Tribune Libre
vendredi novembre 22, 2019
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Depuis quelques mois, l’opposition congolaise se laisse distraire par cette disposition dite constitutionnelle : le choix de son porte-parole. Sans trop se poser des questions sur sa genèse dans l’espace politique congolaise, l’opposition se laisse piégée jusqu’à s’entredéchirer, s’accusant et se discréditant mutuellement. Comme toujours, il y en a qui excelle en la matière, faisant de ce titre ou mieux de cette fonction le lieu privilégié pour acquérir une certaine notoriété politique et plus une source de ravitaillement financière étant donné que le budget alloué à ce poste est plus qu’alléchant. Faire la politique au Congo ne pouvant se comprendre et se justifier que par la recherche effrénée de l’argent, moins pour le service à rendre à la population, plus pour un enrichissement personnel, les Egos se sont positionnés cherchant à tout prix, même par la diffamation de ses compères, à arracher ce poste. Est-il vraiment nécessaire dans une démocratie ou même un semblant de démocratie comme en RDCongo d’avoir un chef ou un porte-parole de l’opposition ? Qu’est ce que cela signifie ?


Dans une démocratie, l’opposition est par essence plurielle. C’est chaque parti de l’opposition qui a son porte-parole. Si la majorité au pouvoir est acquise par une coalition des partis, ceux-ci en raison de leur programme gouvernemental se liguent pour former un gouvernement et peuvent alors avoir un porte-parole du gouvernement dont les prises de positions les engagent tous. Cependant, chaque parti peut avoir son porte-parole. Tandis que l’opposition n’a pas de raison d’avoir un porte-parole car il n’est pas dit du fait d’être dans l’opposition, on doit nécessairement avoir le même programme politique. Il est donc normal qu’un parti de l’opposition soit d’accord sur un point donné avec le programme de la majorité au pouvoir et que l’autre ne le soit pas. Ce n’est pas pour autant qu’il n’est plus dans l’opposition. Aussi, il est normal que deux partis de l’opposition soient complètement opposés du point de vue de leur programme et vision politiques ou qu’ils se mettent d’accord sur un point et cela n’implique pas qu’ils doivent avoir un même et seul porte-parole. Institutionnaliser le porte-parole de l’opposition, c’est sans le dire la réduire à un seul et même parti qui a une seule façon de penser et qui doit suivre une seule vision de choses. C’est donc réduire la diversité ou la pluralité qui doit caractériser l’opposition et qui constitue l’essence même de la démocratie. Il nous incombe d’aller interroger les sources pour savoir d’où est venu cette mascarade d’un porte-parole de l’opposition constitutionnellement reconnue qui n’existe nulle part ailleurs.

Charles Onana vient de publier un livre dans lequel il démontre comment l’Union Européenne a orchestré l’élection de Kabila en 2006. Nous nous souvenons que dans des rencontres que nous avions eus en Belgique avec certaines personnalités politiques belges (qui s’attribuent les galons d’avoir remis le Congo dans l’agenda de la politique internationale), dans l’ambiance des préparatifs de ces élections et de l’élaboration de la constitution, alors qu’on craignait sur leur réussite, ils nous invitaient en tant que membres des organisations congolaises de la diaspora, à nous impliquer à conscientiser notre peuple à l’apprentissage à la démocratie. Déjà en ce moment, ils disaient que (ce qui nous étonnait déjà et sera d’ailleurs dénoncé) je cite : < si Jean Pierre ne gagne pas les élections, il pourra devenir une sorte de chef de l’opposition et la fois prochaine, il pourra gagner>. C’est donc pour contenter Jean Pierre Bemba que cette affaire a été pensée. On a ensuite amené les députés de la transition à le couler sous forme de loi afin de garantir au perdant des élections la sécurité et surtout les moyens financiers pour le calmer. On savait que Kabila sera président et que Jean Pierre devra avoir un titre qui puisse le consoler, le calmer et lui donner les moyens financiers. Comme au Congo les choses se modèlent de façon à contenter plus les individus même si elles n’ont pas de consistance ou n’apportent rien à la nation, on s’y accroche et on en fait une vérité d’Etat, un secret d’Etat, une réalité politique incontournables.

Le Congo souffre aujourd’hui de manque de leader cheap au sommet de l’Etat, il est malade de la mauvaise gouvernance, et souffre des atteintes massives des droits et libertés humains. L’éthique politique a donné place aux antivaleurs dont la corruption endémique et l’impunité. En lieu et place d’un esprit de grandeur et de dignité ambitieuse, on a instauré une culture de nivellement par le bas qui se contente de peu et du strict minimum pour faire tant et tant des bruits tout autour. La gestion de la guerre à l’Est du pays illustre très bien cette mentalité anti patriotique et rétrograde. Devant cet état des choses, tout esprit épris de patriotisme, et par surcroit l’opposition, si vraiment elle veut apporter un changement, devait d’abord s’indigner et ensuite s’engager dans ses comportements, dans ses actes et prise de position à développer une mentalité tout à fait contraire à ce qu’elle condamne : l’arrogance, le manque de respect de l’autre et du peuple congolais, la recherche effrénée de l’argent, le clientélisme et le fanatisme etc. Pour arriver à cette nouveauté, l’opposition n’a pas besoin de porte-parole, elle a besoin de la détermination à apporter un réel changement, chacun à partir de son propre parti et que les idées républicaines et démocratiques alors intégrées par tous puissent galvaniser les efforts, la dynamique et le travail de tous pour sortir le pays du bourbier dans lequel il s’enlise. C’est à ce rendez-vous là que le peuple congolais attend ses leaders et non dans les chamailleries qui accusent leurs auteurs de n’avoir que des ambitions égoïstes et destructrices. Devant la nécessité et l’impératif du changement, les partis de l’opposition ont besoin de tracer un cordon sanitaire contre les antivaleurs. C’est donc d’abord une question d’éthique politique et non d’un individu à placer à la tête de tous comme pour perpétrer la logique de "l’Homme providentiel" qui tue la démocratie en Afrique.