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dimanche décembre 17, 2017
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Des analyses sur les causes matérielles et historiques de ''la production'' du Congo-Kinshasa comme ''Etat raté'' semblent marquer le pas dans plusieurs milieux congolais. Et le refrain auto-flagellateur revient :  « Les Congolais(es) sont les seuls responsables de tout ce qui leur advient. Ils ne doivent pas chercher de boucs-émissaires. » Cette approche autoflagellante évite d'aborder des questions liées aux paradigmes dominants l'histoire du Congo-Kinshasa avec l'autre. Elle est fondée sur des balivernes. Pour une bonne part. Elle refuse de poser cette question : « Quel est ce Congolais ou cette Congolaise qui a participé à la Conférence de Berlin en 1885 et qui a cautionné la création de son pays comme ''terra nullius'' ? » Cette approche oublie que la Conférence de Berlin a eu une suite décivilisatrice du point de vue de l'exploitation éhontée des Congolais(es) et de leurs terres. Cette conférence a avalisé la hiérarchisation des races, l'inculcation du complexe d'infériorité aux races à soumettre, le déni de l'altérité et la soumission à tout prix des peuples exclus du genre humain. Les efforts déployés par les meilleurs d'entre ces peuples pour leur émancipation politique, leur souveraineté et leur auto-détermination ont été réduits à néant par les pouvoirs décivilisateurs.

Si nos compatriotes n'ont pas lu la pensée critique occidentale, n'allez pas leur demander de lire Patrick Mbeko ou Jean-Pierre Mbelu sur les mêmes questions.

Ils vous parlent de l'unité de l'Afrique comme si le rêve s'était éteint avec Nkrumah et ses amis. Ils ne liront pas ce qui est dit sur Kadhafi à ce sujet. Et Mbeko a tout un livre sur Kadhafi. Si tu leur dit : « Lisez M. COLLON, Libye, Otan et médiamensonges. Manuel de contre-propagande, Bruxelles, Investig'Action, 2011. C'est moins de 200 pages. Ils vous disent qu'ils n'ont pas de temps. » Vous leur dites : « J'ai résumé tout ça dans ''A quand le Congo ?'', avec mon ami Patrick Ifonge. Ils vous disent qu'ils n'ont pas d'argent pour acheter ce livre. » Vous continuez. Vous leur dites. Lisez un article d' Edward S. Herman, ''Produire les Etats ratés''. Ils vous répondent qu'ils n'ont pas le temps. Mais qu'ils sont convaincus que les petits messages dénigrants les Africains et les Congolais sur les réseaux sociaux sont vrais. Dialogue des sourds !

 

Depuis la guerre de l'AFDL et même un peu avant, le Congo-Kinshasa est une prison à ciel ouvert ; un pays où les choses se déroulent à l'envers. Les criminels de guerre, les criminels contre l'humanité, les criminels économiques et autres affairistes menteurs ont constitué ''un conglomérat transnational d'aventuriers'' jetant en prison les voleurs de poules ou des compatriotes insoumis. Ce ''conglomérat d'aventuriers'' ayant vidé les institutions congolaises de toute leur substance s'en sert pour perpétuer sa prédation et sa kleptocratie. Il tue et enterre les paisibles citoyens dans les fausses communes. Il organise le chaos pour assouvir sa soif de tuer et de voler impunément. Créer le chaos ''créateur'' du désordre ne profitant qu'à lui et à ses parrains est son mode opératoire. A notre avis, nous situant dans cette perspective de ''la production des Etats ratés'', passer de la prison de Makala aux quartiers populaires de Kinshasa, c'est à peu près la même chose. C'est passer d'une prison couverte à une autre à ciel ouvert.

 

''La version officielle'' de notre histoire collective de ces deux dernières décennies résiste encore à la correction dans l'imaginaire des ''révolutionnaires des couleurs'' du 17 mai 1997. Cette ''révolution de pacotille'' est abusivement dénommée ''révolution pardon''. L'alliance des ''dinosaures mobutistes'', de ''nouveaux prédateurs'' congolais, rwandais, ougandais, tanzaniens, etc. verrouille l'espace public et pousse les plus naïfs d'entre nous, leurs thuriféraires et leurs clients à pouvoir dénommer l'ordre de la kleptocratie qu'elle préside ''notre jeune démocratie''. Sans blague !