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samedi janvier 20, 2018
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En ce début de 2016, CongoOne rentre dans sa dixième année d'existence sur le net. Pour célébrer cet événement, CongoOne se propose de publier quelques textes issus de sa première version internet. Ce texte a été publié pour la première fois, le 25/03/2006.

 

 

Géopolitique du Congo (RDC). Essai de relecture

Depuis plus ou moins un mois, le couple Marie-France Cros et François Misser a enrichi le marché du livre d’un assemblage de reportages sur la Congo intitulé Géopolitique du Congo (RDC). La lecture de ce « livre » est intéressante. Il met à nu les travers des Congolais du pays et de la diaspora et décrie leur attentisme dans un pays dénommé « scandale géologique » par les nokos. Il fustige « la disparition progressive de l’Etat » comme l’un des moteurs de la perte de sens de l’identité zaïro-congolaise. Les auteurs estiment que la crise économique, éthique et politique secouant le pays depuis l’indépendance jusqu’à ce jour risque de compromettre son avenir. Ils situent les débuts de cette crise à la zaïrianisation du pays en 1973. Pour eux, « le principal défi du Congo est de reconstruire un Etat, de réintroduire une culture d’Etat et de doter cet Etat des infrastructures et des moyens logistiques pour asseoir son autorité » (p.34). Et « la tâche, pensent-ils, sera de longue haleine ». (p.34) Mais qui peut assumer cette tâche dans un pays où « les Congolais multiplient les stratégies pour se garantir un avenir personnel? » Qui peut assumer cette tâche quand « les élites, tel le très sérieux ex-Premier ministre Léon Kengo wa Dondo (sont) capables de demander aux Nations unies, en 2002, la mise sous tutelle du Congo »? Peut-être les nokos! Car « lorsque les Congolais appellent les Belges nokos, c’est donc pour leur rappeler leurs obligations d’assistance à leurs neveux, nées de la relation qui les unit. » (p.46) Ne sont-ce pas ces neveux qui, à travers un discours collectif, demandent « le retour des Belges, parce qu’avec vous on vivait mieux » (p.45)?

 

 

Les origines de la crise du Congo.

 

Situer la crise multiforme que connaît notre « scandale géologique » à la zaïrianisation est un essai de falsification de l’histoire. Ce pays « conçu comme un Etat-tampon » (p.45) porte les marques indélébiles de la traite négrière, de l’esclavagisme léopoldien et de l’ignominieuse colonisation. Les « concepteurs de l’Etat-tampon » ne l’ont jamais laissé en paix. Vouloir nous convaincre que nous n’avons « guère de passé commun » semble être une négation de ce passé de misère et de souffrance où nos aïeux ont eu des mains coupées parce qu’ils ne réussissaient pas à produire le caoutchouc au rythme imposé par le roi esclavagiste. Donc, notre nationalisme n’est pas que patrimonial; il s’enracine dans ce passé de souffrance où après nous avoir « conçus », le roi esclavagiste nous a assigné un rôle -fournir les matières premières à la métropole - que ses arrières petits-fils voudraient nous voir continuer à jouer éternellement. Ce passé de souffrance a eu ses moments de gloire, disons ses moments de lutte de résistance contre l’occupant. Kimpa Vita et Simon Kimbangu en ont payé les frais. Lumumba et ses « pairs » sont notre fierté et ont initié une lutte que nous pouvons exalter en la perpétuant. Donc, prétendre que « le nationalisme congolais ne repose pas sur l’exaltation du passé » est un mensonge. Lumumba avait un tel « attachement passionné pour notre terre-mère » que tous ceux qui, aujourd’hui, poursuivent sa lutte ardente et idéaliste pour l’indépendance totale de notre pays l’exaltent pragmatiquement. Etait-il nationaliste. Oui. Il le dit lui-même. Que Marie-France Cros puisse croire que « le « nationaliste », au Congo, se confond souvent avec « progressiste », comme c’était le cas à l’indépendance » (p.45), nous le concédons. Elle appartient à la progéniture de ceux et celles qui, depuis toujours, définissent les autres et leurs œuvres. Déjà à l’indépendance, Lumumba taxé de communiste expliqua : « (…) s’il s’agit de la mise en commun des richesses, depuis toujours le nègre est un parfait communiste. » (C. BRAECKMAN, Lumumba, Un crime d’Etat. Une lecture critique de la Commission Parlementaire Belge, p.14). Donc, Marie-France Cros, sait, elle, mieux que les Congolais faire la différence entre progressiste et nationaliste!

La crise éthique dont souffrent certains d’entre nous est en partie due à la colonisation. Le colon n’a pas qu’infantilisé (p. 35) Lumumba « souligna que ce sont les colonisateurs qui, par leur exemple, ont engendré les goûts immodérés de luxe, une soif inextinguible de pouvoir chez les pseudo-évolués. » (BRAECKMAN, p.14). Dans un face à face avec un ex-colon, Lumumba affirmait ce qui suit : « Au Ghana et au Nigeria, les Anglais, quoique distants, étaient toujours polis et sans la moindre acrimonie à l’égard de leurs administrés. Dans les ex-colonies françaises, des centaines d’étudiants étaient chaque année envoyés dans les universités et hautes écoles. En Angola et au Mozambique, les Portugais vivaient en parfaite harmonie avec les populations locales. Vous autres Belges, vous n’avez pas formé un seul universitaire, un seul officier et, ce qui est pis, vous nous avez toujours traités avec arrogance, dédain, condescendance… » (Ibidem). Vouloir nous convaincre que les Congolais sont tous nés sous Mobutu, c’est entretenir de l’amnésie.

Soulignons que la disparition progressive de l’Etat ne peut mieux se comprendre que située dans le contexte du refus belge « à l’existence d’un Congo indépendant ». « Cette négation de la volonté de tout un peuple a toujours été motivée par de puissants enjeux économiques. L’indépendance venue, différentes factions de la bourgeoisie belge n’hésitent pas à organiser la sécession des provinces congolaises pour assurer à des firmes comme l’Union minière (Katanga) ou de la Forminière (Kasaï) leur avenir dans la région. Démembrer un pays pour pouvoir continuer à piller ses richesses est une vieille habitude chez ces gens-là. On imagine aisément qu’un vrai nationaliste comme Lumumba soit l’ennemi juré de ces hommes » (Ibidem, p.7). Donc, parler « de la désorganisation de l’administration qui suit le départ précipité des Belges » est un non-sens; les Belges ne sont jamais partis. Ils sont toujours là jusqu’à ce jour (à travers quelques-uns de leurs petits-enfants); traitant les descendants de Lumumba avec arrogance, dédain et condescendance et cherchant à placer au pouvoir « l’oiseau rare » pouvant protéger leur pillage.<p/>

 

Eux et nous.

 

Sans passé glorieux, sans initiative pour exploiter leurs richesses potentielles, « les Congolais, affirme Marie-France Cros, préfèrent systématiquement tirer vers le bas ceux des leurs qui commencent à « monter » plutôt que de les appuyer afin qu’ils aident leur compatriotes, plus tard, à sortir, eux, aussi, du trou. » (Marie-France Cros, p.47). Ce que notre auteur ne dit pas est que le nivellement par le bas est une œuvre qui réussit avec l’appui des alliés et des « petites mains médiatiques » de la propagande internationale. « Conçu comme un Etat-tampon », le Congo ne bénéficie presque pas du soutien extérieur de ses dignes fils et filles; sinon, comment jouerait-il son rôle de tampon? La balle n’est pas à placer dans le seul camp congolais. Il est souhaitable qu’arrivent ces jours où ceux qui rédigent nos constitutions et nos lois électorales pour continuer à « nous concevoir » à l’image et à la ressemblance de leurs intérêts acceptent, dans l’effroi, de jouer franc jeu. Cette tâche est de longue haleine! Elle doit d’abord consister à procéder à la déconstruction des discours semblables à celui de nos deux auteurs pour en montrer les limites et le dessein, peut-être inconscient, de falsifier l’histoire. Ensuite, elle doit consister en la déconstruction de toutes ces images de misère de cette maman de Kinshasa achetant à crédit « un peu riz et un morceau de poison séché long de trois centimètres pour donner du goût à la sauce » (Ibidem, p.4  et ces clichés des balubas « hâbleurs ». Ce travail de déconstruction doit être politique, sociale, culturelle, économique et spirituelle. Un nouvel ordre mental nous est indispensable pour lutter, en pensée, en parole et en action contre les falsificateurs de notre histoire, réduite à l’histoire de la crise.

A n’en pas douter, jusqu’à ce jour, les autres nous définissent et interprètent nos luttes selon leur convenance. Ils disent : « Le nationalisme des congolais est essentiellement patrimonial : destiné à protéger leurs droits sur les richesses potentielles du pays, il représente une épargne virtuelle, une prise de participation sur l’avenir, une sécurité sociale. » Ils connaissent notre passé et prédisent notre avenir parce que nous nous vivons de l’espoir et non des certitudes. Traitant de notre désir de fédéralisme, nos deux auteurs notent : « Il importe de noter toutefois qu’il s’agit, là aussi, d’un espoir de bonne gouvernance, pas de certitude. A cet égard, un éventuel Congo fédéral ne se révélerait-il pas aussi décevant que la fédération nigériane, qui a multiplié les postes de corruption plutôt que rapproché l’administration des citoyens? « (Ibidem, p.48-49). A ce nationalisme patrimonial et à la corruption s’ajoute « l’identité multiple : à la nationalité s’additionnent l’ethnie et la région d’origine pour fixer l’appartenance d’un Congolais à un groupe, qu’il aide parce qu’il attend d’en être aidé. Ce sont les circonstances qui fixeront la quelle de ces identités superposées il mettra en avant. » (p.49). Eux peuvent confondre appartenances multiples et identités multiples, c’est de leur droit! Eux ont des certitudes, nous, nous vivons de l’espoir! Forts de leurs certitudes, ils peuvent nous dicter la forme d’Etat qui nous convient le mieux sans nous laisser le temps de mettre ces certitudes à notre épreuve afin qu’ils voient combien elles sont truquées et dangereuses. Est-ce cela qui fait dire à la fille du grand historien belge : « Nous avons pris l’habitude de prendre toute la place, toutes les places, de prendre le pouvoir sur l’autre, créant de ce fait l’impossibilité d’apprendre de l’autre, de faire avec les autres »? Nous estimons que ces hommes et femmes des certitudes devraient « faire attention » et « se protéger » et notamment du « pouvoir sur » les autres. Ils rendraient un sérieux service à l’humanité si au lieu de définir négativement les autres, ils se posaient cette question : « Comment faire place aux autres? » et y répondaient en apprenant à penser avec et à partir des autres.<p/>

 

Nous sommes observés et jugés.

 

Relire l’histoire passée et présente du Congo sans faire ressortir les responsabilités passées et présentes de ceux et celles qui l’ont « conçu comme Etat-tampon » peut participer de la falsification de l’histoire. La difficulté que l’on rencontre en lisant Géopolitique du Congo est celle-là : les responsabilités des uns et des autres ne sont pas suffisamment soulignées. Il serait intéressant de lire à la fois ce petit livre et celui de Colette Braeckman susmentionné pour mieux appréhender cette difficulté.

Ce qui gêne à la lecture de Géopolitique du Congo, c’est de remarquer que les Congolais, dans leur immense majorité, sont définis négativement. Quand le couple fait allusion à l’endurance de la maman kinoise préparant un poisson séché « pour donner le goût à la sauce », c’est pour fustiger juste après la nonchalance, la morgue, le bavardage « de ceux qui ont accédé à un poste de pouvoir » (p.4 . Il est difficile de trouver dans ce petit livre des allusions faites à la lutte que mènent les différents combattants de la liberté, l’Eglise catholique ou les autres organisations de la société civile pour un Etat respectueux de la dignité humaine. (Aucune allusion n’est faite par exemple à la marche des chrétiens du 16/02/1992). Du début à la fin de ce livre, on sent qu’on a affaire à un assemblage de reportages sans un grand souci de faire la vérité historique et d’inviter à la création des tiers-lieux où les nokos et leurs neveux peuvent jouer un franc jeu. La logique dominante est tribale : eux (les hommes et les femmes des certitudes) et nous (les corrompus, les nationalistes patrimonialistes et les rêveurs). Notre salut ne peut venir que de leur « retour » au Congo! Cette logique tribale gomme la part de contrat à remplir ensemble.

S’il y a quelque mérite à reconnaître à ce livre, il serait à mettre sur le compte du côté positif de la critique. Nous congolais, « nous sommes observés et jugés », parfois sévèrement. Il est important que nous en tenions compte; que nous pensions à une orientation négociée de notre histoire. (à suivre)<p/>

 

I. Le Congo est une création de l’Occident ?

 

Si pour le couple Marie-France Cros et François Misser le nationalisme congolais demeure patrimonial, c’est parce que le Congo n’est pas « une création consciente » des congolais eux-mêmes. Depuis Léopold II jusqu’à ce jour, le Congo serait une création de l’Occident. « Comme nombre d’Etats africains modernes, note le couple, le Congo-Kinshasa est une création de l’Occident. » (p.109). Il ne s’est jamais engagé sur le voie de la réappropriation de l’initiative historico-politique présidant à l’émancipation d’une nation digne de ce nom. « (…) A la différence de la Belgique, dont l’émancipation lors de la révolution de 1830 est redevable à la volonté consciente de ses habitants de se débarrasser du joug des Pays-bas, la formation de l’ex-Congo belge fut un fait entièrement imposé par la volonté d’un homme, le roi Léopold II, qui sera le propriétaire de l’Etat Indépendant du Congo (EIC) jusqu’en 1908. » (p.46). L’aventure de Léopold II se transformera petit à petit en une tragédie à partir du moment où « le fondateur de l’Etat congolais moderne (…) était parvenu, lors de la conférence de Berlin de 1885, à convaincre les puissances européennes de créer un Etat-tampon qui leur évite un affrontement direct au cœur du contient, tout en leur garantissant un accès aux richesses du pays. » (p.109). Quand les Britanniques, les Français, les Italiens, les Américains et les Suédois se mêlent à cette aventure, ils le saignent à blanc et en font « un enjeu stratégique durant la Seconde Guerre froide. » (p.109). Fournisseur de l’uranium rentrant dans la fabrication des bombes atomiques larguées en 1945 sur Hiroshima et Nagasaki, le Congo séduit et fait peur à la fois.

Il fait peur dès ses fils et fils se lèvent pour protester contre le rôle qui lui est assigné pour des raisons stratégiques. A ce point nommé, Géopolitique du Congo n’est pas d’une lecture facile. Ce livre verse la rébellion muléliste et la révolte des mercenaires de Bukavu au registre de la fragilité du système politique mis sur pied après le départ précipité des Belges après le 30 juin 1960. Cette rébellion n’est pas lue comme une résistance contre l’hypocrisie du « monde dit libre » exploitant les richesses du Congo à son profit sous le couvert de la guerre froide. Si Marie-France Cros affirme que « l’importance des richesses du Congo a justifié à plusieurs époques l’intérêt pour ce pays des puissances européennes » (p.109), il n’arrive pas à établir un lien entre la boulimie des puissances occidentales et la résistance congolaise représentée par Lumumba et Mulele. Quand après avoir évoqué le rôle joué par le Congo dans la guerre froide, elle note que « ces raisons stratégiques expliquent les ingérences, aux lendemains de l’indépendance, des Etats-unis et de la Belgique pour éliminer le premier ministre Patrice Lumumba, qui, pour réduire la sécession katangaise, menaçait de se tourner vers l’URSS »(p.109), elle évite de lire dans le geste de Lumumba une pleine prise de conscience de l’enjeu stratégique que représente son pays et pour lequel il se bat. Même au pris de sa vie. Et quand elle ajoute que « de la même manière, l’engagement des mercenaires et de la Belgique, avec le soutien logistique américain, pour réduire les rébellions, visait aussi à contrer la soutien de la Chine et de Cuba, et de façon générale, du camp « anti-impérialiste » (p.109), elle n’avoue pas que les rebelles congolais sont conscients des dégâts que cause l’impérialisme depuis les premières heures de l’indépendance nominale de leur pays. Donc, il n’y a pas que la Belgique dont les populations ont manifesté « la volonté consciente » de se débarrasser du joug colonialiste. Les congolais l’ont aussi fait : Patrice Emery Lumumba et se pairs, Pierre Mulele, Laurent Désiré Kabila et les autres Soumialo nous ont transmis un héritage que l’hypocrisie et les mensonges des puissances des ténèbres et les autres « petites mains du capital » ne réussiront jamais à effacer. Donc, le Congo n’est pas que la création de l’Occident. Il a hérité de ses dignes fils et filles le sens de la résistance. N’est-ce pas de cela que témoigne « la spécialiste du Congo » quand elle écrit : « Les deux guerres qui, de 1996 à 1997, puis de 1998 à 2003, ont démontré, à ceux qui en doutaient, l’existence d’une identité congolaise, d’une volonté des populations de ce pays de vivre au sein d’un même espace, d’un sentiment d’être unis par le sort, de partager les mêmes difficultés, les mêmes rêves, le même don pour survivre ? »(p.42) Donc, nous sommes, dans, nous congolais, dans notre large majorité conscients de l’enjeu que constitue notre scandale géologique. Nous nous battons, à travers nos dignes fils et fils, mains nues. Et nous déjouons toujours les calculs les plus sordides ! Ne serions-nous pas une grande puissance au cœur de l’Afrique ?

 

II. La résistance congolaise face aux puissances du mensonge et de la mort

 

Quand nous relisons l’histoire telle qu’elle est présentée dans Géopolitique du Congo, il est possible d’affirmer que le Congo est une grande puissance. Une grande puissance du dévoilement de la vérité malgré la trahison de certaines de ses filles et fils. De là à prétendre qu’il a un destin sérieux au cœur de l’Afrique, il y a un pas franchissable allègrement. Sur le temps.

 

<p>En effet, depuis Léopold II jusqu’à ce jour, les puissances de l’argent, du mensonge, de l’hypocrisie et de la magouille s’acharne sur nous : elles nous pillent, nous tuent et nous assignent des rôles qu’ils voudraient nous voir remplir pour assouvir leur soif de pouvoir ténébreux. Ils ont utilisé Mobutu comme leur pion dans la guerre froide. Ils ont voulu convertir « le soldat du peuple » en un pantin au service de leur intérêt sordide et ont échoué. Marie-France Cros est limpide à ce sujet. Elle écrit : « A peine une semaine après la réunion de Bruxelles, la secrétaire d’Etat américaine, Madeleine Albrigth, rencontre après plusieurs heures d’antichambre, Laurent Kabila le 11 décembre 1997 à Kinshasa et l’exhorte à libéraliser l’économie, à garantir la liberté d’association et à autoriser les activités des partis politiques. Non content de faire la sourde oreille, en février 1998, Kabila inflige un affront au président Bill Clinton, en refusant de rencontrer son envoyé spécial, le pasteur Jesse Jackson de rencontrer l’éternel opposant Etienne Tshisekedi. Parallèlement, le président congolais commet un véritable hara-kiri économique en interdisant les transactions en devises, provoquant un chaos juridique dans l’attribution des permis miniers, et prélève une rançon en échange de la libération du PDG belge de la société Sizarail, maintenus des mois en détention. » (p.109) Voilà l’une des listes des « péchés capitaux » qui précipiteront la descente du « soldat du peuple » aux enfers. Il avait provoqué de l’engouement chez les « privatiseurs mondialistes » en leur faisant croire qu’il allait faire sauter les verrous maintenus par Mobutu « à la privatisation de toutes les entreprises de l’Etat en échange de l’annulation des dettes du Zaïre – que négociait un consortium comprenant des hommes d’affaires et sud-africains, qui espéraient ainsi obtenir des droits exclusifs sur les richesses du sous-sol zaïrois (…) » (p.113) Forts de cette promesse, les donneurs des leçons des droits de l’homme, de démocratie et de bonne gouvernance étaient devenus aveuglent. « Tout le monde feint que Kabila s’est autoproclamé chef de l’Etat en prêtant serment à lui-même et en abolissant les institutions de la première transition. Les enquêtes de l’ONU sur le massacre par l’AFDL, alors commandée par Joseph Kabila et par l’armée rwandaise, des dizaines de milliers de réfugiés hutus utilisés comme boucliers humains par les Forces armées rwandaises, n’aboutiront jamais à des sanctions. » (p.113) Jusqu’à ce jour ! Versatiles, ces puissances du mensonge et de la mort s’allieront aux « voisins aux dents longues » (p.116) en 1998 quand le Mzee prendra la décision « de renvoyer les rwandais et ougandais considérés comme trop gourmands et trop influents » dans la gestion interne du pays. Cette décision « suscite de surcroît un conflit perçu à Washington comme opposant un partenaire douteux, qui flirt avec la Chine dont l’objectif déclaré est de passer du soutien occidental, à deux alliés sûrs. » (p.114). Face aux intérêts économiques menacés et à la boulimie de l’avoir et du pouvoir hégémonique « la légalité internationale est bafouée » (p.114) et « qui plus est, Washington, qui poursuit sa coopération militaire avec les deux Etats « agresseurs », donne l sentiment d’une grande indulgence à leur égard. En effet, les Etats-Unis interviendront pour que les troupes rwandaises et ougandaises encerclées au Bas-congo par l’armée angolaise, qui a volé au secours du régime de Kabila, puissent être exfiltrées sans coup férir. » (p.114) Encore une fois, Marie-France Cros ne se rend pas compte qu’un Mzee averti devient « soldat du peuple » et inflige, avec le peuple congolais et ses autres alliés un échec aux puissances de la prédation et de la mort. Elle appelle « enlisement » la capacité de résistance d’un peuple interpellant l’un de ses fils pris dans le piège des puissances impérialistes par des « voisins valets » interposés. Quand elle écrit qu’ « il a fallu l’évidence de l’enlisement de la guerre, l’échec de la rébellion suscité à l’Ouest par les Rwandais et les Ougandais à renverser Kabila, et l’incapacité de la coalition de l’Est (…) à prendre le dessus dans (…) la « première guerre mondiale africaine » pour que les Etats-Unis et la France emboîtent le pas à la Belgique et à d’autres pays non belligérants, la Zambie et l’Afrique du Sud, afin de faciliter les accords de paix à Lusaka en juillet 1999, qui tarderont quatre ans avant d’être mis en vigueur. » (p.114)

 

III. Un secret de polichinelle : un Congo dirigé par un nationaliste fait peur

 

 

Tout est fait par « les créateurs du Congo » pour qu’il ne passe jamais sous la conduite de l’un de ses dignes fils ou l’une de ses dignes filles. Quand ceux-ci ne sont pas diabolisés, ils sont purement et simplement tués. Dans ce contexte, les bruits courant autour d’un éventuel assassinat de « l’éternel opposant Etienne Tshisekedi » sont à prendre au sérieux. Les puissances de la mort et du mensonge ne reculent pas là où naît un nationaliste résistant. Mais, Dieu est grand ! Ces puissances de la mort et du mensonge adorent un système où les libertés et les droits fondamentaux sont des valeurs incontournables. C’est ainsi qu’à partir de chez eux, Marie-France Cros peut écrire sur leur implication dans les sales coups faits à notre scandale géologique. La démocratie qu’elles brandissent comme étant leur héritage non négociable les fragilisent. Ce qu’elles trament dans les ténèbres apparaît au grand jour au nom de la liberté d’expression. Leur aveuglement est tel qu’elles croient que tous les congolais vivent encore dans les cases où il n’y a ni eau ni courant électrique. Comble des puissances rationnelles ! Elles oublient que comme elles sont au Sud, le Sud est au Nord ; qu’il lit et critique Marie-France Cros. Et qu’il met le résultat de ses lectures au service de ses dignes fils et filles.

Et si nous estimons avec Marie-France Cros que « la société civile (du Congo) est porteuse de l’espoir d’une évolution positive » (p.94), nous ne nous limiterons pas avec elle à la recommandation selon laquelle cette société doit parvenir à « combattre en son sein les mini-présidents fondateurs et empêcher certains de ses membres à glisser sur la pente dangereuse de la xénophobie. » (p.94). Non. Les congolais, dans leur grande majorité, ne sont pas xénophobes. Nos voisins ont toujours été bien accueillis chez nous ; il y a là de l’espace pour tout le monde. Les congolais raffolent depuis toujours de la beauté des filles tutsi. Peut-être jusqu’à ce jour ! Il arrive qu’ils trouvent injuste l’usage abusif de l’argument de la xénophobie pour justifier la passation de la gestion des rênes de leur pays aux voisins. Il arrive qu’ils se posent la question de savoir pourquoi les wallons qui, en Belgique, n’acceptent pas d’être dirigés par les flamands, voudraient que les congolais soient gouvernés par les rwandais ! De là à les qualifier de xénophobes, il y a un pas que ne franchissent que ceux qui, depuis toujours, se considèrent comme les têtes pensantes de l’humanité tout en sachant que les voisins des congolais ont « des dents longues ». Un Congo plus beau qu’avant naîtra quand ses dignes fils et filles le géreront au sommet de l’Etat sous l’œil vigilant d’une société civile autogouvernée à travers des collectifs sages et intelligents.

La société civile congolaise sera porteuse de l’avenir si elle accorde une place de choix à l’étude, à la recherche, à la pensée avec et à partir des autres sociétés civiles du monde. Surtout avec celles qui croient en un autre monde possible. Elle doit être réaliste en sachant qu’il y en a qui croit jusqu’à ce jour que « le Congo est une création de l’Occident ». Ce faisant, ces messieurs et dames ne rendent pas compte de la capacité de résistance et de révolte de ses dignes fils et filles et à l’assomption de leur héritage par les vieilles et jeunes générations congolaises. Dans cet ordre d’idées, il serait mieux de tenir compte du fait que le Congo est une création complexe : il est une création historico-politique, socio-culturelle et économique des puissances de la mort et du mensonge, des congolais et congolaises résistants et de leurs frères et sœurs, hommes et femmes liges. Ce pays tend à devenir une création politique des congolais se réappropriant l’initiative historique et pensant avec et à partir des autres hommes et femmes de bonne volonté croyant en une alternative possible à « la sorcellerie capitaliste. » A ce point nommé, le travail abattu, en rapport avec la crise multiforme du Congo, par Justice et Paix, Pax Christi, Brojederlijk, 11.11.11 et RAID en Belgique, est digne d’éloges.

 

 

Conclusion

 

Géopolitique du Congo est un petit livre contenant une mine d’informations. Le lire n’est pas facile. Le comprendre semble un peu compliquer : il faut le lire entre les lignes pour approcher, tant soit peut, le dessein qu’il sert et en tirer le maximum de bénéfice possible. Il nous apparu être un machette à double tranchant. Il décrie la corruption congolaise en ajoutant : « La corruption n’est pas que congolaise. Mais la caractéristique de sa version congolaise est que les élites locales en ont consacré, à peu d’exception près, le produit à des entreprises somptuaires ou à des placements à l’étranger, et non à la création de richesses dans leur propre pays. » (p.104) Il qualifie le nationalisme congolais de patrimonial en évitant d’y intégrer les luttes de résistance conduites par Lumumba et Mulele hier et par leurs héritiers d’aujourd’hui dont « l’éternel opposant Etienne Tshisekedi » et les compatriotes résistants Maï Maï. Il qualifie la classe politique congolaise actuellement au pouvoir de médiocre et ne nous dit pas comment les politiques de son pays contribuent au « culte de la médiocratie dans notre pays. » (p.93) Même si, après un petit effort intellectuel, il est possible de comprendre que depuis la conférence de Berlin, « les acteurs occidentaux continuent à nouer un rôle important dans l’histoire du pays, soit directement, soit indirectement au travers des Nations Unies » (p.109) tout en restant tapis dans l’ombre et en tirant les ficelles (tout en faisant croire aux naïfs que l’on accompagne le processus démocratique !)

Ce petit livre peut contribuer à une approche responsable de notre devenir commun si nous le lisons posément, en équipe ou en association ; et si nous incitons ses auteurs à se départir du rôle ambigu joué par les médias dits « internationaux » dans la quête de la création politique des peuples du Sud, résistants à la politique mensongère et hypocrite des puissances d’argent et de la mort du Nord. Leur cécité les rend insensibles à la mort lente mais sûre de leur politique impérialiste au Sud. Ils ne comprennent pas que « Ata ndele, mokili ekobaluka ! »