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samedi août 19, 2017
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Si nos compatriotes n'ont pas lu la pensée critique occidentale, n'allez pas leur demander de lire Patrick Mbeko ou Jean-Pierre Mbelu sur les mêmes questions.

Ils vous parlent de l'unité de l'Afrique comme si le rêve s'était éteint avec Nkrumah et ses amis. Ils ne liront pas ce qui est dit sur Kadhafi à ce sujet. Et Mbeko a tout un livre sur Kadhafi. Si tu leur dit : « Lisez M. COLLON, Libye, Otan et médiamensonges. Manuel de contre-propagande, Bruxelles, Investig'Action, 2011. C'est moins de 200 pages. Ils vous disent qu'ils n'ont pas de temps. » Vous leur dites : « J'ai résumé tout ça dans ''A quand le Congo ?'', avec mon ami Patrick Ifonge. Ils vous disent qu'ils n'ont pas d'argent pour acheter ce livre. » Vous continuez. Vous leur dites. Lisez un article d' Edward S. Herman, ''Produire les Etats ratés''. Ils vous répondent qu'ils n'ont pas le temps. Mais qu'ils sont convaincus que les petits messages dénigrants les Africains et les Congolais sur les réseaux sociaux sont vrais. Dialogue des sourds !

 

Depuis la guerre de l'AFDL et même un peu avant, le Congo-Kinshasa est une prison à ciel ouvert ; un pays où les choses se déroulent à l'envers. Les criminels de guerre, les criminels contre l'humanité, les criminels économiques et autres affairistes menteurs ont constitué ''un conglomérat transnational d'aventuriers'' jetant en prison les voleurs de poules ou des compatriotes insoumis. Ce ''conglomérat d'aventuriers'' ayant vidé les institutions congolaises de toute leur substance s'en sert pour perpétuer sa prédation et sa kleptocratie. Il tue et enterre les paisibles citoyens dans les fausses communes. Il organise le chaos pour assouvir sa soif de tuer et de voler impunément. Créer le chaos ''créateur'' du désordre ne profitant qu'à lui et à ses parrains est son mode opératoire. A notre avis, nous situant dans cette perspective de ''la production des Etats ratés'', passer de la prison de Makala aux quartiers populaires de Kinshasa, c'est à peu près la même chose. C'est passer d'une prison couverte à une autre à ciel ouvert.

 

''La version officielle'' de notre histoire collective de ces deux dernières décennies résiste encore à la correction dans l'imaginaire des ''révolutionnaires des couleurs'' du 17 mai 1997. Cette ''révolution de pacotille'' est abusivement dénommée ''révolution pardon''. L'alliance des ''dinosaures mobutistes'', de ''nouveaux prédateurs'' congolais, rwandais, ougandais, tanzaniens, etc. verrouille l'espace public et pousse les plus naïfs d'entre nous, leurs thuriféraires et leurs clients à pouvoir dénommer l'ordre de la kleptocratie qu'elle préside ''notre jeune démocratie''. Sans blague !

 

 

Quand il arrive à certains amis Rwandais de vouloir nous dissuader de lire certains livres en arguant qu'il ne suffit pas qu'une thèse soit soutenue par un livre pour qu'il soit ''vraie'', ils oublient que certains auteurs de la tragédie des Grands Lacs ont échappé, à raison, à certains procès. Ces amis Rwandais jouent sur l'amnésie dont sont victimes plusieurs compatriotes Congolais. Ils refusent de relire l'histoire avec nous. Et quand ils voient She Okitundu, Lumanu ou Kikaya Bin Karubi au Rwanda pour discuter avec ''leur chef'' avant la publication du ''gouvernement Tshibala'', ils sont étonnés. Ils ne comprennent pas que ''le véritable président du Congo-Kinshasa'', c'est Paul Kagame. L'ex-secrétaire de l'ONU l'avait affirmé une fois par un lapsus linguae révélateur. Et l'une des conditions à laquelle ''le conglomérat d'aventuriers'' au pouvoir-os au Congo-Kinshasa doit répondre est la soumission à ''l'homme fort de Kigali''. Sinon, pas de boulot. Oui. Nous avons notre part de responsabilité dans ce qui arrive au Congo-Kinshasa. Elle est liée à notre lâcheté, à notre paresse intellectuelle, à notre cupidité. Disons à la lâcheté, à la paresse intellectuelle, à la cupidité de plusieurs d'entre nous. Mais aussi à la haine de notre identité.