Tribune Libre
mardi novembre 21, 2017
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Monsieur le Professeur, pour plusieurs de vos compatriotes et moi-même, vous êtes une grande et brillante intelligence. Je l'ai peut-être découvert un peu plus tôt que quiconque. Tu fus mon aîné d'une année au Petit Séminaire de Kabwe. Depuis lors, je sais ce dont vous êtes capable intellectuellement. Professeur des Universités, vous avez une bonne maîtrise du droit constitutionnel. Vous l'avez prouvé à plusieurs reprises. Vous avez détruit une fausse thèse sur la fausse inanition de ''la nation'' publiée par l'un de vos frères du bled. Vous prouvez de plus en plus qu'il n'y a pas d'intellectuel neutre. Et vous avez raison. Souffrez que je soulève certaines questions liées à votre dernier entretien avec le journal le Phare. Il date du 10 novembre 2017 et porte sur la publication du calendrier électoral de Nangaa.

Le Phare vous pose cette question : « Complicité des Etats-Unis, de la France, de l’Union européenne et l’Union africaine ? »

Et voici votre réponse : « Aussi curieux que cela ait pu paraître à certains, des pays fondés sur le respect de l’Etat de droit comme les Etats-Unis et la France se sont empressés de saluer le calendrier de la CENI en dépit du fait qu’il était inconstitutionnel, illégal, et qu’il est contraire à l’Accord Politique Global et Inclusif endossé par la Résolution du Conseil de Sécurité où ces pays siègent comme membres permanents. » Et vous ajoutez : « Personne n’est pourtant dupe. La règle d’or des relations internationales avait été rappelée en son temps par le Charles de Gaulle : « Les Etats n’ont pas d’amis, ils n’ont que des intérêts ». Dans leur politique étrangère, les Etats n’hésitent pas de sacrifier la défense des valeurs telles que l’Etat de droit, la démocratie et les droits de l’homme sous l’autel de leurs intérêts économiques et stratégiques. L’on sait aussi que certains et citoyens du Nord ont un tel mépris des Africains qu’ils en à penser – à tort hélas ! – que l’Etat de droit, la démocratie et droits de l’homme ne conviendraient pas aux peuples d’Afrique. »

Monsieur le Professeur, vous semblez, dans cette réponse, relever une contradiction dont vous ne tirez pas immédiatement des conséquences (historiques). En soutenant que les pays cités sont fondés sur l'Etat de droit tout un soulignant qu'ils avalisent un ''calendrier de la CENI en dépit du fait qu'il était inconstitutionnel, illégal, et qu'il est contraire l'Accord Politique Global et Inclusif endossé par la Résolution du Conseil de Sécurité où ces pays siègent comme membres permanents'', vous vous contredisez. Vous avez là une preuve que ces pays ne sont pas fondés sur le respect du droit. En parlant des ''pays fondés sur le respect de l'Etat de droit'', ne sacrifiez-vous pas la vérité des faits au profit d'une propagande classique ?

En homme intelligent, vous semblez répondre à mon inquiétude, mais pas de manière satisfaisante. Vous évoquez ''une règle d'or des relations internationales'' en citant Charles de Gaulle : « Les Etats n'ont pas d'amis, ils n'ont que des intérêts. » En quoi cette règle est-elle dorée si son application ''sacrifie la défense des valeurs telles que l'Etat de droit, la démocratie et les droits de l'homme sur l'autel de leurs intérêts économiques et stratégiques'' ? N'y a-t-il pas encore là une propagande à combattre par la mise en valeur de ''véritables règles d'or'' contenues dans la charte de l'ONU : le respect de l'égalité souveraine, le principe de la non-ingérence dans les affaires intérieurs des Etats souverains tiers et le droit des peuples à leur autodétermination ?

Monsieur le Professeur, quand vous dites que ''dans leur politique étrangère, les Etats n’hésitent pas de sacrifier la défense des valeurs telles que l’Etat de droit, la démocratie et les droits de l’homme sur l’autel de leurs intérêts économiques et stratégiques'', vous semblez reconduire une thèse non questionnée. Où est-ce que les valeurs que vous citez sont le plus sacrifiées ? En Russie ou en Chine ? En Allemagne ou en Suède ? En Norvège ou en Iran ? Souvent, c'est en Afrique. Et cela est le fruit, non pas seulement du mépris, mais aussi du racisme, de la cupidité, de l'avidité, de l'instinct de domination, du déni de l'altérité, etc. Pour ''les nouveaux cercles de pouvoir'' auxquels obéissent ''les petites mains du capital'' des pays cités, les africains et les congolais(es) sont des non-personnes. D'où vous devriez penser à la signification de votre ''nom authentique'', chaque fois que vous parlez des ''relations internationales''. En effet, ces ''petites mains du capital'' sont ''les betukumesu, bafika papa, batuamba munga''.

Professeur des Universités et intellectuel engagé, ne trouvez-vous pas qu'il est temps de procéder à la déconstruction de la propagande officielle à la chomsky ? Lui, en bon observateur de son pays, les USA, estime qu'ils sont devenus, depuis longtemps, un Etat manqué. En cernant certains traits essentiels des Etats manqués, il écrit : « Ils ne peuvent pas ou ne veulent pas protéger leurs citoyens de la violence, voire de la mort. Ils ont tendance à se croire au-dessus des lois nationales ou internationales, donc libres de se livrer à des agressions et à des méfaits. Et, quand ils ont le dehors d'une démocratie, ils souffrent d'un grave ''déficit démocratique'' qui prive leurs institutions formelles de contenu réel. » (N. CHOMSKY, Les Etats manqués. Abus de puissance et déficit démocratique, Paris, Fayard, 2006,p.8) Et le problème avec cet ''Etat manqué'' a renoncé au ''principe d'universalité''. Il ne veut pas s'appliquer les mêmes principes que ceux qu'il s'applique. C'est ''une nation exceptionnelle''. ''Le droit international, les traités, les règles de l'ordre mondial sont rudement imposés aux autres avec des poses de champion de la vertu, mais déclarés non pertinents pour les Etats-Unis (…)'' ( Ibidem, p. 9) Leurs alliés se comportent de la même façon.

Monsieur le Professeur, ne trouvez-vous pas que vous devriez prendre en compte cette approche des USA comme étant un ''Etat manqué'' ? Si vous le faites, vous comprendrez que sa tendance à se croire au-dessus des lois nationales et internationales s'expérimente aussi chez nous depuis la nuit des temps. N'oubliez surtout pas que dans la réalisation de son projet impérialiste du ''Grand Domaine'', cet ''Etat manqué '' considère les droits de l'homme, l'élévation du niveau de vie et la démocratisation comme étant des objectifs vagues et irréels. Cela depuis les années 1948. (Lire D. MITTERRAND, Le livre de ma mémoire, Paris, Jean-Claude Gawsewitch, 2007, p.407-409)

Ayant pris le temps d'étudier cet ''Etat manqué'' et son propre pays, la France, de plus près, Danielle Mitterrand en était arrivé à la conclusion selon laquelle il n'y a de démocratie ni aux Etats-Unis, ni en France. Or, la plus belle fille du monde ne peut donner que ce qu'elle a. Comment voulez-vous que les USA , Monsieur le Professeur, soutiennent au Congo-Kinshasa, une démocratie qu'ils ont sacrifié sur l'autel de la corporatocratie, celle nouvelle gouvernance se référant à un système économique et politique contrôlé par les firmes transnationales ou les représentants de leurs intérêts ? (Lire L. HELD-KHAWAM, La corporatocratie éclipse la démocratie, dans Le Grand Soir, 19 février 2017).

Monsieur le Professeur, si vous ne voulez pas partager mes points de vue et mes questions en tant que ''votre mwena tshiondo'', je mets à votre disposition cet article de Danielle Mitterrand :https://www.legrandsoir.info/danielle-mitterrand-la-democratie-n-existe-ni-aux-usa-ni-en-france.html.

Je crois, Monsieur le Professeur des Universités, Mbata Betukumesu André, qu'il est venu le temps d'organiser des cours d'occidentologie. Ils pourraient permettre, s'ils sont assurés et assumés par de bons connaisseurs, contribuer au déformatage de l'imaginaire des étudiants et de plusieurs d'entre nous. Surtout de ceux qui n'ont pas encore compris que le 1% d'oligarque d'argent raciste, méprisant, cupide, avide et dominé par l'instinct de domination est au service de la corporatocratie et n'a plus rien à voir avec les valeurs que vous évoquez. Cela non pas parce que ''les Etats n'ont que des intérêts''. Non. Ils ont été pris en otage par la corporatocratie. Et que la corporatocratie a besoin des élections-pièges-à-cons pour se maintenir et se perpétuer.

Ne trouvez-vous pas que sur ce point, les Universités devraient faire preuve de plus d'audace, de créativité, d'inventivité et d'imagination, Monsieur le Professeur ?

N'oubliez pas, dans votre traitement actuel des questions géopolitiques et géostratégique, votre ''nom authentique'' : ''Betukumesu''. Conseil de votre ''mwena tshindo, musoko''.

 

Babanya Kabudi

Génération Lumumba 1961