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lundi septembre 24, 2018
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Un jeu de dominos

Pour comprendre le génocide congolais qui, depuis 1994, a fait près de 7 millions de morts, il faut remonter au renversement du président ougandais Milton Obote en janvier 1986. Yoweri Museveni, un Hema, appuyé par les Etats-Unis d’Amérique, s’adjoint les services des jeunes tutsis rwandais, réfugiés en Ouganda depuis que la monarchie de la minorité tutsie est tombée à l’avènement de la république en 1959. Ces derniers rêvent de reconquérir le pouvoir perdu au Rwanda. Mais en attendant, ils occupent des hautes fonctions dans l’appareil de l’Etat ougandais, ce qui n’est pas du goût de bon nombre d’autochtones. Craignant une révolte populaire, le nouveau pouvoir ougandais va s’employer à aider ces jeunes tutsis à entreprendre une guerre contre le pouvoir de Juvénal Habyarimana au Rwanda. Les Etats-Unis d’Amérique, qui rêvent de mettre la main sur les fabuleuses richesses de la République Démocratique du Congo et étendre leur influence dans la région, vont faire d’une pierre deux coups. Rappelons que les bombes américaines lancées sur Hiroshima et Nagasaki en 1945 ont été fabriquées avec de l’uranium congolais.

Pourquoi, après l’assassinat de « l’une des  Voix des sans voix congolais », Floribert Chebeya, a-t-on trouvé là où  son corps a été découvert menotté, des préservatifs utilisés, des mèches de cheveux artificiels ainsi que  des ongles artificiels de femmes ? Telle est la question à laquelle cet article voudrait répondre. Notre objectif n’est pas  de nous limiter à une indignation que ce crime de trop produit chez plusieurs de nos compatriotes. Nous voudrions  en saisir, au-delà de cette indignation,  l’une de ses significations profondes.

La crise, du grec crisis qui veut dire jugement, que connaît la République Démocratique du Congo est multiforme. Notre pays souffre depuis tellement longtemps que d’aucuns qualifient l’agonie du Congo comme une malédiction. Le grand malade peut guérir et retrouver la vigueur de ses jambes au cœur de l’Afrique comme un Etat fort, prospère et moteur du continent noir. Mais comme tout souffrant, le Congo mérite un diagnostic sérieux pour que le traitement salvateur qui lui redonnerait de sa superbe. Seule une analyse profonde et sans complaisance est susceptible de le conduire hors du tunnel dans lequel il se fourvoie depuis plusieurs décennies.

Pourquoi ne pas emprunter  au feu Général Molongya, PDG d’Air  Zaïre à l’époque où le concept fut forgé,  la formule « les zaïroiseries »,  juste par dérision, pour rire de nous-mêmes, comme il arrive à chaque peuple d’en faire autant d’ailleurs ?