Tribune Libre
mercredi octobre 23, 2019
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Il y a plus d’un an déjà j’ai fait le pari des Concertations Nationales. Je ne suis pas un naïf. Mais je me disais que s’il y avait une chance que l’on en sorte avec une doctrine économique acceptée par toute l’élite congolaise, ce serait un pas important pour le pays. Il s’agissait pour moi de proposer une alternative à la République Démocratique du Congo et de sortir du principe éculé du « Ote toi de là que je m’y mette ». J’ai co-dirigé la Commission économique et financière dans ce sens. Le résultat n’était pas parfait, mais il allait dans le bon sens. Nous nous y étions mis d’accord pour que dorénavant les choses se fassent autrement.  La difficulté principale était encore à venir ; la mise en œuvre.

Un an plus tard, un ministre peut manquer de sens de l’Etat au point d’aller en mission au lieu de venir répondre devant le Parlement alors que les députés, informés par la lettre N/Ref : RDC/AN/CP/AM/CM/10/1479/2014 du 15 Octobre 2014 de leur président, ont travaillé pour préparé leurs interventions au débat, alors, je considère qu’on a manqué de Respect à une Institution dont la mission de Contrôle est essentielle pour la bonne marche de notre pays et son émergence.

Puisque l’on prive les députés de tribune et que l’on dénie au peuple congolais son droit de savoir, j’ai décidé de publier mon discours destiné à la plénière, tel quel, pour apporter ma contribution au débat public et pour que nul n’en ignore.

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Honorable Président de l’Assemblée Nationale, Honorables Membres du Bureau, Honorables Députés, Chers Collègues, Excellence, Monsieur le Ministre Délégué aux Finances,

D’entrée de jeu, je voudrais qu’une chose soit bien claire : nous n’avons pas déposé une motion de défiance contre Monsieur le Ministre Kitebi parce qu’on a volé 300.000,- dollars à l’opposition. La motion qui nous occupe a été déposée parce que nous nous trouvons devant un cas établi, avéré, de détournements de fonds publics.

Honorable Président, Honorables Députés, Chers Collègues,

J’interviens aujourd’hui parce que ce détournement de fonds est la pointe de l’iceberg. Il est symptomatique de la manière dont sont gérées les finances publiques dans notre pays.

Chaque jour les Congolais regardent la RTNC. Chaque jour la propagande d’Etat nous annonce que nous vivons une époque bénie : « le plus grand budget jamais établi », « les plus grandes réserves de change », « les plus beaux projets financés sur fonds propres ». Ca n’arrête pas. Chaque jour les propagandistes d’Etat nous disent « dormez bien bonnes gens, on s’occupe de vous comme jamais on ne s’est occupé de vous. Dites merci et préparez-vous à voter encore pour nous ».

Et pourtant, chaque jour les Congolais se demandent : « Comment se fait-il que les travaux de la route de by-pass ont été commencés depuis 2 ans mais ne se terminent pas ? », « Comment se fait-il qu’il a fallu 4 ans pour mettre en service l’hôpital du Cinquantenaire mais qu’il est si cher ? », « Comment se fait-il que la gratuité de l’enseignement a été décrétée mais que je continue à payer les frais scolaires de mes enfants ? », « Comment se fait-il qu’on a des fonds propres pour tout, mais pas 3 millions pour Ebola ? ».Comment se fait-il, comment se fait-il comment se fait-il… ?

Chers collègues, Chers compatriotes, l’affaire qui nous occupe donne l’explication.

Toutes ces insuffisances dans la fourniture de services prioritaires et de base, arrivent parce que, entre l’annonce des projets et leur exécution, l’argent est détourné. En lingala facile on appelle ça « ko fonder rubrique ».

Tout le monde sait que ce cancer gangrène notre Etat. D’ailleurs, en mars 2010, le gouvernement a publié un excellent document : le Plan Stratégique de Réforme des Finances Publiques (PSRFP).

Il est écrit dans ce document, p. 13, je cite : « (…) la gestion des finances publiques est encore marquée par d’importantes faiblesses. (…), (…)(i) le budget s’écarte souvent des priorités de la stratégie de développement, (ii) la crédibilité du budget est limitée par les écarts entre l’exécution et les autorisations budgétaires; ce qui laisse de nombreux services de l’administration sans les ressources budgétisées alors que, à l’inverse, certaines entités bénéficient de fortes sur-exécutions, (iii) la transparence budgétaire est affectée par l’importance des dépenses hors budget, …» Ou encore, p. 6 : « La stratégie de refondation des finances publiques adoptée par le Gouvernement puis le programme de réforme (…) s’étalera sur une période de cinq à sept ans. » Fin de citation.

 

En mars 2010, M. Matata Ponyo était Ministre des Finances, M. Daniel Mukoko était Dircaba du Premier Ministre, Chargé des questions économiques, M. Patrice Kitebi était Conseiller du Ministre des Finances.

 

Honorable Président, Monsieur le Ministre,

Cinq ans après, alors que leur réforme devrait être achevée… on détourne encore 300.000,- USD. Et de manière grossière.

Cinq ans après la publication de ce document essentiel, la réforme des finances publiques, conçue, programmée et mise en œuvre par nos ministres n’a pas aboutie. Et pourtant ils avaient donné eux-mêmes les délais. Et pourtant ils ne cessent de nous dire chaque lundi : « tout va bien, le cadre macro-économique est stable, la croissance est élevée ». Surdoués, ils réussissent tout… On voit de quelle manière !

Honorable Président, Chers Collègues,

Sur le fonds de l’affaire. En l’absence d’un arrêté ministériel de Transfert de Crédit, toute consommation de crédit hors de la ligne budgétaire autorisée par le parlement constitue un détournement. Ici c’est d’autant plus grave qu’à ce jour, nul ne sait qui a engagé cette dépense. Nous sommes dans un cas patent de débit irrégulier, illégal du compte du Trésor.

Honorable Président, Monsieur le Ministre,

Dans un cas comme celui-ci, parler d’erreur technique, d’omission involontaire, de mauvaise imputation, bref, épuiser tout le lexique des technocrates, est une aberration. La vérité de mon point de vue est que ; il ne peut y avoir que 2 responsables, si tant est que ce mot veuille encore dire quelque chose : le Ministre des finances ou le Ministre du Budget. Tournez cette question comme vous voulez, mais l’un de ces 2 serviteurs de l’Etat est responsable de détournement de fonds. L’une de ces 2 Excellences doit sauter. Car, soit ils savaient, et c’est grave, soit ils ne savaient pas, et c’est pire !

Par ailleurs, si le titre que porte Son Excellence Patrice KITEBI Kibol-bol est exact, Ministre, délégué aux Finances, le 1er Ministre MATATA, lui, EST le ministre titulaire des finances. A vrai dire, tout le pays sait qu’en réalité c’est lui qui est l’Ordonnateur Principal.

Dès lors, pour conclure je dirais ce qui suit :

Honorable Président de l’Assemblée Nationale, Honorables Membres du Bureau, Honorables Députés, Chers Collègues, Excellence, Monsieur le Ministre Délégué aux Finances,

Au nom de la Vérité et de la Justice, dès la clôture du vote de la motion de censure, l’Assemblée Nationale devrait instituer une commission d’enquête chargée de débusquer tous les détournements de fonds publics.  

Au nom de la Vérité et de la Justice, Son Excellence Monsieur Matata Ponyo devrait faire preuve de courage et assumer les devoirs de sa charge, même si il refuse d’en porter le titre, il est Ministre des Finances. Qu’il démissionne.

Au nom de la Vérité et de la Justice, le Procureur Général de la République aurait déjà dû se saisir. Dans le cas de l’Honorable Jean-Bertrand EWANGA, la rumeur publique a suffi pour qu’une arrestation ait lieu et qu’un procès soit organisé. Dans le cas qui nous réunit aujourd’hui, une institution de la République, la Cour des Comptes, s’est prononcée. Elle a décrit le détournement. Et pourtant, pas un bruit, pas un mouvement du côté du bureau du PGR. Si ici on ne poursuit pas, si on ne condamne pas, alors il faut libérer Ewanga et tous les autres. Parce que sinon ça s’appelle « Deux poids, deux mesures ».

Au nom de la Vérité et de la Justice, Honorables Députés de la Majorité, Chers Collègues,  Vous devez voter pour la déchéance du Ministre délégué. Faites-en un fusible. Protégez-vous. Prétendez que lui et ses collègues les technocrates, vous ont menti depuis tout ce temps. Si vous ne faites pas ça, si vous votez pour son maintien, vous enverrez au peuple congolais un message clair : vous êtes au courant de tout et vous êtes d’accord. Tant pis si les Congolais n’ont ni les routes qu’il faut, ni les hôpitaux qu’il faut, ni les écoles qu’il faut. Vous soutenez et vous soutiendrez toujours !  Fort bien. En 2016 le peuple fera les comptes et vous présentera l’addition.

Enfin, Excellence, Monsieur Patrice KITEBI Kibol-Bol, Monsieur le Ministre-Délégué aux Finances,

Au nom de la vérité et de la Justice, vous auriez déjà du démissionner. De vous-même. Votre présence ici indique au fond le mépris que vous entretenez à l’égard du peuple congolais et le fait que vous mettez votre intérêt au-dessus de l’intérêt de votre famille politique. Vous devenez ce que les américains appellent, un fardeau, un handicap politique. Faites-vous Hara-Kiri. Il y a de la grandeur dans un tel geste. On le sait depuis les temps immémoriaux.

Je vous remercie.

 

Gilbert KIAKWAMA kia KIZIKI

Député CDC de la Circonscription de Mbanza-Ngungu