Tribune Libre
dimanche décembre 17, 2017
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« Comment devenir les maitres du moment ? En centralisant l’ordre et le pouvoir autour d’une minorité et en semant le désordre dans le peuple, ramené au niveau de pantins paniqués. La méthode ? L’ingenierie social : infiltration des esprits, analyse de nos moindres faits et gestes, contrôle des comportements à distance, marketing de l’intime et autres réjouissances qui font de nous de bons consommateurs. » Comité invisible

 

 

 

Depuis l’arrivée du conglomérat d’aventuriers Kabilistes, après la chute du régime dictatorial de Mobutu, la RD Congo est dirigé par de la petite élite de pacotille qui s’impose par défis en pondant des lois médiocres et le revendiquant sans scrupule. En effet, pour maintenir leur leader Joseph Kabila au pouvoir, ces trublions politiques ont plusieurs fois changé la Constitution notamment en son article 72 stipulant que le candidat président de la République doit être âgé de 30 ans au moins (en 2005) et celui 220 en ce qui concerne la disposition ramenant l’élection présidentielle en un tour (modification faite en Mai 2011). Le même article 220 verrouillé sur la limitation du mandat de deux ans a failli être modifié n’eut été le forcing populaire car le peuple est en train de réaliser que le présent est sans issue et que le futur n’a plus d’avenir aussi longtemps que ce régime branquignole restera au pouvoir.    

 

En fait, la déception populaire est plus profonde que ne le réalise l’élite congolaise car la sphère de la représentation politique semble complètement vide. Au pouvoir comme dans l’opposition, c’est le même néant qui prend des airs de responsables, les mêmes têtes de gondoles  qui échangent leurs discours selon les dernières trouvailles des techniques de communication pour convaincre les populations du bien-fondé des hypothétiques élections. Ceux des citoyens qui acceptent encore de voter donnent l’impression de n’avoir plus d’autres choix que de faire sauter les urnes à force de voter en pure formalité. On pense même que c’est en fait contre le vote lui-même que l’on continue de voter tant les résultats sont faussés d’avance. Rien de ce qui se présente n’est, de loin, à la hauteur de la situation qui prévaut en RD Congo malgré l’implication, souvent bien intéressée, de la communauté internationale. Dans son silence, la population me parait plus consciente que tous ces pantins qui se chamaillent pour vouloir la gouverner. Le couvercle de la marmite sociale est en train de se refermer à triple cran tandis que la pression ne cesse de monter. Certains proches du régime actuel ont réalisé ce danger depuis les événements de fin janvier. Ils viennent de mettre au point une nouvelle stratégie basée sur le contrôle social avec comme principe : le chaos doit devenir l’instrument de l’ordre.   

 

 

La stratégie du choc et de divertissement

 

On peut tout reprocher au Président Kabila concernant ses insuffisances mais un fait est certain : il a su manipuler l’élite politique congolaise en le déconnectant des réalités du pays. Connaissant parfaitement le phénotype de cette élite corvéable à souhait face à l’argent, il a imprimé dans le subconscient de l’homme politique congolais (majorité et opposition) le bréviaire du courtisan permettant de savoir ramper, de démontrer le degré de servilité, de connaitre les reparties, dérobades, feintes ou réponses imparables à toutes les questions et à toutes les situations qui pourraient faire vaciller l’honneur de son Excellence Le Raïs 1er. Le débauchage des opposants est devenu son jeu préféré tandis que les rebiffeurs se voient menottés un à un pour des séances de rééducation dans la prison de Makala afin de mieux s’imprégner des préceptes du bréviaire. Méchants et ingrats, excellents en basses intrigues et trafics illicites, experts en grandes noirceurs, effrontés à faire peur étant pris sur le fait, désirant tout, enviant tout et laissant derrière eux des dépouilles, voila comment Kabila et ses compères ont transformé ce pays en un vaste casino où ses proches agissent comme des croupiers et l’argent de l’Etat comme facteur d’avilissement du peuple congolais.  

 

Ainsi plus de dix ans se sont écoulés et sa Majesté Le Raïs 1er a remodelé la configuration sociopolitique avec d’une part la majorité présidentielle encenseuse qui ressemble aux crapauds-buffles qui mangent leur ancienne peau contenant des protéines afin de réapparaitre tout neuf au service du chef. Et d’autre part un amalgame indigeste composé d’une opposition éraillée (républicaine, démocrate, libérale, chrétienne, tribalo-ethniciste, pro-dialogue, anti-dialogue, pro-facilitateur occidental, pro-facilitateur congolais, forces acquises au changement, forces acquises au statu quo, forces acquises au retour du colon, G14, MPP, etc.…), d’une société civile écartelée par des intérêts partisans entre l’originale et la nouvelle et finalement les fameux combattants de la diaspora (une originalité tristement congolaise) : une bande de cloches constituée en tribus de rats d’égouts prêts à dévorer sans réfléchir tout ce qui ressemblerait au Kabilisme. En face de ce décor pitoyable, on retrouve ce peuple congolais qui a perdu confiance en son élite et qui rêve du retour du généreux Monsieur Tintin. En fait, le régime Kabila, dans sa cruauté, s’est inspiré de la parabole des petits pois pour gérer la population. Il considère les congolais comme ces légumes ronds, verts, petits, de même saveur pressés en boite et qui se ressemblent les uns aux autres à l’identique. Evidemment avec ce descriptif, il est facile de gérer ces désespérés en leur offrant un peu de bouillie et beaucoup de divertissements (musique, football, théâtre, inauguration des routes et aéroports, etc.…) et à la clé, une exigence du culte du chef : ce qui constitue une aliénation identitaire et un recul de la démocratie.   

 

Cette stratégie de choc connue sous le nom de "hacking social" a comme mode opératoire la production intentionnelle de chocs régressifs, sous la forme de crise économique planifiée et/ou de traumatismes émotionnels méthodiques, afin d’anéantir les structures données jusqu'à une table rase permettant d’en implanter de nouvelles au service du concepteur (cfr. Comité invisible). Les guerres récurrentes, la misère qui a déstructuré les familles entières,  les viols des femmes à répétition, le traumatisme provoqué par la police politique d’un régime féroce et l’absence d’une justice équitable sont autant de manœuvres de refondation par la destruction, qui visent le plus souvent à centraliser d’avantage un système pour en simplifier le pilotage. Le découpage du pays en 26 provinces sans aucune préparation, les hésitations et autres magouilles de la CENI pour des  élections hypothétiques sont la 1ère étape de la création du problème, de la crise appelée également la démolition contrôlée. La 2ème étape va consister à doser avec précaution les troubles provoquées car une panique totale risquerait de faire échapper le système au contrôle des stratèges kabilistes. Enfin, dans  la 3ème étape, Kabila va se présenter comme l’élément stabilisateur, l’ultime solution à une situation qu’il aura lui-même fomentée. Les populations congolaises le considéreront comme le Messie et il pourra rempiler pour autant de mandats qu’il voudra. Et l’on reprendra avec toute cette gabegie devenue le reflet de notre décadence commune. 

 

Une bonne gestion de risques pour stopper la folie Kabiliste  

Le système Kabiliste est parvenu à réduire des populations entières à un ensemble d’objets grâce à la manipulation des leaders politiques et/ou tribaux facilement corruptibles. C’est l’occasion ou jamais d’unir les efforts en vue de mettre au point une stratégie de défense populaire pertinente qui suppose de bien identifier, connaitre son ennemi pour en découvrir les points forts, à contourner, et les points de vulnérabilité, à attaquer. La jeunesse congolaise, celle qui n’a connu que la misère du despote Mobutu et dont l’avenir est en train d’être noirci par le noueur d’intrigues Kabila, cette jeunesse là doit se sentir concernée au premier plan et s’organiser pour se libérer de la peur en vue d’une révolte généralisée contre ce régime avilissant.  L’écrivain irlandais Oscar Wilde avait écrit ceci : "La désobéissance, pour quiconque s’intéresse à l’histoire, est la vertu originelle de l’homme. C’est par la désobéissance qu’est arrivé le progrès, par la désobéissance et la révolte." 

 

Dernièrement j’ai relu pour la troisième fois le livre coécrit par Steve Crawshaw et John Jackson, préfacé par Vaclav Havel (l’illustre président-philosophe tchèque) et dont le titre est : "Petits actes de rébellion. Ces instants de bravoure qui ont changé le monde." Le président Vaclav Havel avait eu des mots justes en préfaçant ce livre de chevet : "En 1978, j’ai écrit un essai dans lequel je soulignais combien le <pouvoir des sans-pouvoirs> était inexploité. Imaginez, écrivais-je alors, les inestimables bénéfices que l’on pourrait tirer –même dans un contexte de régime ultra-autoritaire – si chacun de nous décidait d’affronter les mensonges qui nous encerclent et faisait le choix personnel de vivre dans la vérité. […]  En novembre 1989, la révolution de velours, comme on l’a baptisée, a vu Tchèques et Slovaques défier la violence d’Etat pour veiller au prompt renversement d’un bastion de mensonges qu’on disait imprenable. […] Aujourd’hui, des millions d’individus de par le monde vivent dans des circonstances qui paraissent ne jamais devoir changer. Mais ils ne doivent pas oublier que les soulèvements qui ont eu lieu partout en Europe de l’Est en 1989 sont le résultat de toute une série d’actes individuels accomplis par des gens ordinaires et qui, mis bout à bout, ont rendu le changement inévitable. […] Au cours de ma vie, j’ai été témoin à maintes reprises de ces <petits actes> et de leurs retombées, incomparablement plus grands que ce que quiconque aurait pu prédire à l’époque. De telles rebellions ne portent pas seulement sur le présent et le passé. Je crois fermement qu’elles nous parlent aussi d’avenir. " 

 

A chaque lecture de ce livre, je suis émotionné de voir comme des hommes et des femmes ont refusé d’être réduits au silence en démontrant qu’il était possible de faire tomber des dictateurs, de changer des lois injustes ou de simplement redonner un peu d’humanité à d’autres, envers et contre ceux qui voulaient les en priver.  Leurs actes rappellent avec force qu’un esprit rebelle est capable de faire vaciller l’inébranlable, de faire changer l’immuable. Le mouvement Solidarnosc dirigé par Lech Wałęsa contre les dirigeants de la Pologne en 1981, l’opposition birmane menée par Aung San Suu Kyi et les moines bouddhistes (la révolution de safran en 2007) contre la junte militaire, aux philippines avec Cory Aquino (la veuve de Benigno Aquino assassiné à sa descente d’avion à Manille en 1983) qui a combattu et renversé le régime atroce de Ferdinand Marcos, la couturière afro-américaine Rosa-Parks qui avait refusé de céder sa place dans un bus en 1955 à Montgomery/Alabama et tant d’autres histoires de bravoure relatées dans ce livre montrent ce que des gens ordinaires sont capables d’accomplir lorsqu’ils prennent la décision de vivre dans la vérité.  

 

Les activistes sénégalais, de Y’en a marre, burkinabè, du Balai citoyen et congolais, de Filimbi sont autant d’exemples qui devraient inspirer notre jeunesse à s’engager activement pour combattre la dictature kabiliste. Contrairement à ce que l’on nous répète depuis des années, l’intelligence, ce n’est pas de savoir s’adapter ou si c’est une intelligence, c’est celle des esclaves dont nous devons refuser. L’inadaptation à la tyrannie est le mode de vie que la jeunesse doit véhiculer désormais et nous devons  l’aider à s’organiser, à s’autogérer en groupuscules d’action à travers le pays en vue de mettre fin à l’autocratie du régime actuel.  

 

 

 

Voici à ce sujet un passage édifiant tiré du discours prononcé par Robert Kennedy en Afrique du Sud en 1966 : "Chaque fois que quelqu’un défend un idéal, cherche à améliorer le sort d’autrui ou lutte contre une injustice, il émet une légère onde d’espoir qui vient s’ajouter aux ondes de millions de centres d’énergie différents et qui, s’enhardissant, se transforme en un courant capable d’abattre les murs d’oppression et de résistance les plus solides."

 

 

 

 

 

Marcellin Solé

 

Consultant

 

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