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jeudi avril 26, 2018
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Pourquoi, après l’assassinat de « l’une des  Voix des sans voix congolais », Floribert Chebeya, a-t-on trouvé là où  son corps a été découvert menotté, des préservatifs utilisés, des mèches de cheveux artificiels ainsi que  des ongles artificiels de femmes ? Telle est la question à laquelle cet article voudrait répondre. Notre objectif n’est pas  de nous limiter à une indignation que ce crime de trop produit chez plusieurs de nos compatriotes. Nous voudrions  en saisir, au-delà de cette indignation,  l’une de ses significations profondes.

La crise, du grec crisis qui veut dire jugement, que connaît la République Démocratique du Congo est multiforme. Notre pays souffre depuis tellement longtemps que d’aucuns qualifient l’agonie du Congo comme une malédiction. Le grand malade peut guérir et retrouver la vigueur de ses jambes au cœur de l’Afrique comme un Etat fort, prospère et moteur du continent noir. Mais comme tout souffrant, le Congo mérite un diagnostic sérieux pour que le traitement salvateur qui lui redonnerait de sa superbe. Seule une analyse profonde et sans complaisance est susceptible de le conduire hors du tunnel dans lequel il se fourvoie depuis plusieurs décennies.

Pourquoi ne pas emprunter  au feu Général Molongya, PDG d’Air  Zaïre à l’époque où le concept fut forgé,  la formule « les zaïroiseries »,  juste par dérision, pour rire de nous-mêmes, comme il arrive à chaque peuple d’en faire autant d’ailleurs ?

L’auteur de l’article était témoin oculaire des événements s’étant déroulés au lendemain de l’entrée des soldats angolais de FAPLA à Matadi en septembre 1998.

Matadi,  le chef lieu de la province du Bas-Congo est situé à environ 350 km à l’Ouest de Kinshasa et  est une petite ville qui compte une population estimée à 286.000 âmes. Tout est compris  dans ce nom : Matadi. Traduit du Kikongo, la langue locale,   il signifie «  pierre » et décrit  mieux  l’aspect de la ville bâtie sur la pierre.  Ajoutez à cela son relief escarpé  (des hautes collines suivies des fortes pentes) et  vous comprendrez pourquoi ici, où que vous vous rendiez à pieds vous aurez inévitablement à conjuguer les trois verbes « obligatoires » aux matadiens : monter, descendre et transpirer (la conséquence logique). Le soleil ardent du jour cède la place aux températures élevées la nuit venue puisque les murs et le sol laissent dégager la chaleur absorbée durant la journée. En observant cette ville si particulière, vous ne pouvez qu’être frappé d’admiration pour ses pionniers, lesquels, en vaillants travailleurs,  se sont sans doute servis d’explosifs pour casser ces pierres gigantesques soit  pour tracer des voies de communications soit  en vue simplement  de construire des habitations. Prendre un bain les après-midi est souvent un défi à relever,  la plupart de canalisations d’eau étant à découvert plutôt que souterraines à cause de la difficulté de creuser dans le sol ou gisent des pierres,  l’eau  qui sort du robinet semble bouillie sur le feu ! Les autochtones sont particulièrement fiers de certaines infrastructures d’envergure dont ils sont héritiers : le Port maritime de Matadi et le Pont Marechal. D’ailleurs,  il n’est pas rare d’entendre les autochtones parler du Port na beto, notre Port en Kikongo.