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lundi septembre 24, 2018
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En ce début de 2016, CongoOne rentre dans sa dixième année d'existence sur le net. Pour célébrer cet événement, CongoOne se propose de publier quelques textes issus de sa première version internet. Ce texte a été publié pour la première fois, le 27/03/2006.

 

Les troupes de l’Ue au Congo : aveu d'échec ou recours à la force pour imposer des marionnettes ?

Le discours tenu par certains de nos accompagnateurs pendant cette transition agitée donne à penser. Tous aiment le Congo et son peuple. Tous voudraient que le Congo connaissent les élections libres, démocratiques et transparentes. Tous voudraient que ces élections soient les plus inclusives que possible. Mais comment procèdent-ils pour que leurs souhaits ne soient pas de vœux pieux? Il y a une question de moyens et de procédures dont les bienfaiteurs de l’humanité ne semblent pas se préoccuper. Leur foi dans leur dieu argent les aveugle. Pouvait-il en être autrement? L’idolâtrie aveugle! Non! L’argent seul ne suffit pas. Ils finiront par le comprendre un jour. L’envoi de leurs troupes chez nous n’est-il pas l’aveu d’un échec? Ou plutôt un recours à la force pour imposer leurs poulains? Comment peuvent-ils, déjà aujourd’hui, prévoir des lendemains troublés pour notre pays? Réfléchissons un peu.

 

L’échec des négociations

 

A la fin de la première phase de la transition, une évaluation en a été faite de manière fantaisiste par nos gouvernants provisoires et leurs acolytes. Nos accompagnateurs ne se sont pas préoccupés des sons des cloches contredisant le bilan positif fait par ces gouvernants. Ils ont évité de créer un espace de débat contradictoire pouvant aider les uns et les autres à réajuster le tir. Pour eux, le dialogue inter-congolais avait tout réglé, dans les détails.

Au cours de la deuxième phase de la transition, un parti de l’opposition revenant sur son mot de boycott du referendum populaire, accepte, sous l’instigation de ces accompagnateurs, d’intégrer le processus électoral moyennant un réajustement politique. Un dialogue est initié entre le MLC, le RCD, l’UDPS et le PPRD. Ce dernier parti se désiste et les négociations tournent court. Dans le camp des accompagnateurs, rien n’est fait pour que ces négociations aboutissent. Et le parti les ayant boycottées n’est pas sanctionné. Dans l’entre-temps, ils ne cessent de crier qu’ils ne laisseront pas impuni celui qui tenterait de perturber le processus électoral. Comme si ce perturbateur était connu d’avance! Comme s’il était déjà désigné!

 

En observateur averti de la scène politique congolaise, nous nous réalisons que l’accompagnement de la transition a raté sa cible; les accompagnateurs n’ont pas aidé les congolais à se regarder en face, à se parler, à négocier. Ils ont voulu jouer aux médiateurs intéressés de la transition congolaise sans qu’ils aient le souci d’aider le Congo à sortir du bourbier. Ils n’ont pas été neutres. Ils ne pouvaient pas être neutres. Et la transition n’a pas atteint ses objectifs.

 

Tous les congolais ne sont pas bêtes

 

La transition n’ayant pas atteint ses objectifs, nos accompagnateurs ne veulent pas s’avouer vaincus. Ils veulent faire le forcing. Cela fait partie de leurs habitudes. Les plans qu’ils exécutent aujourd’hui ont été concoctés depuis longtemps. Dès que l’un échoue, ils essaient un autre. Imbus d’une trop haute idée d’eux-mêmes, ils n’acceptent pas le réajustement politique de la marche vers les élections. L’unique solution restante est d’envoyer leurs militaires sur place pour punir les protestataires contre l’ordre inique qu’ils veulent nous imposer.

 

Heureusement, tous les congolais ne sont pas bêtes. L’APARECO et le CALCC « considérant que l’Accord global et inclusif de Sun City, bien que ne constituant, ni de près ni de loin, l’œuvre des Congolais eux-mêmes, au eu cependant le mérite de fixer cinq conditions ou préalables nécessaires à la résolution de la crise congolaise; estimant que la transition ainsi mise en place avec le système inédit de 1+ 4 avait eu comme feuille de route l’application de ces cinq préalables pour permettre d’offrir au peuple congolais l’organisation des élections libres, transparentes et démocratiques; mais constatant que non seulement aucun de ces préalables n’a été accompli après le délai imparti, mais que les dirigeants de la transition, par leur amateurisme et leur incompétence, avec la complicité des étrangers qui occupent la tête des institutions politiques de pays, ont exacerbé la crise identitaire et renforcé l’occupation et le pillage de notre pays et de notre patrimoine national, » se sont engagés dans le combat pour la libération totale de notre pays de toutes les formes d’occupation et de prédation. Dans une déclaration commune, ils affirment qu’ils n’ont plus confiance dans la Commission Ligotée de Malu Malu. Ils ont pris acte du « silence et (de) l’indifférence de la CEI devant plusieurs cas d’abus et d’irrégularités signalés depuis le déclenchement du processus électoral, notamment l’acquisition massive et frauduleuse de la carte d’électeur par les Rwandais, l’introduction et la saisie à l’avance des données tronquées dans le programmes des ordinateurs, et le tricheries flagrantes dans la publication des résultats référendaire à travers des pourcentages contradictoires ». En vue de prêcher par l’exemple, l’APARECO organise des manifestations à Londres et à Genève au cours de la semaine prochaine pour dire non à l’occupation.

 

Avouons que tous les congolais ne sont pas bêtes. Contrairement à ce que croient les têtes pensantes du monde. Il ne nous reste peut-être que nous arrivions à bien cerner la nature de notre véritable agresseur et les méthodes auxquelles il recourt pour imposer le nouveau désordre du monde.

 

Le discours misérabiliste et les dons en argent

 

« Les congolais ont trop souffert. Ils ne méritent pas cela. Nous devons tout faire pour qu’ils jouissent des richesses de leur pays. Les premières élections, mêmes imparfaites, pourront les aider à avoir des institutions stables et indispensables à la bonne gouvernances. Nous allons mettre le paquet pour que tout aille bien. » Tel est le discours émotionnel que tiennent les bienfaiteurs de l’humanité pour gagner les cœurs et les esprits des congolais. Les naïfs se laissent gagner par ce discours hypocrite. Dans l’entre-temps, 29 entreprises étrangères pillent les richesses du pays avec la complicité de ces bons discoureurs. Les contrats léonins sont signés frauduleusement sans qu’ils s’en émeuvent. Dès qu’ils se mettent à parler, ils n’acceptent pas d’être interrompus; même pas par les congolais. Ne fût-ce que pour leur demander ceci : « Pourquoi souhaitez-vous que nos premières élections soient imparfaites? »

 

Ce discours misérabiliste et condescendant sert une cause : celle du capitalisme contemporain. Celui-ci est comme un caméléon; il prend les couleurs de son environnement. Il sait toucher les cœurs et les reins. Il est, comme le dit si bien Isabelle Stengers, « un flux mouvant et réorganisateur ». A travers « ses petites mains », il adopte un discours et un langage épousant, en apparence, la situation de ceux et celles dont il veut dévorer les cœurs et les esprits. Une fois sa mission ensorceleuse achevée, les ensorcelés vous diront : « Ah! La communauté internationale fait beaucoup pour nous. Nous devons être reconnaissants. Sans elle, qu’aurions-nous pu faire? » Nous ne le dirons jamais assez; le pouvoir ensorceleur du capitalisme contemporain incapacite et génère l’hypocritite, cet interdit de penser. Heureusement que nous sommes le pays des Matusila, Ngbanda, Kä Mana, Mwayila Tshiyembe, Kankwenda Mbaya, Augustin Mampuya, Freddy Mulumba, Ben-Clet Kankonde, de Justine Mpoyo Kasavubu, etc...

 

Ces messieurs et dames arrivent à lire entre les lignes et à crier sur les toits ce que les maîtres du monde font dans les ténèbres. Ils participent à l’avènement d’un nouvel ordre mental dont les effets seront bientôt de plus en plus visibles chez nous.

 

A la place des troupes, cessez de parler et de décider à la place des congolais

 

Pourquoi est-ce que l’Union Européenne n’envoie pas des troupes en France? Les lycéens, les étudiants, les syndicalistes marchent. Ils rejettent le CPE (contrat première embauche). Ils affrontent la police. Ils en viennent aux mains. Comment cette Union Européenne peut-elle aimer le Congo plus que la France? La situation exceptionnelle du Congo justifie-t-elle son infantilisation? Non! Le problème est ailleurs : les peuples inférieurs doivent être recolonisés! Les intérêts des multinationales doivent être protégés par-delà les discours misérabilistes et condescendants. Nous le savons. L’hypocrisie ne paye presque plus.

 

Au lieu de nous envoyer des troupes pour contrôler l’après élections troublé, les maîtres du monde feraient mieux de reconnaître que leur énième plan au Congo a échoué. En toute humilité, ils s’effaceraient de la scène congolaise pour laisser aux congolais le temps d’assumer leur histoire. S’ils voulaient réellement aider le Congo, ils arrêteraient de parler à la place des congolais et de leur dicter ce qu’ils doivent faire. Un échec n’est pas la fin du monde. Il est temps que « nos amis » comprennent qu’ils doivent arrêter de nous prendre pour des imbéciles. Ils ont des intérêts chez nous. Ils veulent les sauvegarder. Initions alors en commun un espace de conflit pacifique où cela peut être débattu. Le recours à la force brute pour des motifs de recolonisation de notre scandale géologique est une bêtise. Nous, congolais, nous lutterons, mains nues (à Londres, à Bruxelles, à Paris, à Washington, à Genève) et nous vaincrons. Un jour, notre histoire s’écrira à partir du Congo.