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mardi décembre 11, 2018
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Quand Eva Joly a mené ses enquêtes sur l’affaire Elf dans les années 90, elle a été  placée face  à la corruption des élites, aux méthodes et aux pratiques qui l’ont aidée à désapprendre. Elle finit par confesser ceci : «  La France m’a dégrisée, dévoilé l’envers du décor. L’instruction fit mon instruction ». Sa foi dans la grandeur et la noblesse des institutions de son pays a vacillé. La première partie du documentaire ‘Françafrique’ vient enfoncer le clou. Elle met davantage à nu l’existence des institutions secrètes  parallèles aux institutions démocratiques et l’interconnexion entre les élites françaises et les despotes africains. Cette découverte pose la question de la pertinence de la lutte pour la démocratie dans un contexte miné, vicié où les intérêts des ploutocrates instrumentalisent « la démocratie ». Faut-il, dans ce contexte de démocratie piégée, rêver d’une Afrique débarrassée de la ‘Françafrique’ et de l’impérialisme intelligent ? A quel prix ? Ce contexte nous permet-il de désapprendre ?

Un survivant

Si les propos de M. Nsinga Odjwu pouvaient se vérifier, il aurait disparu de la scène politique depuis l'effondrement du régime Mobutu. A moins que, à force de reniements, il ait réussi – lui aussi - à s'introduire dans l'entourage des dirigeants congolais actuels. Les mobutistes, cela n'est un secret pour personne, sont incapables de faire de l'opposition politique, champions toutes catégories qu'ils sont de grands écarts idéologiques. L'essentiel est qu'ils se rapprochent du pouvoir . Et de son corollaire: la mangeoire.

 

La croyance naïve en une démocratie qui soit un pouvoir du peuple par le peuple pour le peuple a tenu la plupart d’entre nous en marge des coulisses de la démocratie capitaliste.

« Fanatiques des  élections », plusieurs d’entre nous questionnent rarement les intérêts politiques, économiques et géostratégiques que couvrent les fondations et les organismes occidentaux spécialistes dans « la lutte contre l’impunité » et dans « la promotion de la démocratie » qui envahissent les pays du Sud. Que valent les principes démocratiques dans un pays sous tutelle des ONG et d’autres fondations financées par les spéculateurs financiers occidentaux ? Où se jouent finalement les élections dans ce genre de pays ? Dans les urnes ? La lecture du dernier livre de Charles Onana (Menaces sur le Soudan et révélations sur le procureur Ocampo. Al-Bashir et Darfour. La contre-enquête, Paris, Duboiris, 2010, 475 p.) crée des doutes autours de certaines réponses faciles données jusque-là à ces questions. Il invite à repenser les politiques locales africaines, le panafricanisme, la justice internationale, etc. Il incite à rompre avec l’analphabétisme politique.

 

La lecture de certains textes contemporains met à nu ce que les Etats  prédateurs croient être secret dans les guerres qu’ils mènent en Afrique. Une lecture croisée de ces textes révèle que « les guerres secrètes  des grandes puissances » poursuivent un objectif précis : avoir accès aux ressources naturelles et minières afin de mieux dominer le monde. Une lecture croisée et régulière de certains auteurs intéressés par ces guerres conduit à en approfondir le monde d’emploi et les questions de souveraineté qu’elles posent et celles du renversement des rapports de force. Tel est, entre autres, le cas du dernier livre de Pierre Péan.