Tribune Libre
samedi août 19, 2017
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Depuis que le Président de la République a convoqué ce qu’il a appelé un dialogue inclusif entre les forces politiques congolaises jusqu’à l’ouverture de la commission dite préparatoire de cette rencontre, un observateur attentif aux péripéties qui ont ponctué ce processus, jusqu’à l’ouverture réelle de ces assises en ce début du mois de septembre 2016, ne peut pas manquer d’être frappé par deux réalités qui sautent aux yeux.

 

Les deux réalités qui sautent aux yeux

Ces deux réalités sont les suivantes : d’abordle flou sémantique qui entoure le mot même de dialogue dans la bouche des acteurs politiques congolais ; ensuite le manque manifeste de boussole pour savoir où conduit  le dialogue et en fonction de quel projet de société crédible il se déroule.

Le flou sémantique où baigne le mot dialogue en RDC

Aujourd’hui, les politiciens congolais utilisent le mot dialogue sans lui donner le même sens ni en définir les mêmes enjeux.

Pour les uns, le dialogue met ensemble des forces antagonistes qui doivent se parler pour s’entendre sur les règles susceptibles de régir les prochaines élections. Cette fois-ci, on espère assister à un autre type d’organisation du choix de nos dirigeants par le peuple congolais lui-même, contrairement aux expériences passées où l’opacité et les manipulations innombrables ont faussé le processus dans son ensemble et dans la crédibilité de ses résultats. Le but est d’avoir des élections sereines, transparentes, honnêtes et incontestables.

Pour d’autres, l’enjeu essentiel n’est pas le processus électoral en tant que tel, mais son préalable : le respect de la Constitution de la République. Selon eux, le chef de l’Etat qui est en fin mandat devra avant tout dire clairement qu’il n’a pas l’intention de prolonger sa présence à la tête du pays par des astuces politicienne ni de briguer un autre mandat en bonne et due forme.

Entre ces deux grandes tendances fortement affirmées, une large partie de la population espère que le dialogue servira à jouer cartes sur table et à aborder l’ensemble des problèmes qui se posent au pays sans les réduire aux conflits entre politiciens pour la conquête ou pour la conservation du pouvoir.

Après avoir adopté pendant longtemps une attitude de funambule sur une corde raide en s’enfermant dans un silence souverain et presque méprisant par rapport aux pugilats des politiciens congolais sur l’interprétation de la Constitution du pays face au mandant présidentiel, le chef de l’Etat a finalement manifesté son option fondamentale : durer à la tête de l’Etat. Avec cette option, il a rompu avec  ce qu’on croyait être le vrai langage de son silence : laisser les politiciens se déchirer entre eux et partir calmement à la fin de son deuxième mandat, comme beaucoup de ses soutiens politiques dans la communauté internationale lui conseillent de faire. En brouillant les pistes par une communication à double face, il a créé lui-même un double langage qui a rendu ses discours difficilement audibles quand il parle du dialogue. Il n’y a pas dialogue quand ce dont on parle change de face, de contenu et de sens au cours du processus censé mettre ensemble des personnes honnêtes en leur personnalité et claires dans leurs intentions

A bien regarder la situation congolaise, les positions actuelles face au dialogue ne sont pas de simples tendances différentes devant à un même problème de fond. Il s’agit plutôt de systèmes de pensée irréconciliables,  de modes logiques qui échappent à toute cohérence d’ensemble. Tout se déploie dans des cadres cacophoniques où chacun parle une langue que d’autres ne comprennent pas et développe une vision que ceux qui sont en face ne sont pas en mesure de comprendre, encore moins d’accepter.

Dans d’espoir d’arriver à faire parler une même langue, d’adopter un même langage et de s’intégrer dans une même logique de pensée aux protagonistes, selon la logique de ce que les philosophes appellent aujourd’hui l’agir communicationnel crédible, l’Union Africaine a envoyer au Congo un facilitateur censé réussir une sortie de crise qui permettrait à la RDC de devenir un pays normal et respectueux de règles démocratiques dignes d’une nation moderne.

En réalité, ni les politiciens congolais engagés dans le processus du dialogue ni le facilitateur qui doit guider la marche de leur rencontre ne comprennent pas ce dont il s’agit vraiment.

Le camp des gouvernants actuels entend par dialogue un jeu de piège et de manipulation des esprits pour faire croire qu’il ne s’agit pas de violer la Constitution congolaise ou de donner un nouveau mandat au Président de la République, alors que toute notre nation, à quelque niveau que l’on se situe, sait qu’il s’agit bel et bien de cela. Ce camp du pouvoir en place érige en dialogue un monologue tissé d’acrobaties juridiques et de galipettes sémantiques sur lesquelles personne n’est dupe, même pas les bénéficiaires du système eux-mêmes. A force d’être répétées comme des mantras pour faire comprendre au peuple autre chose que ce qu’elles disent, ces acrobaties et ces galipettes créent une nouvelle langue politique, un nouveau langage et une nouvelle logique dont les mots et l’articulation discursive échappent au bon sens de la population.

La classe politicienne de l’opposition comprend ce que le peuple comprend mais il l’utilise pour créer à son tour sa propre langue qui a fini par devenir incompréhensible et exaspérante. Leur nouvelle langue est celle de la division entre une opposition dite constitutionnelle et une opposition dite radicale. On raconte à la population qu’être dans l’opposition constitutionnelle, c’est participer au pouvoir en place sans être du pouvoir en place, prendre des postes de haute responsabilité au gouvernement en place sans être du gouvernement en place, aller au dialogue sans être dans le dialogue tel que le système en place le conçoit. Dans son bon sens, le peuple y perd son latin et se demande ce que ce charabia artificiel de l’opposition constitutionnelle veut vraiment dire et ce qu’elle espère comme vrai changement dans notre pays. Quant à l’opposition dite radicale, c’est depuis longtemps qu’elle est en pré-dialogue avec le pouvoir en place, avec l’argent du pouvoir en place, dans de multiples rounds abondamment arrosés par les per diem au profit des délégués radicalement opposés au pouvoir en place. Et dès que le chemin s’éclaire et que le pouvoir en place croit avoir trouver un terrain d’entente, l’opposition radicale se cabre et trouve toujours un motif pour tout faire capoter, avec un discours toujours plus radicalisé pour que rien n’avance. Cette attitude désoriente par son manque d’une cohérence que le mot dialogue suppose. Les populations ne peuvent pas ne pas avoir l’impression que ce que l’opposition veut dans son propre projet de dialogue, ce n’est pas vraiment le dialogue mais le départ pur et simple du Président pour que le système actuel signe sa propre mort au profit des opposants radicaux. Un suicide en bonne et due forme, en somme, après avoir dépensée des millions de dollars pour trouver une solution négociée avec l’opposition radicale sans y parvenir.

En pensant de cette manière, l’opposition radicale fait montre d’un effarent manque de mémoire politique. Elle a, en fait, une mémoire courte : elle a oublié qu’elle s’est proclamée victorieuse au cours des élections précédentes de 2006 et de 2011 sans jamais accéder à ce qu’elle appelle elle-même l’imperium, c’est-à-dire des moyens réels militaires, sécuritaires, juridiques populaires d’exercer le pouvoir d’’Etat. En recommençant à parler la même langue, le même langage et selon la même logique destinée à montrer qu’elle a les capacités de faire partir le Chef de l’Etat, cette fois par suicide politique, elle se paie de mots et laisse de marbre le système en place qui ne comprend pas l’espèce de charabia sans force que déploie l’opposition radicale.

Quant au médiateur venu pour faire parler entre eux des gens qui ne parlent pas la langue et n’ont manifestement le même langage ni la même logique, il est sourd, autiste et somnambule. Il n’a rien entendu à l’imbroglio congolais et à la marre où il nage maintenant. Il est enfermé dans ses propres rêves, grisé sans doute par l’argent qu’il gagne dans sa mission, même s’il ne comprend pas qu’il s’agit d’une mission impossible dans le contexte d’un Congo où les politiciens n’ont ni une culture de l’intérêt national ni l’habitude de réfléchir correctement sur la destinée de leur pays dans le monde. C’est ainsi qu’il a une démarche complètement somnambulique : il se parle à lui-même dans son sommeil en croyant être dans la réalité de la clase politique congolaise.

Dans une politique sans boussole communautaire

La deuxième chose qui ne peut échapper à un analyste attentif aux manières d’agir des politiciens congolais, c’est qu’ils n’ont pas de boussole pour savoir où ils vont et vers où ils veulent conduire le pays. Le système politique en place donne l’impression de n’avoir pas d’autre projet que de rester en place tout simplement parce qu’il est déjà en place, sans se demander à quoi cela sert d’être en place quand on n’a pas un vent favorable qui porte un projet de société capable de faire rêver un peuple et de l’engager dans une vaste ambition en laquelle il se reconnaîtrait. On chercherait en vain dans le discours des ténors du pouvoir en place de repères pour un avenir meilleur, des outils globaux pour construire ce qu’ils appellent eux-mêmes la révolution de la modernité et la perspective d’émergence. Si un analyste se donne la peine de scruter le discours du système en place qui dirige le Congo, il sera frappé par la monotonie des thèmes abordés, leur rumination permanente et le décalage où il est enfermé par rapport aux quêtes et aux rêves de populations. Le système ne prend pas la peine de se regarder dans le miroir de son  peuple et de ses attentes véritables. Semblable à la célèbre femme chantée par M’Bilia Bel dans la célèbre chanson de Tabou Ley, les politiciens au pouvoir admirent la beauté de leur action dans leur propre miroir, alors que la véritable beauté se mesure à la façon dont ceux qui te regardent t’apprécient et te jugent. Jusqu’ici, aucune évaluation du régime dans ses propres réalisations comme souffle d’un grand pays n’est vraiment faite dans un débat public avec le peuple congolais. Sans une telle démarche d’évaluation,  sereine et objective, il est difficile de convaincre le peuple que l’on a une boussole sûre pour orienter le pays vers un avenir d’émergence et de révolution de la modernité.

C’est sur cette absence de bilan global positif et de boussole fiable vers l’avenir que l’opposition surfe. Elle peut alors accueillir comme le Messie celui qu’elle appelle Lixer Maximo et Opposant historique, sans même se rendre compte que  l’âge et l’absence de force physique ne permettent pas de miser sur lui comme boussole pour l’avenir. On s’accroche ainsi à un Mythe magnifique et on refuse de voir qu’autour du Mythe s’ouvre un vide dangereux. Ceux qui l’entourent sont pour la plupart des caciques qui ont travaillé pour le régime en place et qui n’ont pas en eux-mêmes la puissance d’une mythologie populaire comme celle du Leader Maximo de l’opposition radicale. Tout se passe comme si les animateurs de cette opposition s’enchantent du passé au lieu d’enchanter l’avenir. On ne voit pas leur boussole, encore moins leur projet crédible de société une fois qu’ils auront obtenu le départ du Chef d’Etat actuel. Gouverneront-ils avec des slogans et des incantations mirifiques là où le peuple congolais veut une gouvernance avec résultats immédiats ? 

Quant à l’opposition constitutionnelle, elle mise maintenant sur une hypothétique nouvelle transition politique pour recueillir comme une manne du ciel les dividendes des dispositions de notre Constitution sur la continuité de l’Etat en cas de vacance du pouvoir. Cette disposition n’est pas une boussole à long terme ni un projet d’avenir, d’autant plus qu’elle est verrouillée par une autre disposition qui stipule que le Chef de l’Etat est en place jusqu’à l’élection de son prédécesseur.

L’interprétation de ces dispositions de notre Constitution brouille plus la situation du dialogue entre les politiciens qu’elle n’éclaire l’horizon du futur. Chacun tire la couverture de son côté et laisse nue une population qui ne sait pas à quel saint se vouer aujourd’hui.

    L’impossible réussite d’un dialogue vicié

Dans termes de visée du futur, la situation est la suivante : au moment où le camp du pouvoir en place n’a pas d’avenir électoral sûr et clairement visible, l’opposition radicale se crée l’avenir en rentrant dans le passé mythique de l’anti-mobutisme pendant que l’opposition constitutionnelle se berce d’illusions en croyant qu’elle représente une alternative alors qu’elle n’est qu’une faible dynamique d’appoint au système régnant. Quand au Chef de l’Etat, il se qu’il joue tout son avenir politique maintenant et qu’il n’a comme possibilité de rester en place que deux cartes majeures : les forces armées qu’il contrôle et l’infinie corruptibilité de l’homme congolais face à l’argent. Il utilisera sans doute ces cartes contre vents et marées, à moins que la communauté internationale, qui a un grand pouvoir de faiseur de Rois au Congo et une armée d’occupation que représente la MONUSCO n’en décide autrement.

Comment dialogue-t-on dans un tel contexte ? On ne dialogue pas, on bluffe. C’est cette dynamique de bluff politique permanent que l’on appelle dialogue en RDC.

Il est important de noter que dans une telle  situation de flou sémantique et d’absence de boussole et de projet d’action face avenir, il est difficile d’espérer du bluff politique une solution aux problèmes qui se posent à la société congolaise actuellement. Les politiciens sont convaincus que ces problèmes sont essentiellement politiques et qu’ils peuvent être résolus avec des ruses politiciennes, avec une dévolution du pouvoir par les tricheries et les manigances des alliances pour se diviser le gâteau national et jouir de tous les avantages matériels et immatériels que la participation au pouvoir politique accorde.

Si on analyse la réalité du point de vue de leur vision fondamentale, la politique telle qu’elle se vit en RD Congo ne mènera a rien. A rien de grand. A rien de beau. A rien de véritablement fertile pour les populations du Congo. Elle restera ce qu’elle est maintenant : une question de ventre et de bas-ventre, et pas du tout une question d’intelligence et de valeurs.

C’est cela que le facilitateur n’a pas compris. Il croit que la solution aux problèmes du Congo est entre les mains des politiciens alors que ce sont les politiciens eux-mêmes qui sont le problème actuel du Congo. Ils nagent dans une sphère de vie coupée de la sphère où les populations cherchent à construire le pays dans une ambition nouvelle : donner du Congo l’image que ses richesses humaines et naturelles donnent comme espérance et comme force de vie à chaque Congolaise et à chaque congolais.

Tant qu’il n’y aura pas un dialogue citoyen qui se situe à ce niveau de profondeur des espérances congolaises, les politiciens tourneront en rond et s’enfermeront dans leur politique du vide. Il faut que le peuple congolais refuse cette perspective et comprenne ce qu’ont compris les chercheurs de l’organisation internationale Interpeace quand ils pensent que les actions destinées à résoudre le problème du Congo « sont majoritairement placées au niveau politique ou elles ne prennent pas suffisamment compte du rôle que les populations elles-mêmes pourraient jouer  dans la reconstruction de la cohésion et de l’harmonie sociales. Il est temps de changer complètement d’orientation.

De la fécondité du dialogue citoyen : un changement d’orientation  

Le refus de cette perspective du bluff que l’on appelle dialogue au Congo concerne une autre manière de voir, de concevoir et de vivre la politique dans notre pays. La première manière est de sortir de l’agitation politicienne pour se concentrer sur ce qu’il convient de faire pour sortir de l’imbroglio dans lequel les politiciens ont mis le pays aujourd’hui. La deuxième manière est d’engager une réconciliation nationale authentique et intégrale, à partir de nos populations elles-mêmes qui savent ce dont elles besoin et quel sens elles veulent donner à leur avenir.

Sortir de l’agitation de la politique politicienne

Si le peuple Congolais savait à quel point, dans les assises politiciennes qui s’organisent au Congo, c’est l’argent qui conditionne et oriente les décisions prises et les choix faits par les délégués, il cesserait définitivement de faire dépendre son destin de la réussite ou de l’échec de telles assises. Il comprendrait  que dans un grand pays, c’est au peuple qu’il revient de s’affirmer comme un grand peuple par sa capacité à construire son destin dans des associations, des regroupements, des organisations et des initiatives locales pour trouver des solutions aux problèmes des terroirs locaux. C’est à ce niveau que des instances de dialogue doivent se tenir, dans l’intensification d’une culture de cohésion sociale fondée sur les capacités locales. Cette culture ferait comprendre à chaque citoyen et à chaque citoyenne qu’il est et qu’il vit parmi ses semblables pour organiser et lancer des initiatives pour sortir son terroir de ses problèmes de fond.

En RDC, nous n’avons pas encore construit cette culture de l’engagement dans la lutte contre les problèmes là où chacun, chacune, a le pouvoir de les changer avec les autres, pour le bonheur communautaire. C’est cette culture qu’il est urgent aujourd’hui de faire émerger, sans laisser les populations croire que leur salut est entre les mains de politiciens qui décident de tout à partir de Kinshasa, quand bien même ils ne contrôleraient pas de vastes zones du territoire qui sont aux mains des rebelles et des révoltés de tout genre.

Faire prendre conscience du pouvoir de changement qui couve dans les cerveaux et les cœurs de chaque citoyen, cela casserait dans l’Homme congolais la dictature du ventre et le despotisme du bas-ventre qui agitent les instincts des politiciens et animent leurs choix politiques au niveau des instances comme des dialogues noyautés et manipulés. Pour le peuple, il est bon de laisser les morts enterrer leurs morts dans  les agitations politiciennes.

L’essentiel est ailleurs : dans la responsabilité personnelle et communautaire partout où l’on a le pouvoir d’agir pour faire avancer les choses dans le bon sens et construire une société du bon sens au service de l’avenir dans des projets conçus et réalisés au sein des dialogues qui seraient des dialogues citoyens. C’est-à-dire des lieux où l’on parle en donnant le même sens aux mêmes mots, en s’accordant sur la manière d’agir ensemble pour les mêmes causes et les mêmes intérêts, en brassant ensemble les mêmes utopies au service de la communauté. Le temps est venu de lancer des dialogues citoyens de ce type partout au Congo, au lieu de faire croire à nos populations que les politiciens vont résoudre les problèmes du pays avec leurs langages  disloqués, leurs imaginaires viciés et leurs logiques pathologiques. Si les politiciens tiennent à changer le Congo profondément et positivement, qu’ils commencent par participer aux dialogues citoyens pour s’imprégner de vrais problèmes de leurs populations et en parler en connaissance de cause. Sans cette expérience de base, ils ne seront que des cymbales qui retentissent pour ne rien dire, pour ne rien faire dans des forums qui brassent l’argent au service des égoïsmes sans consistance face au destin du pays et à la destinée de nos  populations.

Pour une réconciliation nationale authentique et intégrale

Il y a quelques mois, j’ai reçu à Goma un prédicateur itinérant qui était en campagne pour une réconciliation nationale authentique et intégrale. Il m’a dit qu’à ses yeux, ce sont les fondements mêmes de la nation congolaise qui se sont effondrés aujourd’hui. Même si ce visiteur mélangeait tout dans une  religiosité un peu trop concentrée sur la conversion à sa propre religion, il avait saisi quelque chose de profondément juste. A savoir que l’enjeu de tout dialogue pour sauver une nation est dans les fondements sur lesquels cette nation repose. Tout le problème au Congo est de savoir quels sont ces fondements qui nous unissent aujourd’hui indépendamment du sort qui nous rassemblés dans une même niche géographique.

A mes yeux, les fondements sont moins derrière nous que devant nous : dans un projet national d’ensemble que nous devons maintenant nous donner comme tâche pour ce que nous voulons comme le Congo de notre volonté, de notre unité, de notre liberté et de notre grandeur. Il s’agit de répondre à la question suivante : quel Congo-nous voulons-nous vraiment et comment allons-nous le construire ?

Dans une nation confrontée à des identités disloquées et souvent agitées par les haines et les guerres, cette question nous fait sortir de nos terroirs pour penser, vivre, rêver et construire ensemble le Congo, avec de nouvelles valeurs de vie fondatrices de notre communauté nationale, de nouvelles rationalités organisatrices de notre gouvernance globale et de nouvelles dynamiques de sens qui ouvrent un horizon d’un Congo digne de nouveaux Hommes congolais que nous devons devenir. Il faut une nouvelle conscience de ce que nous devons être et de ce que nous devons imaginer comme destinée.

Des dialogues de nos terroirs, nous passerions à des dialogues citoyens à des niveaux plus élevés de nos capitales provinciales avant de nous rencontrer dans une instance nouvelle au cœur de la capitale de notre pays, pour affirmer notre être-ensemble et notre volonté d’agir ensemble pour un autre Congo possible, pas celui de petites ambitions politiciennes, mais de notre vision collective d’avoir un pays qui serait véritablement réconcilié avec tous ses terroirs et poussé par un souffle nouveau à devenir le cœur de l’Afrique nouvelle et le moteur de la nouvelle histoire africaine. Notre être congolais authentique est dans ce souffle qui exige une réconciliation  intégrale, une réconciliation qui ne se réduit pas aux politicailleries insignifiantes, encore moins aux pièges des dialogues politiciens sans enjeux pour l’avenir véritable et profond de notre pays. C’est-à-dire l’avenir de citoyens libres, unis, créateurs d’une grande destinée et d’un rayonnement fascinant pour notre nation et pour toute l’Afrique dans le monde.