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lundi septembre 24, 2018
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Sur papier, Wau, chef-lieu de l’Etat de Bahr-El-Ghazal de l’Ouest, est la deuxième ville du pays, après Juba, la capitale de l’Etat autonome du Sud-Soudan. Mais en réalité, elle n’est qu’une bourgade qui rappelle au visiteur que je suis la commune de Kisenso, à Kinshasa. C’est tout dire. La première impression  qui vous frappe c’est comme si le temps s’était arrêté depuis le début du siècle dernier sur Wau : à l’image du reste du pays – à l’exception de Juba qui est devenu un véritable chantier -  pas d’infrastructure majeure ici: à part les six ou huit kilomètres du tronçon asphalté allant de Wau Airport à la résidence locale du Président, toutes les routes sont en terre battue et poussiéreuses en cette saison sèche qui s’abat sur la région. A défaut de voitures taxis, ce sont des tricycles qui vous amèneront clopin-clopant sur des routes cabossées. Les marchandises se portent encore à dos d’ânes ou sont trainées par des chevaux, tristes conséquences de la plus longue guerre civile d’Afrique et d’une injuste répartition des revenues du pays. "Même le Congo en 1960 n’était pas ainsi. Il y avait au moins ici et là quelques bâtiments publics, des hôpitaux, des usines, etc. Mais ici, rien de rien", se plaint Alidor M., 40 ans, un émigré congolais.

Alors qu’une large frange du peuple congolais n’en finit pas de s’épuiser dans la débrouillardise avec, encore trop souvent, la privation pour seul horizon, la garde rapprochée du président de la RDC surgit avec un projet de changement du mode de scrutin, dans la perspective de la présidentielle de novembre prochain.

Est-il normal d’être à la fois un « scandale géologique », et pourtant figurer parmi les pays les plus pauvres du monde ? Comment expliquer cette incurie qui a élu domicile chez-nous au point de devenir congénitale ? Est-il correct que les compagnies industrielles  et armées étrangères se baladent  au Congo comme en terre conquise de façon systématique ?  Des têtes pensantes congolaises (politiciens, journalistes, professeurs d’université, analystes et étudiants) ont refusé de courber l’échine devant pareille fatalité. Leur but : comprendre le paradoxe, expliquer ce mélodrame sans fin qui se déroule en RDC alors que, tels des badauds, le rôle nous assigné est d’être spectateurs de notre propre destin. Leur hypothèse  pour comprendre cet inexplicable ? « Ce sont les puissances occultes étrangères qui sont à la base de notre descente aux enfers ». C’est la  « thèse du complot ». Sans être polémiste ni iconoclaste, j’examine avec humilité mais de lucidité aussi, le bienfondé de cette théorie si répandue.

Après  avoir lu Pierre Péan (Carnages. Les guerres secrètes des grandes puissances en Afrique, Paris, Fayard, 2010, 562 p.), il serait intéressant de lire Charles Onana (Menaces sur le Soudan et révélations sur le procureur Ocampo. Al-Bashir et Darfour. La contre-enquête, Paris, Duboiris, 2010, 477 p.) Ces deux livres permettent de progresser dans l’approfondissement  de la compréhension des menaces pesant sur certains pays africains en particulier et sur tout le continent africain en général. En lisant ces deux livres, il se dégage une évidence : un certain nombre de pays occidentaux travaillent à la déstabilisation de l’Afrique de manière permanente et cela depuis très longtemps. Ces pays se présentant eux-mêmes comme de grandes démocraties pratiquent depuis toujours un double discours : l’officiel et l’officieux. Ce dernier étant plus efficace que le premier. Quand ils parlent  de démocratie et de droits de l’homme, ils se situent au niveau du discours officiel servi aux plus naïfs d’entre nous. Officieusement, ils sont au service de la ploutocratie ; et ils soutiennent que la politique n’est ni morale, ni éthique. D’où ils peuvent tuer par eux-mêmes  ou par leurs nègres de service interposés ; sans aucun remord. Ils n’ont aucun respect de la vie et de la souveraineté des peuples ne partageant pas leur vision a-morale et a-éthique de la politique. Relisons rapidement le dernier livre de Charles Onana à travers quelques questions.