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samedi juin 23, 2018
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L’auteur de l’article était témoin oculaire des événements s’étant déroulés au lendemain de l’entrée des soldats angolais de FAPLA à Matadi en septembre 1998.

Matadi,  le chef lieu de la province du Bas-Congo est situé à environ 350 km à l’Ouest de Kinshasa et  est une petite ville qui compte une population estimée à 286.000 âmes. Tout est compris  dans ce nom : Matadi. Traduit du Kikongo, la langue locale,   il signifie «  pierre » et décrit  mieux  l’aspect de la ville bâtie sur la pierre.  Ajoutez à cela son relief escarpé  (des hautes collines suivies des fortes pentes) et  vous comprendrez pourquoi ici, où que vous vous rendiez à pieds vous aurez inévitablement à conjuguer les trois verbes « obligatoires » aux matadiens : monter, descendre et transpirer (la conséquence logique). Le soleil ardent du jour cède la place aux températures élevées la nuit venue puisque les murs et le sol laissent dégager la chaleur absorbée durant la journée. En observant cette ville si particulière, vous ne pouvez qu’être frappé d’admiration pour ses pionniers, lesquels, en vaillants travailleurs,  se sont sans doute servis d’explosifs pour casser ces pierres gigantesques soit  pour tracer des voies de communications soit  en vue simplement  de construire des habitations. Prendre un bain les après-midi est souvent un défi à relever,  la plupart de canalisations d’eau étant à découvert plutôt que souterraines à cause de la difficulté de creuser dans le sol ou gisent des pierres,  l’eau  qui sort du robinet semble bouillie sur le feu ! Les autochtones sont particulièrement fiers de certaines infrastructures d’envergure dont ils sont héritiers : le Port maritime de Matadi et le Pont Marechal. D’ailleurs,  il n’est pas rare d’entendre les autochtones parler du Port na beto, notre Port en Kikongo.

Aux dires de certains acteurs politiques Congolais opérant au pays, la RD Congo compte plus ou moins 300 partis politiques. C’est un secret de polichinelle : plusieurs de ces partis sont alimentaires et/ ou électoralistes.

Si, dans les pays dits de « vieille démocratie », les partis politiques bénéficient du financement de l’Etat au moment des élections par exemple, chez nous, plusieurs de ces partis se débrouillent par eux-mêmes. Et à un certain moment, ils posent, presque tous, la question des moyens. Et cette question est réduite à celle de la mobilisation des moyens matériels. Or, à analyser de plus près, la misère dans laquelle notre pays est plongée, plusieurs analystes s’accordent à dire qu’elle est anthropologique. C’est-à-dire qu’elle est à la fois économique (matérielle), politique, socio-culturelle et spirituelle. Que plusieurs partis politiques congolais se limitent, souvent, si pas toujours, à la quête des moyens matériels, cela pose quand même un tas de problèmes.

Qui arrêtera le cartel du crime qui sévit aujourd’hui à Kigali ? Qui mettra un terme au calvaire sanglant des Tutsi, des Hutu et des Congolais ? Qui rendra justice aux Français, aux Espagnols et aux Canadiens tombés sous les missiles et les balles des tueurs qui ont pris, par la force, le pouvoir en 1994 au Rwanda ?

 

Pour l’instant, le silence règne. Peut-être aussi un certain malaise ! Face à l’escalade meurtrière du pouvoir rwandais, face aux fuites en cascade de militaires et de diplomates rwandais à l’étranger, face aux multiples persécutions d’opposants politiques, face aux arrestations arbitraires de citoyens rwandais dans leurs pays comme à l’étranger, les puissances occidentales qui soutiennent le régime de Kigali font profil bas. Pourtant, la vie de nombreux Rwandais est, à l’intérieur comme l’extérieur, plus que jamais menacée. Peu importe qu’ils soient Hutu ou Tutsi. Depuis l’époque des partis uniques, l’Afrique n’a pas connu une dictature aussi féroce et un pouvoir aussi cruel. Une situation intenable et forcément insupportable pour toutes les victimes de la tragédie de 1994 au Rwanda.

I. L’expansion du capitalisme du désastre[1], ce système du tout marché privilégiant la production des biens et des services à moindre coût et le profit à tout prix et prospérant là où la mort et ses dégâts collatéraux sont semés. Souvent, si pas toujours, plusieurs hommes et femmes politiques du Nord et du Sud, de l’Est et de l’Ouest de notre monde sont « les missionnaires » de cette nouvelle religion. Comment procèdent-ils pour que triomphe le capitalisme du désastre chez nous? Ils ont deux armes : la guerre (froide, tiède, chaude) et l’entretien de la dette extérieure de notre pays.

Explicitons  un peu. Des travaux forcés et des mains coupés de la période léopoldienne et coloniale en passant  par la dictature de Mobutu, la guerre des aventuriers de l’AFDL, du RCD et du CNDP instrumentalisés par Museveni, Kagame[2], Kabila Joseph et leurs parrains occidentaux (et leurs trans et multinationales[3]),  deux constantes se dégagent : le sang des Congolais versé et l’entretien de la dette extérieure. Le capitalisme du désastre orchestre les guerres comme moyen d’accès aux matières premières stratégiques[4]. Il instrumentalise les médias et les institutions dites démocratiques à son profit. Il triomphe là où triomphe la cupidité[5] (la mangeoire) comme signe visible d’un individualisme et d’un matérialisme exacerbés. Son triomphe détruit la confiance entre les gouvernants et les gouvernés et promeut les ploutocrates. (Les différents rapports des « Commissions parlementaires » du Congo sont éloquents à ce sujet. La Commission Lutundula mérite d’être citée même si toutes les conséquences n’ont pas été tirés du travail qu’il a abattu.)