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lundi septembre 24, 2018
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En ce début de 2016, CongoOne rentre dans sa dixième année d'existence sur le net. Pour célébrer cet événement, CongoOne se propose de publier quelques textes issus de sa première version internet. Ce texte a été publié pour la première fois, le 26/03/2006.

Processus électoral, respect des textes et déficit de la pensée

 

La Commission Electorale a décidé de prolonger de dix jours le délai du dépôt des candidatures pour les présidentielles et les législatives. Cette décision, a-t-elle dit aura des incidences sur le calendrier électoral. Donc, les premières élections n’auront pas lieu le 18/06/2006.

 

Dans la presse dite internationale, la prolongation du délai est sans conséquence juridique. « Prolonger ce délai, note Marie-France Cros, entraînera logiquement un déplacement de la première journée électorale, jusqu’ici fixée au 18 juin par un calendrier que l’on sait hypercompressé. On peut déjà en déduire que les scrutins auront lieu après le délai fixé par l’accord de paix, selon lequel la transition se termine le 30 juin 2006. » Voulant répondre à la question du vide juridique du pouvoir la spécialiste du Congo recourt à l’article 222 de la nouvelle constitution et répond : « Apparemment non, puisque l’article 222 de la nouvelle Constitution –article peu remarqué- prévoit que « les institutions politiques de la transition restent en fonction jusqu’à l’installation effective des institutions correspondantes prévues par la présente Constitution et exerçant leurs attributions conformément à la Constitution de la transition. » (Lire La Libre Belgique du 24/06/2006).

 

I. L’article 222 : peu remarqué ou lu de manière partiale ?

 

La spécialiste du Congo lit et interprète la première partie de cet article. La portée de la deuxième partie lui échappe. Elle ne prend pas en compte le renvoi de cet article à la Constitution de la Transition et à l’article 228 de la nouvelle Constitution. A l’article 196 de la Constitution de la transition (alinéa 2) nous lisons ce qui suit : « Toutefois, en raison de problèmes spécifiquement liés à l’organisation des élections, la transition peut être prolongée pour une durée de six mois renouvelable une seule fois, si les circonstances l’exigent, sur la proposition de la Commission électorale indépendante et par une décision conjointe et dûment motivée de l’Assemblée nationale et du Sénat. » Et l’article 228 de la nouvelle Constitution stipule : « Sans préjudice des dispositions de l’article 222 alinéa 1, la Constitution de la Transition du 04 avril 2003est abrogée. » La prolongation de la Transition a eu lieu et cela pour une durée de six mois renouvelés deux fois. Et comme les institutions de la Transition exerçaient leur attribution conformément à la Constitution de la Transition, elles tombent au 30 juin 2006. Un vide du pouvoir se créera effectivement. Donc, aller au-delà de cette date exigera un nouveau contrat entre les acteurs politiques, socio-économiques, culturels et religieux de notre pays. Faire autrement, c’est tomber davantage dans l’illégalité et trahir le principe tant évoqué du respect des textes.

 

II. Et le dépôt des candidatures ?

 

Prolonger le délai du dépôt des candidatures semble être une preuve supplémentaire du fait que et les futurs candidats aux élections et les responsables de la Commission Electorale n’auraient pas lu les deux Constitutions et surtout les articles évoqués. Comment la Commission Electorale ayant sollicité l’avis des partis politiques concernant le délai du dépôt des candidatures aux présidentielles et aux législatives peut, de manière unilatérale, décider de sa prolongation ? Et nos compatriotes ayant voté pour la nouvelle Constitution sans l’avoir lue estiment qu’il est juste de continuer le dépôt de leurs candidatures ? Il y a là un déficit au niveau de la responsabilité citoyenne relevant d’un déficit sérieux de la pensée. Nous ne réfléchissons pas suffisamment bien. L’urgence des élections fabriquée de toutes pièces par les bienfaiteurs de l’humanité, les dimensions incommensurables atteintes dans nos cœurs et dans nos esprits par le complexe d’infériorité, la précipitation vers les postes politiques-mangeoires ainsi que la vassalisation que cela entraîne ont fini par transformer le plupart d’entre nous en navigateurs à vue. Alors, nous devenons les jouets des petits potentats croyant abusivement qu’ils ont sur nous le droit de vie et/ou de mort.

 

III. Arrêtons de communiquer en français !

 

<p>La Commission Electorale a pris la décision de prolonger de dix jours le dépôt des candidatures à la présidentielle et aux législatives. La question que nous nous posons est le suivante : « A quelle préoccupation vient répondre cette prolongation ? » A celle des élections à tout prix ! Ce faisant, les cris des congolais jugeant les cautions exigées pour le dépôt de candidatures à ces élections exorbitantes ne sont pas écoutés. Les responsables des bureaux de cette Commission payés par la communauté dite internationale ont oublié que leurs compatriotes vivent avec 20 centimes de dollar par jour. Ils évoquent une loi inique, votée par des députés auto-proclamés payés eux aussi par la même source. Le raisonnement tenu par certains compatriotes au sujet de ces cautions frôle l’absurde. Ils disent : « Comment vouloir diriger un pays aussi grand que le nôtre sans être capable de mobiliser 50.000 dollars ? » Cette question apparemment pertinente est posée dans un pays où depuis plus de trois décennies les filles et filles de notre peuple n’ont pas eu un salaire digne. Donc, une réponse positive à cette question signifie que même si l’on a pas pu avoir accès à un salaire digne pendant des décennies, on doit être capable de mobiliser la caution. Ceux et celles qui n’en sont pas capables sont indignes d’aspirer à des hautes charges de la gestion de la res publica. Donc, être digne d’aller aux élections signifie être capable de verser 50.000 ou 250 dollars. Dignité = argent. Quel réductionnisme ? C’est une dérive dont nous peinerons à nous relever de si tôt ! Surtout que cela est cautionné par la majorité aveuglée de notre peuple !

 Malgré ce traitement discriminatoire, on parle des élections équitables. Cela signifie qu’on peut ne pas avoir les mêmes chances pour aller aux élections et affirmer que ces élections sont équitables ! On ne se rend pas compte que cette caution exigée passe outre les inégalités sociales entretenues par les maîtres du monde et leurs valets. Elle les institutionnalise. Malheureusement, ce sont des inégalités acceptées par la majorité de notre peuple convertie en ramasseurs des miettes tombant de la table de leurs « excellences » et leurs « honorables » ! Quand les élections voulues équitables ne marchent pas de paire avec l’égalité des chances, une inquiétude née. N’y aurait-il pas là une question d’usage des mots ? Continuons-nous à comprendre ce que nous disons en français ? Ne serait-il pas mieux que nous fassions l’administration de la chose commune en nos langues vernaculaires ? L’impression est que nous  nous comprenons plus quand nous recourons au français pour communiquer entre nous. Il y a chez nous un malin plaisir à faire un usage vide des mots et des expressions tels que équité, perfectibilité, dialogue, respect des textes, etc. Souvent, ils sont vidés de leur substance. D’où l’appel que nous ne cessons de lancer : « Faire attention à l’usage des mots ». Il y a des « mots poisons » !

 

IV. Un déficit terrible de la pensée

 

Passons des cautions à un autre exemple. Hier (jeudi), pendant l’émission ‘dialogue entre congolais’ (sur la radio Okapi), un député membre d’un parti politique privilégiant les élections à la réalisation des objectifs assignés à la transition soutenait que les discussions autour des conditions pratiques requises pour des élections transparentes, équitables et démocratiques sont futiles. A l’époque de Mobutu, disait-il, on a évoqué le problème des routes impraticables défavorisant la mobilité nécessaire à l’organisation des élections ; depuis lors, combien de kilomètres de routes avons-nous construit ? La question que ce député qui a travaillé avec Mobutu n’a pas posée (ou ne se pose pas) est la suivante : « Pourquoi ces routes n’ont-elles pas été construites alors que nous avions un Office des Routes  financé à plusieurs reprises par « les bailleurs de fonds ? » Ou encore : « Comment les politiques véreux font-ils pour ne pas construire les routes malgré le financement extérieur ? »

 

Les questions ainsi posées auraient aidé à orienter autrement le débat et permis de souligner que le problème du Congo n’est pas seulement celui de la légitimité. Il est complexe ; il est aussi celui de l’éthique politique, de la responsabilité politique, du détournement des fonds, de l’usage égoïste et clientéliste de l’argent destiné à tous, de la confiscation du pouvoir politique, de la colonisation mentale de l’élite politique, de l’imbecilisation de cette élite, du déficit de la pensée, du mensonge entretenu de manière délibérée pour rouler le peuple dans la farine, de l’application non locale du fondamentalisme démocratique, etc. Ces questions ne trouveront pas leurs réponses aux élections. Une requalification du processus électoral par le dialogue et la négociation devient plus qu’incontournable.

 

Conclusion : Comme en Belgique

 

Le jeudi 23/03/2006, la télévision du Brabant Wallon (TVCOM) a fait passer les images des membres des différents partis politiques assis autour d’une même table. Ils échangeaient sur la possibilité de trouver les moyens de répondre ensemble aux attentes de leurs peuples. Dans le même ordre d’idées, ils ont entrevu la possibilité de rencontrer les professeurs d’université. Un ami visualisant ces images et voyant parmi ces politiques « un abonné du Congo » s’est exclamé : « Mais pourquoi n’aide-t-il pas nos politiciens à emboîter ce pas ? »

 

<p>Une question qui interpelle ! Souvent, ces messieurs et dames qui reçoivent les politiciens congolais quand  séparément (quand ils jouent les médiateurs chez nous) ont toute une autre politique quand il s’agit de leurs propres pays. Régulièrement, ils s’assoient autour d’une même table malgré la différence de leurs couleurs politiques. Arriveront-ils un jour à appliquer « la règle d’or » chez nous? Nous risquons d’attendre longtemps si nous n’assumons pas nous-mêmes nos responsabilités historiques ; et si nous ne nous organisons pas, localement, pour résister à l’imposture des potentats sans foi ni loi. Dans le cas présent, accepter une autre prolongation de la transition sans une commune évaluation du parcours effectué jusqu’à ce jour relèverait de l’irresponsabilité citoyenne et du déficit grave de la pensée.