-elle ? « En fait, répond Michel Collon, il s’agit d’une simple tactique commerciale. Il s’agit d’imposer aux pays (et aux hommes politiques) récalcitrants que leurs richesses soient placées sous le contrôle de telle ou telle multinationale. Ce qui implique de dominer la vie économique et politique de ce pays. » (M. COLLON, Bush, le cyclone, Bruxelles, Oser dire, 2006, p. 18) Les guerres d’hier comme celles d’aujourd’hui poursuivent un but fondamentale : « C’est de transformer le pays conquis en une terre de profits. » (Ibidem) A ce but s’ajoute un autre : l’affaiblissement ou l’élimination des multinationales rivales (ou des pays rivaux) en obstruant l’accès aux richesses des pays convoités et aux marchés. Que la guerre soit froide, chaude ou tiède, cela ne change rien aux buts poursuivis. L’accès aux matières premières stratégiques (comme l’uranium et le coltan) et énergétiques (comme le pétrole et le gaz) a alimenté plusieurs guerres (froides, chaudes ou tièdes) à travers l’histoire. Les hommes politiques du Sud prônant les politiques économiques nationalistes en ont payé le prix. Il en va de même « des intellectuels subversifs » ayant découvert, un peu plus tôt que les immenses masses de leurs populations les véritables enjeux de ces guerres. Lumumba en est un. Dans son discours à Ibadan (en 1959), Lumumba soutient ce qui suit : « Notre seule détermination – et nous voudrions que l’on nous comprenne- est d’extirper le colonialisme et l’impérialisme de l’Afrique. Nous avons longtemps souffert et nous voulons respirer l’air de la liberté. Le créateur nous a donné cette portion de la terre qu’est le continent africain ; elle nous appartient et nous en sommes les seuls maîtres. C’est notre droit de faire de ce continent un continent de la justice, du droit et de la paix. » (« Africains, levons-nous. » Discours de Patrice Lumumba, prononcé à Ibadan (Nigeria), 22 mars 1959, Paris, Editions Points, 2010, p.13. Nous soulignons)

Si l’évocation de « la guerre froide » constituait une raison suffisante justifiant l’assassinat de Lumumba, à la chute du mur de Berlin (sa fin officielle) en 1989, l’Afrique et le Congo seraient devenus une terre du droit, de justice et de paix ; les Africains en auraient disposé pour créer des espaces de liberté. Pourtant, notre continent demeure encore, à quelques exceptions près, une vallée de larmes pillée par les transnationales (avec la complicité des réseaux mafieux et des élites compradores).
Plus de cinquante ans après l’assassinat de Lumumba, au Congo, nous faisons la triste expérience selon laquelle le manque de maîtrise sur notre terre rend la pratique de la justice, du droit et de la paix difficile, voire impossible. Le mensonge, la tricherie, la fraude et la violence ont élu domicile chez nous. (Comme en témoignent la publication des résultats de la mascarade électorale du 28, 29 et 30 novembre 2011 et ses conséquences.) L’idolâtrie de l’argent semble remettre aux calendes grecques l’accès à la maîtrise sur notre terre.

Que faire ? Telle est la question que plusieurs d’entre posent souvent face à la mort et à la misère provoquées par « la malédiction des matières premières » dont notre pays. Que faisons-nous déjà ?
Des pas de géant sont effectués dans la mise en récit de la prédation à laquelle notre pays est livré. Dans les rues de plusieurs villes Congolaises et Occidentales, la maîtrise de ce récit devient de plus en plus une réalité. Et l’apprentissage dans ces rues semble beaucoup plus rapide que celui dispensé dans certaines écoles et universités que les compatriotes fréquentent depuis plus de cinquante ans. Ces rues pourraient devenir davantage des lieux où « la création collective » d’un autre destin pour le Congo prend forme et s’affirme. Ces rues qui rassemblent ont réussi à dépasser « les mots et les expressions séparateurs ». Elles ont recrée « un Congo uni » par-delà les appartenances politiques, philosophiques, religieuses, tribales et ethniques. Elles donnent l’impression de répondre à l’un des rêves de notre héros national : « Plus nous serons unis, mieux nous résisterons à l’oppression, à la corruption et aux manœuvres de division auxquelles se livrent les spécialistes de la politique du « diviser pour régner ». » (Ibidem, p.11)
Que faisons-nous déjà ? La rue nous a permis de recréer de nouvelles alliances avec « les ami(es) du Congo », toutes races, tous peuples, toutes cultures et toutes langues confondues. C’est vrai, nous ne luttons pas seuls. Même s’ils sont « minoritaires », nos « ami(es) donnent l’impression de comprendre l’urgence de notre lutte d’autodétermination. Quand ils en ont la possibilité, ils cosignent nos mémos et nos autres textes destinés à nous faire entendre à travers le monde. Au besoin, ils nous indiquent à quelle porte frapper pour que nos démarches avancement suffisamment vite.
Nos minorités organisées et/ou agissantes ont compris qu’elles devraient se donner comme tâches prioritaires la redynamisation de notre communauté dans sa pluralité et l’organisation de sa résistance contre toutes les forces de la mort et du défaitisme pour réinventer un autre Congo. Beaucoup d’autres actions se mènent dans la grande humilité et dans la grande discrétion pour éviter que nos populations soient réduites au statut des masses sans voix.
Combien de temps faudra-t-il pour voir les résultats de toute cette lutte ? Quelques résultats sont déjà palpables : l’union patriotique dans la lutte, la mise en récit de cette lutte et de la guerre de prédation, la constitution du dossier des criminels de guerre et des criminels contre l’humanité opérant dans notre pays, etc. D’autres résultats sont inconnus du grand public. D’autres encore vont suivre.
L’essentiel nous semble être le travail de création des relayeurs entre les différents pays où nous vivons et entre les différentes générations engagées dans cette lutte.
Elle prendra le temps qu’elle prendra. Le temps que nous aurons nous-mêmes à inventer pour récupérer la maîtrise sur notre terre et en faire un espace de liberté, de justice, du droit, de paix et de fraternité.
Extirper le néocolonialisme et l’impérialisme au Congo et en Afrique n’est pas un jeu d’enfant. Pour s’être engagé dans cette lutte, Lumumba a payé de sa vie. Le 1% de « cosmocrates » confisquant l’immense richesse du monde est cynique et disposé à semer la mort à temps et à contretemps contre les 99% des peuples du monde. Les Congolais(es) en font partie.